Derrière les scènes illuminées, les spectacles à guichets fermés et l’ambiance festive qui anime Tadoussac pendant quatre jours se cache une réalité beaucoup moins visible : celle d’une petite équipe qui travaille toute l’année pour donner vie au Festival de la chanson.
À quelques heures du lancement de la 42e édition, le 11 juin, la directrice générale Myriam Sénéchal et la directrice de la programmation Anne-Christine Guy ont admis que l’excitation est bien présente, mais qu’elle s’accompagne aussi d’une bonne dose de pression.
« Toute l’équipe papillonne un peu pour faire les derniers préparatifs. On est un peu dans le jus des urgences de dernière minute », résume Myriam Sénéchal.
Car si le public ne voit que les quatre journées de festivités, l’organisation du festival s’échelonne sur plusieurs mois, voire toute l’année.
Pour la directrice générale, le plus grand défi demeure sans hésitation le financement. « C’est plate, mais le plus gros défi, c’est vraiment de trouver de l’argent », lance-t-elle en entrevue avec le Journal.
Chaque année, l’organisation doit reprendre le même processus de demandes de subventions et de partenariats, sans garantie pour les éditions futures.
« On est vraiment tributaire des décisions gouvernementales. Il suffit qu’il y ait une coupure au niveau de la culture au Canada ou au Québec pour que ça nous touche aussi », explique-t-elle.
Malgré les 42 années d’existence du festival et un solide réseau de partenaires, l’incertitude demeure constante. « Il faut toujours réfléchir à comment réduire le budget tout en gardant autant de qualité pour les festivaliers. »

Le casse-tête de la programmation
Du côté d’Anne-Christine Guy, les défis prennent une autre forme. À longueur d’année, elle écoute des centaines d’artistes, participe à des vitrines musicales et suit l’évolution de la scène québécoise et internationale afin de bâtir une programmation cohérente.
Mais contrairement à ce que l’on pourrait croire, le plus difficile n’est pas de trouver de bons artistes. « Le plus gros défi, c’est de lâcher prise », confie-t-elle en riant.
« Il y a tellement de bonnes propositions qu’à un moment donné, il faut faire des choix. La programmation pourrait se déployer de deux ou trois manières différentes chaque année. »
Cette impression de manquer une occasion est devenue une réalité bien connue pour la programmatrice.
« J’ai découvert le “FOMO” (peur de rater quelque chose) en faisant de la programmation », raconte-t-elle. « Il y a toujours des artistes qu’on aimerait inviter, mais pour qui ça ne fonctionne pas cette année. »
Attirer les artistes jusqu’à Tadoussac
Si le Festival de la chanson bénéficie d’une réputation enviable dans le milieu musical, sa situation géographique ajoute parfois un niveau de complexité supplémentaire. Faire venir des artistes jusqu’à Tadoussac demande souvent un important travail de coordination.
« Quand ce sont des artistes européens, par exemple, c’est plus difficile de se déplacer pour une seule date. Les agents travaillent souvent très fort pour bâtir des tournées qui permettent de rendre la venue possible », mentionne Mme Guy.
Selon elle, plusieurs artistes acceptent toutefois de relever le défi en raison du caractère unique de l’événement. « On a une bonne réputation. C’est un lieu qui est beau. Les gens ont envie de venir jouer ici. »

Représenter tout le monde
Au-delà des considérations financières et logistiques, l’équipe doit aussi composer avec ses propres objectifs artistiques.
La parité hommes-femmes, la diversité culturelle, la présence d’artistes émergents, de têtes d’affiche, de talents régionaux et d’artistes autochtones font partie des éléments qui guident la programmation.
« J’ai envie que la parité se reflète dans toute la programmation, pas seulement chez les artistes émergents », précise Anne-Christine Guy.
L’équilibre recherché exige parfois des compromis. « On veut aussi faire de la place aux artistes de la Côte-Nord. Ça ne fonctionne pas toujours, mais c’est quelque chose auquel on réfléchit constamment. »
Une petite équipe pour un grand événement
Pour réaliser l’événement, le festival s’appuie sur une équipe permanente d’à peine quelques personnes, à laquelle viennent s’ajouter des travailleurs temporaires et entre 60 et 80 bénévoles.
Une réalité qui étonne souvent les festivaliers. « Ça prend beaucoup de monde », reconnaît Anne-Christine Guy.
Photographes, relationnistes, techniciens, équipes de terrain, bénévoles et responsables de sites s’ajoutent progressivement à l’organisation à l’approche du festival.
Cette année encore, l’événement devrait générer près de 18 000 passages sur ses différents sites de diffusion.

Continuer à se renouveler après 42 ans
Malgré son âge respectable, le Festival de la chanson refuse de s’installer dans ses habitudes. L’édition 2026 accueille notamment une nouvelle Place du festival ainsi que deux nouveaux lieux de diffusion.
Pour Myriam Sénéchal, cette volonté d’innover demeure essentielle à la survie de l’événement. « On essaie de nouvelles affaires. On ose », dit-elle.
Une philosophie qui résume bien le défi auquel fait face l’organisation : préserver l’identité d’un festival devenu une institution tout en continuant à surprendre un public fidèle depuis parfois plus de 30 ans.
Et lorsque les premières notes résonnent sur les scènes de Tadoussac, les mois de préparation, les demandes de financement et les casse-têtes de programmation disparaissent momentanément derrière la fête.
À découvrir
Des contenus marketing présentés par et pour nos annonceurs.