Prendre racine sur la Côte-Nord grâce au surf

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Par Nadia Dorval 5:00 AM - 22 mai 2026
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Chez Surfshack on forme la future relève en surf durant tout l'été. Sur la photo, Fred Dumoulin, propriétaire de l'entreprise en pleine session d'initiation au surf. Photo Surfshack

Le surf sur la Côte-Nord a connu un grand engouement aux débuts des années 2010. Une quinzaine d’années plus tard, ce sport continue de gagner des adeptes et contribuerait même à convaincre des gens à s’établir définitivement dans la région.

Frédéric Dumoulin est le propriétaire de l’entreprise SurfShack, à Moisie. Enseignant de formation, il a commencé à surfer en 2008-2009 dans le secteur. Petit à petit, plusieurs personnes se sont greffées à lui.

Son but en donnant des cours était de rendre la pratique de ce sport plus sécuritaire, mais pas uniquement ça.

« Ce n’était pas juste de faire connaître le surf, c’était d’implanter un nouveau sport à Sept-Îles, sur la Côte-Nord, quelque chose d’unique », dit Frédéric Dumoulin.

Il observe que tranquillement, les gens qui avaient 30-35 ans en 2010 sont maintenant parents d’enfants de 10-15 ans. Ce sont maintenant ces jeunes-là qui font du surf grâce à la passion transmise par leurs parents.

« Quand tu passes une génération comme ça, tu viens d’implanter un sport. En plus, ça se fait de façon sécuritaire », dit M. Dumoulin.

Non seulement une deuxième génération de surfeurs est en train de naître sur la Côte-Nord, mais ce sport incite aussi des gens à choisir notre région pour y travailler, ou carrément s’y établir. Beaucoup de professionnels sont séduits par la présence de cette pratique dans la région, remarque le propriétaire de Surfshack.

Émile Boutin, amateur de surf et cayen d’adoption, tout sourire après une session de surf en Minganie. Photo courtoisie

C’est d’ailleurs le cas d’Émile Boutin, chargé de projets en immigration à la MRC de la Minganie. Originaire de Lévis, il a choisi de s’installer à Havre-Saint-Pierre à l’automne 2023.

« Je voulais m’établir dans une région au bord de la mer », dit M. Boutin.

Celui qui pratique le surf depuis qu’il a 17 ans avait entendu dire que c’était possible de surfer sur la Côte-Nord.

« Dans ma décision de déménager en Minganie, c’était l’idée que je savais qu’on pouvait surfer sur la Côte-Nord, ça entrait dans la décision un peu », dit le Cayen d’adoption.

Connecter grâce au surf

Frédéric Dumoulin estime qu’environ la moitié de sa clientèle est composée de gens qui proviennent de l’extérieur et qui sont venus à Sept-Îles pour le travail. Il est d’avis qu’une entreprise comme la sienne permet aux nouveaux arrivants de se rencontrer et de socialiser. Il en a vu passer plusieurs qui devaient être de passage, mais qui sont finalement restés.

« Ils ont aimé ça. Ils ont tripé avec la plage. Ils ont vu la Côte-Nord d’une autre façon. Puis, ils sont restés pour ça », affirme M. Dumoulin.

Pour Frédéric Dumoulin l’essence de la pratique du surf contribue aussi à la petite séduction.

« Parce que même si les personnes ne viennent pas surfer, souvent, c’est l’image de la plage, l’image du surf qui les attire », dit Frédéric Dumoulin.

Le co-propriétaire de l’entreprise de loisirs marins Les Vagues à Havre-Saint-Pierre, Johney Cormier, va dans le même sens. Il a entre autres reçu un témoignage d’une personne qui a choisi de s’établir dans la municipalité de 3 500 âmes, parce qu’il y a la possibilité de pratiquer le surf sous toutes ses formes.

« Je crois que c’est quelque chose que les gens cherchent de plus en plus et des activités comme nous offrons aident à dynamiser la région, augmentent l’attraction et favorisent la rétention », dit Johney Cormier.

Excursion guidée en planche à pagaie avec Les Vagues dans l’Archipel-de-Mingan. En arrière-plan la grosse et la petite île Marteau. Photo courtoisie

Le sport du bonheur

Pour beaucoup, pratiquer le surf est un mode de vie. Surtout dans une région comme la Côte-Nord, où ce sont les tempêtes qui dictent les conditions. 

Contrairement à ailleurs dans le monde où les étendues d’eau sont plus grandes, les vagues ont plus de temps pour s’organiser, elles proviennent de plus loin. Sur la Côte-Nord, le golfe du Saint-Laurent est moins grand, ce qui a pour résultat que les vagues sont belles seulement quelques heures, ou le lendemain d’une tempête.

En Minganie, près de Rivière-au-Tonnerre, plusieurs endroits ont un bon potentiel de surf. Les vagues qui peuvent parfois atteindre entre un mètre et demi et deux mètres. Photo Émile Boutin

Émile Boutin en grand passionné de surf surveille les conditions à la manière d’un chasseur de tornade. Il explique qu’il doit comparer plusieurs données ensemble.

« On regarde la météo tous les deux jours et on prend congé quand il y a des vagues », dit Émile Boutin.

Même chose pour Johney Cormier, qui se rappelle d’une session de surf improvisée, où pendant qu’il était installé à son ordinateur au quartier général de Les vagues, les éléments météo se sont alignés. Comme il est rare d’avoir des conditions de surf directement à Havre-Saint-Pierre, il a décidé de troquer son ordinateur pour son wetsuit. Pas question de laisser passer de telles conditions.

« Il faut que tu sois un peu dédié à ça, dans le sens où il faut que tu le prennes quand ça passe, parce que tu ne sais pas quand ça va revenir », dit M. Cormier.

Les trois surfeurs nord-côtiers s’entendent pour dire que le surf permet de cultiver un mode de vie plus lent et connecté à la nature.

« Tu vas vraiment au rythme des éléments. Le surf en eau froide, c’est peut-être encore plus cet idéal de mode de vie connecté à la nature. C’est encore plus vrai qu’ailleurs, parce que tu n’es pas dans la compétition. Tu prends ce que la nature va te donner », dit M. Boutin.

Selon Frédéric Dumoulin, plusieurs études prouvent que le surf procure tout ce dont le cerveau a besoin pour être heureux. La contemplation du paysage apaise et surfer donne une bonne dose d’adrénaline.

« En plus, dans l’eau, il y a une autre chose qui se passe : c’est que ton corps va encore dégager des genres de drogues comme la sérotonine, et toutes ces affaires-là. Il faut que tu sois dans l’eau pour avoir ça », explique Frédéric Dumoulin. « Le surf va tout englober ça. Il va agir comme antidépresseur. C’est sûr que tu deviens addict, parce que tu n’as rien de plus fort. Ou presque rien ».

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