En cette fête des Mères, je pense à toutes celles qui donnent sans compter et à la mienne, qui a choisi, à 56 ans, de se choisir aussi.
Il y a quelque chose de profondément émouvant dans les parcours qui ne suivent pas une ligne droite. Des chemins faits de détours, de pauses, de renoncements… mais aussi de retours, de courage et de renaissance.
Ma mère fait partie de ces femmes-là.
Le 2 mai dernier, c’était la cérémonie de fin d’études du Cégep de Baie-Comeau et ma mère était parmi les étudiants finissants.
Elle a réussi son Attestation d’études collégiales en Techniques de bureautique et publications Web, complétée après 855 heures de formation. Dit comme ça, ça sonne académique. Presque banal.
Mais rien, dans son parcours, ne l’est.
Parce que derrière ce diplôme, il y a une femme qui, pendant des années, a mis ses rêves sur pause. Une femme qui avait commencé un DEC en bureautique, sans le terminer, pour se consacrer à ce qui comptait alors le plus : sa famille. Elle m’a eue à 22 ans, mon frère à 25. Elle a choisi d’être là. Présente. Constante. Rassurante.
Et elle l’a été, pleinement.
Puis, bien des années plus tard, elle a décidé de reprendre ce fil qu’elle avait laissé derrière. À 56 ans, elle est retournée sur les bancs d’école ou plutôt, devant son écran.
Parce que non, elle n’avait pas d’ordinateur au départ. Pas de bureau. Pas d’espace dédié. Seulement une volonté ferme et tranquille.
Celle d’aller au bout de quelque chose pour elle.
Ce n’était pas simple. Apprendre à distance, apprivoiser les outils technologiques, structurer son temps, persévérer malgré les doutes. Mais elle l’a fait. Avec la même constance qu’elle avait mise, des années plus tôt, à élever ses enfants.
Et aujourd’hui ?
Aujourd’hui, elle travaille à temps plein dans son domaine. Elle aime ce qu’elle fait. Elle s’accomplit professionnellement. Elle est fière et elle peut l’être.
Moi, je le suis profondément.
Parce que ce que je vois, ce n’est pas seulement une femme qui a obtenu un diplôme. C’est une mère qui m’a appris, sans discours, qu’il n’est jamais trop tard pour se choisir. Qu’on peut être dévouée aux autres sans s’oublier pour toujours. Qu’il y a un temps pour donner… et un temps pour se redonner.
En cette fête des Mères, je pense à elle, évidemment. Mais aussi à toutes ces femmes qui avancent sur ce fil parfois fragile entre leur rôle de mère et leur propre accomplissement. Celles qui portent beaucoup, souvent en silence. Celles qui réussissent à prendre soin des autres, tout en essayant, tant bien que mal, de garder une place pour elles-mêmes.
Je pense aussi à celles qui, comme moi, jonglent entre le travail et la maternité. Qui courent après le temps, les échéances, les lunchs, les devoirs, les émotions. Ce n’est pas toujours élégant. Ce n’est pas toujours simple. Mais c’est profondément humain.
Et dans tout ça, il y a une force tranquille, une résilience qui mérite d’être soulignée.
Alors aujourd’hui, je dis merci.
Merci aux mères qui tiennent debout, même fatiguées. Merci à celles qui recommencent, même tard. Merci à celles qui aiment, sans condition.
Et merci à toi, maman.
Ton plus grand accomplissement, ce n’est pas ce diplôme, même s’il est impressionnant. C’est tout ce que tu as bâti, avant… et tout ce que tu continues de construire aujourd’hui.
Bonne fête des Mères !
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