L’imposition de tarifs de 50 % sur l’aluminium, le cuivre et l’acier a fait chuter le volume des exportations métallurgiques québécoises de 36 % en 2025. C’est que 90 % des métaux produits ici qui étaient destinés au marché américain avant la guerre commerciale qui sévit actuellement entre le Canada et son voisin du sud. Bien qu’on observe des baisses importantes du volume d’exportation dans la filière de l’aluminium et du cuivre, les effets ont été partiellement compensés par une hausse des prix mondiaux, qui ont intégré les tarifs.
Sur la Côte-Nord, l’industrie de l’aluminium a une place importante avec la présence de deux alumineries, soit Aluminerie Alouette à Sept-Îles et Alcoa à Baie-Comeau.
Selon Jean Simard, président de l’Association de l’aluminium du Canada, l’industrie de l’aluminium canadien a perdu 600 millions de dollars américains par semaines après la mise en place des tarifs. Les grands joueurs ont dû livrer du métal dans un marché américain où les coûts des tarifs n’avaient pas encore été incorporés dans le prix. Or, les expéditions normales ont été graduellement détournées vers d’autres marchés, ce qui a provoqué une escalade de prix dans les marchés américains en raison de cette nouvelle rareté.
« Au début de l’année, on s’est retrouvé dans une situation où les inventaires d’aluminium ont considérablement diminué, passant de six semaines de réserves à un peu plus de deux semaines », explique M. Simard. « Ensuite est arrivée la guerre en Iran, qui a un impact considérable sur le marché. Du jour au lendemain, le métal et l’alumine qui normalement quittait le Moyen-Orient se sont retrouvés prisonniers, ce qui a eu un double impact sur l’approvisionnement. On se retrouve avec une rareté qui devrait durer jusqu’à un an et demain. »
Les experts anticipent que le prix de l’aluminium continuera d’augmenter et pourraient atteindre 4500 $ américains la tonne aux des prochains mois.
« Des prix aussi élevés entraîneront probablement une baisse de la demande, qu’on a commencé à voir au cours des 12 derniers mois, et qui va s’accentuer avec une rupture d’approvisionnement de certains types de produits », conclut M. Simard.
Du côté de l’aluminerie Alouette, Marie-Claude Guimond, directrice des communications, confirme que la production continue à pleine capacité et qu’il n’y a eu aucune perte d’emploi.
La métallurgie en mutation
3 % des emplois du secteur métallurgiques ont disparu l’an dernier, selon un nouveau rapport de l’Institut du Québec (IDQ) et du Comité sectoriel de main-d’œuvre de la métallurgie du Québec.
Le Québec produit une fois et demie plus de produits métallurgiques qu’il n’en consomme, et les États-Unis restent de loin le plus grand marché. On y a observé une chute de 2 milliards de dollars des exportations en 2025. Bien qu’une diversification ait eu lieu en raison de la guerre tarifaire, l’Institut du Québec note que la hausse de 1,1 milliard de dollars des exportations, vers l’Asie et l’Europe notamment, est largement insuffisante pour équilibrer la production de ces secteurs.
Selon Emna Braham, présidente-directrice générale de l’Institut du Québec, les investissements prévus au Canada, comme ceux en défense, pourraient stimuler la demande locale pour certains produits métallurgiques. « Mais les retombées réelles dépendront de deux facteurs : la part des investissements qui ira aux entreprises d’ici, et si ces entreprises s’approvisionnent principalement en métaux québécois ou non », explique Mme Braham. « Et là encore, cela dépendra de la taille des contrats et de la capacité des fournisseurs locaux à répondre aux exigences techniques pour ces grands contrats publics. »
L’IDQ est un organisme sans but lucratif, et affirme être indépendant et non partisan qui contribue à la réalisation d’études.
À découvrir
Des contenus marketing présentés par et pour nos annonceurs.