Les familles recomposées sont plus nombreuses sur la Côte-Nord comparativement à la moyenne de la province. Dans le cadre de la Semaine québécoise des familles, le Journal s’est intéressé à elles et aux défis qui leur son propre, dans la recherche quotidienne d’une harmonie familiale.
En 2021, la proportion des familles recomposées parmi les familles biparentales avec enfants, c’est-à-dire, un couple qui vit avec au moins un enfant, était de 22,9 % à Sept-Îles et de 20,6% à Baie-Comeau, comparativement à 15,4% pour l’ensemble de la province. Ces données, les plus récentes disponibles de Statistiques Canada, excluent les familles monoparentales.
La réalité des familles recomposées touche donc beaucoup de Nord-Côtiers. Mais comment reconstruire une famille à partir de deux clans qui arrivent chacun avec leurs histoires, leurs valeurs et leurs rituels?
Selon Véronique Boudreau, travailleuse sociale à la Clinique familiale L’Envol-Maison de la famille, la principale clé pour qu’une famille recomposée fonctionne : c’est d’y aller doucement.

«Prendre le temps de créer des liens, ne pas y aller trop rapidement. On ne peut pas forcer quelque chose, on ne peut pas forcer le lien [entre les nouveaux conjoints et les enfants]», souligne-t-elle. «Apprendre à se connaître, apprendre à s’apprivoiser, pour que tout le monde apprenne où est sa place, où sont ses limites.»
Nancy Germain, éducatrice spécialisée et fondatrice de Régul’Action éducation spécialisée, une entreprise basée à Sept-Îles, abonde dans le même sens.
«Trop de proximité, trop vite, peut créer de la méfiance. Mieux vaut privilégier de courtes interactions positives, répétées dans le temps», dit Mme Germain.
Il est important aussi de clarifier les rôles du nouveau partenaire, qui n’est pas un parent de remplacement.
«Au départ, il est davantage une présence bienveillante, stable, sans autorité imposée. Le parent biologique garde le rôle éducatif principal», dit Nancy Germain.

Puis, une fois que la confiance s’installe, il est possible d’intégrer le nouveau partenaire dans la discipline faite aux enfants. La communication ouverte est un autre élément très important, lorsqu’on parle de famille recomposée. Les émotions, qu’elles soient positives ou négatives ne doivent pas être banalisées. L’arrivée de nouveaux venus dans une famille peut apporter toutes sortes d’émotions comme la colère, la tristesse ou l’injustice.
«Une petite activité à faire en famille, c’est la gratitude. Nommer au souper un élément qui a été positif pour vous (…) Puis de le faire sous forme de jeux avec les enfants, à tour de rôle. Comme ça, on met le négatif de côté, puis on met l’accent sur le positif», dit Véronique Boudreau.
Cet exercice permet de réaliser qu’il y a peut-être des choses qui vont moins bien, mais qu’il y a aussi des éléments qui vont bien. Selon Mme Boudreau, cela permet d’avancer dans la construction de la nouvelle famille.
Pour accueillir les émotions, il faut accueillir les besoins, souligne la travailleuse sociale. Ça permet d’agir de façon juste et équitable envers tout le monde, parce que si on ne connait pas les besoins de chaque enfants on ne peut pas leur offrir équitablement ce dont ils ont réellement besoin.
De nouveaux rituels familiaux
Qui dit nouvelle famille dit aussi nouveaux rituels. Selon Véronique Boudreau, il est vraiment important pour une famille recomposée de se créer ses propres rituels familiaux. Elle donne l’exemple du vendredi soir, où tout le monde dort dans le salon après une soirée cinéma.
«Chaque famille, ils ont toutes leurs petites habitudes, tous leurs petits rituels, mais comme c’est une famille recomposée, l’important est de se créer vraiment des moments qui sont propres à eux. On y va vraiment dans la nouveauté», dit Mme Boudreau.
C’est petits rituels n’ont pas besoin d’être très élaborés.
«Ce sont souvent les petits moments du quotidien : jouer, cuisiner ou discuter qui permettent de tisser un lien authentique, sans pression», ajoute Nancy Germain.
Les défis
L’un des plus grands défis est souvent que les règles n’étaient pas les mêmes pour chacune des familles. La solution réside dans la bonne communication entre les nouveaux conjoints.
«C’est d’être capable de dire, moi, c’est quoi qui est important pour moi? C’est quoi mes valeurs? Je veux que ça fonctionne comme ça au niveau de la discipline et vice-versa pour les deux, pour réussir à trouver un compromis entre les deux», résume Véronique Boudreau.
Dans ses intervention avec des familles, Véronique Boudreau aime bien utiliser l’image du bout de corde tenu par chacun des conjoints.
«Si moi, je fais mon bout de chemin et j’avance vers toi, j’ai un plus grand bout. Mais si toi, tu ne fais pas ton bout et tu restes là, où est-ce qu’on va se rejoindre dans le milieu? On ne sera jamais là», illustre Mme Boudreau.
Les intervenants sont unanimes : s’investir dans une famille recomposée n’est pas si simple. Cela demande de la communication, de la patience, de l’adaptation et de la douceur.
«La confiance ne se demande pas, elle se construit», dit Nancy Germain.
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