Un mois après le départ soudain et précipité d’Alexandra Chouinard, ex-PDG du Port de Sept-Îles, les différentes parties prenantes persistent dans leur mutisme sur les raisons ayant mené à cette situation inhabituelle, soulevant ainsi des questions quant au fonctionnement de l’une des pierres angulaires de l’économie nord-côtière.
Selon nos informations, le départ d’Alexandra Chouinard, le 16 avril, serait une décision du conseil d’administration du Port.
Les circonstances ne sont pas sans rappeler le congédiement de Julie Gascon, ex-PDG du Port de Montréal. Cette dernière a également été démise soudainement de ses fonctions, sans aucune explication publique des administrateurs d’une autre des plus importantes administrations portuaires canadiennes (APC).
De la même manière que le Port de Sept-Îles, le Port de Montréal a annoncé laconiquement, sans aucune explication, le départ de sa première dirigeante le 3 avril.
Dans les deux cas, les administrateurs, les utilisateurs du port, le milieu économique, le monde municipal et les deux paliers de gouvernement se sont refusés à tout commentaire.
Aucune instabilité opérationnelle en vue
Le président du conseil d’administration du Port de Sept-Îles, Bernard Lynch, a refusé d’accorder une entrevue au Journal pour élaborer sur le contexte du départ, après seulement huit mois en poste, de Mme Chouinard. Il n’a pas non plus souhaité répondre à nos questions sur le processus ayant mené à son recrutement et concernant les prochaines étapes à venir pour la direction du port.
Malgré l’absence d’information, cette période de turbulence ne devrait pas influencer les opérations quotidiennes de l’organisation, selon des experts.
Pour Louis Gravel, ancien dirigeant de la Société ferroviaire et portuaire de Pointe-Noire et expert en logistique ferroviaire et maritime, l’équipe du Port de Sept-Îles et le conseil d’administration seront en mesure d’assurer les opérations et le développement, pendant le recrutement du prochain dirigeant.
« Avec l’intérim qui est assuré par Joël Chouinard, ils auront tout le temps nécessaire pour trouver quelqu’un qui a le bon profil pour opérer le port », affirme M. Gravel. « Je ne suis pas du tout inquiet pour la suite, surtout qu’une grande partie des opérations est faite par un sous-traitant, Logistec, qui est fiable et autonome. »
Logistec, une compagnie fondée à Montréal et maintenant détenue par des intérêts américains, compte plus de 3 700 employés et opère dans plus de 60 ports en Amérique du Nord, dont le port de Sept-Îles.
Même son de cloche du côté d’Emmanuel Guy, professeur à l’UQAR en transport maritime au département des sciences de la gestion et expert des organisations et des changements institutionnels.
« À court terme, il n’y a pas d’inquiétudes à ce que les opérations puissent se maintenir. D’ailleurs ce n’est pas le rôle d’un PDG de voir aux opérations quotidiennes », avance M. Guy. « Où ça peut avoir plus de conséquences, c’est qu’on sait qu’il y a des projets d’investissements majeurs à Pointe-Noire. Donc, c’est sûr que pour développer les visions, les positionnements qui sont derrière ça, le fait qu’il n’y a pas personne officiellement, à long terme, ça pourrait avoir plus de conséquences », poursuit-il, précisant que si le remplacement se fait au courant de l’année, ou que l’intérim est officialisé, les inquiétudes sont négligeables.
Bien que surprenant, le départ rapide d’Alexandra Chouinard ne relève pas non plus du jamais vu dans le monde portuaire. Or, à Sept-Îles, la stabilité connue précédemment avec la longue carrière de son prédécesseur Pierre D. Gagnon, en poste pendant 25 ans, ajoute au contraste.
Une gouvernance inchangée
Contrairement à ce qu’on observe au Port de Montréal, le départ de Mme Chouinard ne semble pas avoir d’impact sur la composition du conseil d’administration.
Rappelons que le Port de Montréal « traverse l’une des pires crises de son histoire », selon Le Journal de Montréal. Le quotidien montréalais rapportait le 24 avril 2026 que les deux tiers des membres du conseil d’administration quitteraient avant la fin de l’été. Cette annonce faisait suite au départ « des trois principales têtes dirigeantes de l’organisation, dont le renvoi de la PDG Julie Gascon. »
À Sept-Îles, Bernard Lynch, nommé par le ministre fédéral des Transports suite aux recommandations des utilisateurs, préside le conseil d’administration du Port depuis 2022.
À ses côtés on retrouve Nancy Jourdain, directrice générale adjointe du Regroupement des centres d’amitiés autochtones du Québec, à la vice-présidence, Mirka Boudreau, président et fondatrice du groupe Int-elle et Serge Lévesque, ancien maire de Sept-Îles, agissent à titre d’administrateur. Ces trois derniers sont nommés par le ministre fédéral des Transports suite aux recommandations des utilisateurs.
Gilles Couture, retraité d’ArcelorMittal et président du conseil d’administration de Développement Économique Port-Cartier, est aussi d’administrateur au Port en tant que représentant du gouvernement provincial.
Finalement, Jean-François Bonneau, comptable retraité, agit lui aussi en tant qu’administrateur et représente la Ville de Sept-Îles.
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