Des Innus d’Essipit voient leur statut d’Indien révoqué

Par Johannie Gaudreault 4:23 PM - 27 avril 2026
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Le Conseil de la Première Nation des Innus Essipit insiste sur le fait qu'il n'est pas à l'origine de cette révision de statut.  Photo Johannie Gaudreault

Près de 738 membres de la communauté innue d’Essipit ont vu leur statut d’Indien* révoqué à la suite d’une révision fédérale d’envergure. Une situation qui soulève des inquiétudes profondes, tant sur le plan identitaire que social.

La révision du statut d’Indien menée par le gouvernement fédéral secoue la communauté d’Essipit. Au total, 738 personnes ont été radiées du registre officiel, une décision qui représente environ 35 % des membres de la communauté, a divulgué Le Quotidien le 23 avril.

Cette démarche, amorcée en 2024 par Services aux Autochtones Canada via le Bureau de la registraire des Indiens, cible deux lignées familiales distinctes. Les personnes concernées sont des descendants de Christine Kichera et d’Adelaïde Matshiragan, deux femmes autochtones ayant vécu à la fin du XVIIIe siècle.

Le chef de la Première Nation des Innus Essipit, Martin Dufour, insiste d’emblée sur le fait que le conseil de bande n’est aucunement impliqué dans cette procédure.

« Il est important de rappeler que le CPNIE ne fait pas partie d’aucune manière de ce processus de révision. La décision d’inscrire ou de retirer des membres à la liste de la bande relève exclusivement du gouvernement du Canada et de son Bureau de la Registraire des Indiens », affirme-t-il dans une déclaration écrite transmise au Journal.

Le chef souligne néanmoins suivre la situation de près, notamment en raison de son ampleur et de ses impacts potentiels sur la communauté.

Au-delà des considérations administratives, la révision soulève des enjeux humains sensibles. « Cette révision soulève des questions identitaires, humaines et émotionnelles importantes », mentionne Martin Dufour, ajoutant que le conseil se dit solidaire des membres touchés.

Les personnes radiées perdent ainsi l’accès aux programmes, services et avantages associés au statut en vertu de la Loi sur les Indiens. Une décision lourde de conséquences, qui peut également affecter la cohésion sociale au sein de la communauté, selon la Première Nation.

Un débat juridique complexe

La révision découle d’une correction administrative liée à l’inscription initiale de deux ancêtres. Le cadre juridique remonte notamment à l’absence de statut légal autochtone avant l’adoption, en 1850, d’une loi encadrant les droits des peuples autochtones dans le Bas-Canada.

Le Bureau de la registraire dispose, en vertu de la législation fédérale, du pouvoir exclusif de modifier le registre lorsqu’une erreur est identifiée.

Face à cette situation, le conseil d’Essipit réclame davantage de transparence.

« Nous nous interrogeons sur la façon dont ce processus est mené, sur les critères appliqués […] ainsi que sur la prise en compte des impacts humains, sociaux et économiques pour notre communauté dans son ensemble », souligne Martin Dufour.

Sans se prononcer sur le bien-fondé des décisions individuelles, la Première Nation affirme vouloir obtenir des éclaircissements sur les effets concrets de cette révision, notamment sur « la cohésion sociale, l’identité collective et la vitalité de notre communauté ».

Quant à l’Association Tahishpuatenan, regroupant les descendants de Christine Kichera, et le Groupe de défense Adélaïde Matshiragan, ils se portent à la défense des droits des Innus d’Essipit dans le cadre du processus de révision initiée par le Bureau Registraire des Indiens.

Le Conseil de la Première Nation des Innus Essipit ne connaît pas le nombre de membres touchés par la révision qui résident directement sur le territoire de la communauté. Mais il ne veut pas procéder à des expulsions.

Les personnes visées ont trois ans pour régulariser leur statut d’Indien. Si elles sont propriétaires d’une résidence, elles peuvent aussi transférer la propriété à un membre de la famille dont le statut n’a pas été révoqué.

Au moment d’écrire ces lignes, le Bureau du Registraire des Indiens n’avait pas répondu à nos questions.

* L’utilisation des termes “ statut d’Indien ” et “ Loi sur les Indiens ” est faite ici strictement dans leur contexte juridique. L’usage du terme “ Indien ” en dehors de ce cadre n’est pas recommandé.

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