«Un retard inacceptable» à combler pour la sécurité des femmes autochtones
La Journée nationale de sensibilisation aux femmes, aux filles et aux personnes bispirituelles autochtones disparues et assassinées — aussi appelée Journée de la robe rouge — est soulignée chaque année, le 5 mai. Caroline Grégoire, Le Soleil
Devant la violence réservée aux femmes des Premiers Peuples, la présidente de Femmes autochtones du Québec implore les gouvernements de laisser tomber les mesures «ponctuelles», au profit de programmes à long terme. «On ne peut plus continuer comme ça.»
«Des projets ponctuels c’est bien, mais ce n’est pas suffisant pour des enjeux aussi grands que la violence faite aux femmes», signale Marjolaine Étienne, à l’occasion de la Journée nationale de sensibilisation aux femmes, aux filles et aux personnes bispirituelles autochtones disparues et assassinées.
Cette année, le 5 mai — aussi appelée Journée de la robe rouge ― revêt un caractère particulier pour la présidente de Femmes autochtones du Québec (FAQ).
Alors que l’heure est à la commémoration de la vie des femmes autochtones victimes de violence, les premiers mois de 2026, marqués par un vague de féminicides, s’imposent comme le rappel d’une situation encore trop actuelle dans la province.
«Il faut se souvenir des femmes autochtones qui sont parties, mais il faut aussi se souvenir de ce qui s’est passé au cours des premiers mois de l’année», souffle la présidente.
Des neuf victimes recensées depuis le début de l’année, deux sont autochtones: Marie-Kate Ottawa, de Manawan, et Mary Tukalak Iqiquq, de Puvirnituq.
À ce triste bilan s’ajoutent aussi les données dévoilées en mars dernier, dans le cadre de la présentation de la cartographie sur les femmes, les filles et les personnes bispirituelles autochtones disparues ou assassinées.
Pour une première fois, la compilation, issue du partenariat entre FAQ et l’Université du Québec en Outaouais, permet de mesurer la gravité de la problématique au Québec. Entre 1950 et février 2026, quelque 124 femmes autochtones ont été portées disparues ou ont été assassinées au Québec, selon la carte.
Au total, 220 victimes y sont comptabilisées.
«Ça nous donne un portrait global de la situation des femmes autochtones, que ce soit dans nos communautés ou en dehors», résume Marjolaine Étienne.
Un financement stable réclamé
Alors que des drames continuent de marquer les communautés autochtones à travers la province, la présidente de FAQ juge que les différents paliers de gouvernement doivent revoir la stratégie déployée pour répondre au fléau.
Au-delà des «mesures ponctuelles», les instances responsables doivent, selon elle, se pencher une bonne fois pour toutes sur la mise en œuvre des appels à la justice et des appels à l’action prescrits par l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées (ENFFADA) et la Commission de vérité et réconciliation (CVR).
À l’opposé, Marjolaine Étienne déplore qu’un «retard inacceptable» se soit creusé depuis la publication des rapports.
Selon l’organisme à but non lucratif Indigenous Watchdog, seuls 15% des appels à l’action de la Commission de vérité et réconciliation sont, à ce jour, considérés comme «complétés».
Dans son plus récent suivi sur la mise en œuvre des recommandations issues de l’ENFFADA, l’Assemblée des Premières Nations souligne elle aussi que «la plupart des appels à la justice n’ont toujours pas été menés à bien.» «Les progrès sont limités en raison d’une insuffisance de ressources et d’une incohérence dans les financements», indique le rapport d’avancement.
À la lumière de ces constats, Marjolaine Étienne mise sur «la stabilité du financement» pour renverser la vapeur.
«Il faut que le financement suive pour répondre aux appels à la justice. Il faut respecter les engagements qui ont été pris lors du dépôt du rapport.»
«Il ne faut plus attendre, souffle-t-elle. Les femmes ont besoin d’un environnement sécuritaire.»
Marquer les esprits
Avec les nouvelles données de cartographie en poche, Marjolaine Étienne garde toutefois espoir de voir les différents paliers de gouvernement précipiter le déploiement de solutions destinées aux femmes autochtones victimes de violence.
Bien qu’elle «crie l’urgence d’agir depuis longtemps», Mme Étienne estime que la cartographie — en marquant l’esprit des décideurs ― pourrait constituer un tournant dans le dossier.
«On ne peut pas ne pas tenir compte de ces données-là.»
Plus encore, la présidente compte maintenant «s’appuyer sur ces outils» pour marteler l’importance de déployer des mesures concrètes «le plus rapidement possible».
«Ces données vont nous permettre, comme organisation, de nous asseoir autour d’une table avec les acteurs clés pour dire «On fait quoi? On ne peut plus continuer comme ça en 2026. Il faut que ça cesse.“»
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