Riche d’une trajectoire qui lui confère une vision unique des enjeux économiques, touristiques, commerciaux et industriels de la région, le directeur général de Développement Économique Sept-Îles propose une analyse lucide des défis de la région : consolidation, diversification, formation.
Rencontré à son bureau à Sept-Îles, Paul Lavoie, récemment diplômé d’une maîtrise en administration publique de l’ENAP (École nationale d’administration publique), fort d’une expérience plus que substantielle en développement économique, auteur et kayakiste accompli, discute avec passion de sa vision pour la région.
“ L’ADN de Sept-Îles est minier et va le demeurer dans le futur. Le maintien du niveau de vie local passe par cette filière, et par l’allongement de sa chaîne de valeur. Dans dix ans, avec du gaz naturel disponible de façon abordable, on peut même imaginer que la région produise l’acier le moins cher au monde ! ”
Formation et diversification
En parallèle des développements dans l’industrie minière, deux secteurs pourraient s’avérer porteurs, selon lui, pour diversifier l’économie locale : le tourisme et le secteur bioalimentaire.
“ Le développement de produits touristiques nichés et à forte valeur ajoutée, sans dénaturer les milieux et les expériences, sera un vecteur de diversification important. Aussi, la réalité des changements climatiques doit nous amener à penser les schémas d’aménagement du territoire, en fonction du potentiel agricole à venir ”, souligne M. Lavoie. “ Il y aura certainement des opportunités, et il serait dommage de voir principalement des entreprises de l’extérieur acheter des terres sur la Côte-Nord, comme on a commencé à le voir avec les bleuetières. ”
Son nouveau rôle à la gouvernance du Cégep de Sept-Îles lui permet aussi d’être lucide, quant au besoin pour accélérer et consolider le développement économique local.
“ Présentement, on le voit, il y a une pénurie de main-d’œuvre spécialisée dans pratiquement tous les domaines […]. Envoyer nos jeunes étudier à l’extérieur en espérant qu’ils reviennent, faudrait en revenir de ce modèle. Ça aide les autres et ça nous nuit. On a besoin de compétences spécifiques dans nos régions et si elles sont développées ailleurs, les entreprises et les innovations qui viennent avec ces compétences vont continuer de se développer ailleurs […]. Il faut briser ce cycle. ”
Paul Lavoie croit fermement que les acteurs régionaux doivent collectivement trouver des façons de faire créatives pour créer des cohortes d’étudiants dans les domaines les plus en demande, sans nécessairement attendre d’atteindre les masses critiques d’inscriptions pour le faire.
“ Le Cégep de Sept-Îles est très proactif en ce sens, en prenant, par exemple, des ententes avec d’autres établissements pour créer des solutions temporaires. On observe beaucoup de collaboration sur le territoire, pour répondre aux besoins du milieu. À situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles. ”
Développer en synergie
Développer en silo des infrastructures, des capacités énergétiques ou la formation de main-d’œuvre serait une erreur, selon Paul Lavoie.
“ Il faut vraiment voir l’économie comme un système qui opère de façon holistique, plutôt que de le traiter par chantier ou par mandat. C’est l’erreur coûteuse qui est souvent commise en matière de développement territorial, et les résultats avec ce genre d’approche sont rarement au rendez-vous ”, dit-il.
Au sujet des éventuels et hypothétiques compromis entre diversification et développement, il considère que l’objectif doit être de rendre les différents écosystèmes (fer, aluminium, bioalimentaire, tourisme) plus robustes et résilients, ce qui implique nécessairement de les diversifier.
Bien que l’Aluminerie Alouette ait, de son point de vue, contribué à une plus grande stabilité économique, Sept-Îles n’est pas à l’abri d’une nouvelle crise. L’exploitation de nouvelles matières premières et la transformation de celles qu’on exploite déjà doivent faire partie de nos priorités.
“ Pour réaliser quoi que ce soit d’important dans les prochaines années, il faut définir la vision clairement […]. Ce qui sera payant, ce sera d’oser faire un diagnostic sans complaisance de la situation, se donner une direction claire et inviter les bonnes parties prenantes autour de la table. ”
Qui est Paul Lavoie ?
D’abord à la tête de la Chambre de commerce de Sept-Îles en 2017 et 2018, il a lancé l’aile innue de l’organisation aux côtés de Dave Vollant, ce qui a mené au processus de regroupement de la Chambre de commerce de Sept-Îles Uashat mak Mani-utenam (CCSIUM). Il est ensuite passé à la barre de Tourisme Côte-Nord, de 2018 à 2022, où il a opéré la fusion administrative des deux associations touristiques de l’époque (Duplessis et Manicouagan) en une seule, transformant l’organisation en ce que l’on connaît aujourd’hui. Depuis l’automne 2022, il est directeur général de Développement Économique Sept-Îles, et il a été nommé à l’automne 2025 président du conseil d’administration du Cégep de Sept-Îles.
À découvrir
Des contenus marketing présentés par et pour nos annonceurs.