Rivière-Pentecôte: Loin de la coupe (d’eau potable) aux lèvres
À Rivière-Pentecôte, depuis l'instauration d'une nouvelle norme sur les THM en 2021, les quelque 500 habitants doivent se déplacer à une station de remplissage pour se procurer de l'eau potable, car l'eau de la rivière, même traitée, demeure impropre à la consommation. Photo courtoisie
Récemment diplômée à la maîtrise en biogéosciences de l’environnement, Marie Doiron-Proulx s’est penchée sur les causes de la contamination de la rivière Riverin, source d’eau du secteur Rivière-Pentecôte, à Port-Cartier. Le drainage, la récolte de tourbe et la défoliation liée aux épidémies de tordeuse des bourgeons de l’épinette « sont les plus susceptibles d’exacerber les exportations de matières organiques dissoutes vers la rivière », contribuant à rendre l’eau impropre à la consommation.
Boire l’eau du robinet. Voilà un droit que l’on considère acquis. Pourtant, depuis 2001, les résidents du secteur Rivière-Pentecôte de Port-Cartier ont perdu ce privilège et doivent plutôt composer avec un avis d’ébullition permanent. En cause, les trihalométhanes ou THM, qui contaminent l’eau du réseau de distribution.
Marie Doiron Proulx, à l’emploi de l’Organisme de bassin versant Duplessis, a fait des « Perturbations et fonctions hydrologiques des milieux humides et riverains : contribution à la qualité de l’eau de la rivière Riverin (rivière Pentecôte), Côte-Nord », son sujet de maîtrise.
« Mon travail à l’OBV était tout indiqué pour faire ce genre de recherche et aller voir, dans le bassin versant, c’est quoi les perturbations qui vont influencer la qualité de l’eau », indique-t-elle.
L’origine des THM, intimement liés au carbone organique dissous (COD), a été au cœur de sa recherche.
« Les THM, indique-t-elle d’entrée de jeu, sont formés lors de la réaction entre la matière organique contenue dans l’eau brute et le chlore utilisé pour le traitement de celle-ci : ils constituent un risque important pour la santé. »
Est-ce que certains résidents du secteur boivent tout de même l’eau du robinet ? « La coloration n’est pas inspirante… », indique Mme Doiron-Proulx.
Durant son projet de maîtrise, Mme Doiron Proulx a complété une rigoureuse revue de littérature et consulté plusieurs experts, afin « d’approfondir les pistes potentielles de sources de carbone qui causent la problématique de la rivière. »
Un florilège de perturbations ont été analysées dont la récolte forestière, l’orniérage, l’empiètement, la densité et l’âge des chemins et des traverses de cours d’eau, le drainage, les baux exclusifs d’exploitation de substances minérales de surface (carrière et récolte de tourbe), les installations septiques issues des baux de villégiature, les feux de forêt et la tordeuse des bourgeons de l’épinette.
« Toutes ces perturbations sont susceptibles d’affecter la qualité de l’eau, à des degrés divers », indique-t-elle.
La défoliation des arbres affectés par la TBE ainsi que les déjections des insectes contribuent, entre autres, à la dégradation de la qualité de l’eau.
Certains mythes ont été déboulonnés au passage.
« En allant sur le terrain, je me suis rendu compte que les gens ne connaissent pas nécessairement les raisons, les causes du pourquoi de l’avis d’ébullition. En poussant un peu, je me suis rendu compte qu’il y a de la désinformation, des croyances qui ne sont pas fondées », indique Mme Doiron Proulx.
Parmi celles-ci, l’impact de la drave, une pratique ayant cessé dans les années 1970.

« Considérant le débit et le court temps de résidence de l’eau dans les rivières (d’environ deux semaines), il est peu probable que la matière organique en provenance de ces activités exerce toujours une influence sur la production de COD (Nace, 1971 ; Audrey Campeau, communication personnelle, 22 janvier 2025) », peut-on lire dans son essai.
L’incidence des installations septiques liées aux baux de villégiature est pour sa part difficile à évaluer.
« Il y a une quarantaine d’installations septiques en tout, donc la densité est peu importante. Il y a encore des points d’interrogation par rapport à cet aspect-là, parce qu’il n’y a pas d’inspection qui est effectuée et on ne connaît donc pas l’état des installations. Selon mes recherches, ce n’est pas quelque chose qui a un impact majeur », résume Mme Doiron-Proulx.
Une volonté a sous-tendu le travail de la chercheuse durant ses deux années d’études, soit proposer des recommandations d’aménagement durable du territoire visant à améliorer la qualité de l’eau brute à la prise d’eau potable.
Ces recommandations sont incluses dans sa thèse. Croit-elle qu’il sera un jour possible de boire l’eau de la rivière Riverin ?
« D’après moi, ça va demeurer problématique », conclut-elle après quelques secondes de réflexion.
EN BREF
«La rivière Riverin constitue la source d’eau potable du secteur de Rivière-Pentecôte. La prise d’eau brute se situe à l’exutoire, à un kilomètre en amont du fleuve Saint-Laurent. Le réseau de distribution dessert environ 500 personnes. Toutefois, puisque l’eau n’est pas propre à la consommation, la majorité de ces citoyens, soit environ 450 personnes, s’approvisionnent à une installation d’osmose inverse, installée comme solution temporaire par la Ville de Port-Cartier. Cette dernière est alimentée par la même prise d’eau et reliée au réseau municipal : les citoyens doivent s’y déplacer pour remplir leurs cruches.»
(Extrait de la thèse de Marie Doiron-Proulx, ” Perturbations et fonctions hydrologiques des milieux humides et riverains : contribution à la qualité de l’eau de la rivière Riverin [rivière Pentecôte], Côte-Nord “)
Rivière Riverin: La tourbière, une source de contaminants parmi d’autres
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