Pessamit : le chemin rouge de Shania Hervieux

Avatar photo
Par Roseline Pelletier 12:00 PM - 10 mai 2026 Initiative de journalisme local
Temps de lecture :

Un atelier sur le chemin rouge de la guérison a été mené par Shania Hervieux, permettant aux participants de découvrir des enseignements significatifs liés aux traditions et au mieux-être. Photo CRÉA-Pessamit

Shania Hervieux a livré un témoignage poignant à la salle communautaire de Pessamit. Son récit complètement décomplexé, témoin de sa force, a ébranlé la galerie le matin du 5 mai. 

Avant que Shania entame la narration de son histoire, elle demande à ce qu’un chant soit exécuté, « pour bien commencer le partage qu’elle s’apprête à livrer ». Quatre femmes munies de teueikan (tambours) font alors signe aux spectateurs, assis en cercle autour de la locutrice, de se lever avant d’amorcer cette pratique traditionnelle. 

Une fois le chant terminé, on comprend que très jeune, Shania Hervieux est confrontée à ses premières infortunes : elle est régulièrement témoin des violences faites à sa mère par son père, souvent intoxiqué. À 8 ans, elle perd tout contact avec celui-ci. « Je garde des séquelles de ce que j’ai vu », confie-t-elle. 

C’est en première secondaire qu’elle fait usage de la drogue pour la première fois : elle consomme du speed. « J’ai consommé tout mon secondaire. Faut pas oublier que j’ai passé 7 ans au secondaire et 7 ans à consommer, c’est long. À ce moment-là j’étais jeune, ça représentait la moitié de ma vie. »

Shania explique qu’après le speed et le cannabis est venue la freebase (cocaïne portée à ébullition avec de l’ammoniaque, qui se fume). Cette substance est rapidement devenue sa drogue privilégiée. 

Pendant que Shania Herveux se livre généreusement, un groupe d’hommes tanne la peau du caribou un peu plus loin dans la salle. On peut les entendre souffler avec effort, chacun tirant son bout de peau, réunis en cercle. 

Shania révèle ensuite quelques détails concernant le décès de sa mère, avec qui elle entretenait une relation très fusionnelle. « À 18 ans, j’ai perdu ma meilleure amie, ma sœur, ma confidente », déclare-t-elle au public, qui l’écoute avec attention. « Je ne me cacherai pas, j’ai consommé avec elle ». 

Elle enchaîne en rappelant que, comme beaucoup d’événements dans sa vie, elle a banalisé le fait de consommer avec sa mère. « Moi je pensais que c’était normal, mais maintenant que je suis maman, jamais je ne ferai quelque chose comme ça. »

Des femmes assises près de Shania Hervieux essuient quelques larmes pendant qu’elle s’ouvre sur les idées suicidaires qui l’ont souvent habitée. 

Un atelier sur le tannage de peaux a également été offert, mettant en valeur un savoir-faire traditionnel et le lien étroit avec la nature par Paul-Émile Gabriel. Photo CRÉA-Pessamit

Suivre le chemin rouge 

La jeune femme a accepté de couper les ponts avec la substance lorsqu’elle a découvert sa grossesse en cours.

« J’ai appris que j’étais enceinte parce qu’à chaque fois que je prenais une puff de freebase, je vomissais. Je suis donc allée faire un test au centre de santé. Le monsieur m’a dit que je ne pouvais pas arrêter la freebase d’un coup, que j’allais devoir diminuer graduellement, et c’est ce que j’ai fait », se remémore-t-elle.

Ça fait maintenant presque 4 ans que Shania Hervieux est « à jeun ben raide ». Mais, pour elle, c’est parce qu’elle a réussi à suivre le chemin rouge. « Le chemin rouge, c’est le chemin du cœur, du sang, du bien-être, de l’amour. Le suivre, c’est apprendre à se connaître et parvenir à se guérir », explique une spectatrice. 

Shania est toujours en relation avec Pierre, le père de sa fille Alita, qui a aujourd’hui trois ans. Au sein de cette famille recomposée, la jeune femme aime les trois autres enfants de son partenaire comme s’ils étaient les siens. « Au début, c’était très toxique, on consommait beaucoup ensemble. Mais on réussit à améliorer nos vies ensemble, on a fleuri. »

Pour clore ce moment, un dernier chant s’est fait entendre dans la salle. Le cercle s’est agrandi pour inclure ceux qui travaillaient la peau de caribou un peu plus tôt. Tous étaient désormais unis, portés par les chants et le son du teueikan.

Cette prise de parole s’inscrivait dans une série d’activités prenant place au centre communautaire de Pessamit, dans le cadre de la semaine de la santé mentale. Des activités culturelles et des prises de paroles se sont déroulées à Pessamit du 4 au 6 mai. 

Le témoignage de Shania Hervieux a mis en lumière les défis reliés à la dépendance, au deuil et aux troubles de santé mentale. Photo Facebook CRÉA-Pessamit

S’abonner
Notification pour
guest
0 Commentaires
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires

À lire également

Un Baie-Comois publie son premier roman fantastique

CHRONIQUE | Jamais trop tard pour s’accomplir

Un incendie maîtrisé à Portneuf-sur-Mer

À découvrir

Des contenus marketing présentés par et pour nos annonceurs.

Horizon

Liquidateur : bien se préparer à régler une succession.

Présenté par Chambre des notaires du Québec
Horizon

Mandat de protection : arrivez bien préparé chez le notaire.

Présenté par Chambre des notaires du Québec
Horizon

Acheter ou vendre une propriété : arrivez prêt chez le notaire.

Présenté par Chambre des notaires du Québec
Horizon

Testament notarié : se préparer pour mieux décider

Présenté par Chambre des notaires du Québec
Horizon

La Côte-Nord, ce n’est pas une destination. C’est une adoption.

Présenté par Tourisme Côte-Nord
Horizon

Gallix vs. Luskentyre :  Le vent dans les cheveux, l’eau dans les orteils et la paix dans l’âme

Présenté par Tourisme Côte-Nord