Pour un accès public aux « Terres du Séminaire »

Par Emelie Bernier 6:00 AM - 4 juin 2026 Initiative de journalisme local
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« Les principales activités sur la Seigneurie sont : les coupes de bois (environ 230 000 m3 annuellement), la location de 201 clubs de chasse et pêche et l’exploitation de parcs éoliens qui totalisent 363 MW d’électricité annuellement. » Source : site web du Séminaire de Québec Photo tirée de la page Facebook Une forêt pour tous sur les Terres du Séminaire

Alors que les travaux de la seconde phase du projet éolien des Neiges battent leur plein, un jeune groupe de citoyens revendique tant un accès public que la protection des vastes terres de la Seigneurie de Beaupré comprises entre Québec et Charlevoix.

Mise en ligne le 2 avril dernier, la page Facebook Une forêt pour tous sur les Terres du Séminaire, « un espace d’échange et de mobilisation citoyenne », réunit déjà plus de 530 personnes.

« Notre mission est de protéger et redonner les Terres du Séminaire de Québec (TSQ) au bien commun en assurant un accès public responsable, en préservant leur valeur écologique et paysagère, et en mobilisant les citoyens ainsi que les décideurs autour d’une vision durable et collective du territoire », peut-on y lire d’entrée de jeu. La page est une initiative d’Anika Bédard.

« C’est très nouveau », indique Mme Bédard, qui constate quotidiennement l’engouement suscité par la démarche. « La page Facebook a été mise en place il y a deux mois. Au début, on ne ciblait que Saint-Tite-des-Caps, mais on se rend compte que ça touche énormément de gens, de Stoneham à Baie-Saint-Paul. »

Anika Bédard a pris conscience de l’ampleur du territoire sous la coupe du Séminaire de Québec lorsqu’elle a fait l’acquisition d’un chalet à Saint-Tite-des-Caps et réalisé qu’elle n’avait pas accès à la forêt qui jouxte son terrain, sous peine d’amende.

« Je n’avais aucune idée de ce qu’étaient les terres du Séminaire, et je me suis rendu compte qu’il y a une grande méconnaissance à propos de ça. Ce sont des terres d’une superficie qui fait quatre fois la ville de Montréal ! Et on n’a pas le droit d’y marcher sous prétexte que c’est privé. »

Elle indique que des amendes de 600 à 700 $ ont été distribuées à des « contrevenants ».  

Ces terres, rappelle-t-elle, ont été « données » au séminaire dans les années 170. « Ils ne paient pas d’impôt. C’est une subvention de tous les Québécois ! Donner un accès pourrait être un retour légitime », avance-t-elle.

Carte d’ensemble de la Seigneurie de Beaupré. Tirée du site web du Séminaire de Québec

D’une superficie de près de 1 600 km2, les « terres du Séminaire », nom usuel de la Seigneurie de Beaupré, forment une bande parallèle au fleuve, de plus ou moins 95 km de longueur par 20 km de largeur, partant à l’ouest de Stoneham et Ste-Brigitte-de-Laval jusqu’à la rivière du Gouffre à Saint-Urbain à l’est, peut-on lire sur le site du Séminaire de Québec. À la demande d’entrevue du Charlevoisien sur cette nouvelle mobilisation citoyenne, le Séminaire a fait parvenir une réponse laconique.

« Nous accusons réception de votre demande ou plutôt de votre offre, mais vous comprendrez que nous n’avons pas à nous justifier sur l’utilisation de notre propriété privée ou sur son accessibilité. »

Anika Bédard n’entend pas lâcher le morceau.

« Pourquoi ça nous dérange ? C’est l’arrière-cour de Québec. Toutes les municipalités accotent sur les terres du Séminaire, mais il n’y a que 1300 personnes qui ont le droit d’y entrer, les autres non ! Et en plus, on vous donne une contravention si vous vous faites prendre… »

Elle-même s’aventure régulièrement sur « la terre défendue ». « Je prends des photos, je veux que les gens voient comme c’est beau. »

Cette beauté, rappelle-t-elle, est toutefois fragile.

Selon elle, le Séminaire brade le territoire, notamment en favorisant les coupes forestières et le développement éolien.

« Que restera-t-il de ces paysages grandioses sur les Terres du séminaire après que Boralex et Energir seront passées ? Cette région devrait faire partie d’un parc naturel où tous les Québécois pourraient avoir accès. Ils n’ont aucun remords de détruire un paysage, un écosystème particulier. Comment se fait-il que des religieux catholiques ont toujours ce territoire, le gèrent comme une compagnie privée, mais ne redonneront rien aux communautés avoisinantes sans payer de taxes ou d’impôt ? C’est choquant ! », écrit Mme Bédard dans une publication.

De plus en plus de citoyens adhèrent à la page Facebook. Un comité a été formé et des réunions ont eu lieu.

 « On n’a aucune idée où ça va aller, mais de semaine en semaine, des gens s’ajoutent. Les gens sont frustrés ! On a une lettre qu’on veut envoyer au Séminaire… On doit en parler. Est-ce qu’ils sont vraiment légitimes de faire ce qu’ils veulent avec un territoire qui fait partie de notre patrimoine québécois ? La question se pose », conclut Mme Bédard.

 

 

 

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