Mazout, nourriture, médicaments, motoneiges, passagers. Chaque semaine, des trains quittent Sept-Îles pour transporter et approvisionner les communautés autochtones au bout du chemin de fer. Sans eux, Schefferville, Matimekush-Lac John et Kawawachikamach seraient coupées du monde.
Partie prenante du désenclavement de la fosse du Labrador et de la région de Schefferville, Transport ferroviaire Tshiuetin, fondé en 2005, est le premier chemin de fer détenu et exploité par les Premières Nations au Canada. Possédée à parts égales par les communautés innues de Uashat mak Mani-utenam, de Matimekush-Lac John et la communauté naskapie de Kawawachikamach, l’organisation est fière d’être considérée comme un exemple en Amérique du Nord.
« J’ai eu des demandes de consultation pour aller aider des communautés qui veulent construire un chemin de fer et acheter des anciennes lignes au Manitoba. Les Cris, au Québec, ont aussi un plan pour en bâtir un et ils nous consultent », s’enthousiasme James Bérubé, directeur général et chef de l’exploitation ferroviaire chez Tshiuetin.
Membre de la nation naskapi et né à Schefferville, M. Bérubé est établi à Mani-utenam depuis 2002. Il est l’exemple typique du travailleur qui s’est élevé dans les rangs, en occupant une série de postes clés dans l’organisation.
« J’ai commencé chez Tshiuetin en 2008. J’ai été engagé comme contrôleur de circulation ferroviaire. Ensuite, l’entreprise m’a offert de suivre une formation de chef de train. J’ai travaillé à bord des locomotives et je suis devenu mécanicien », raconte-t-il. « J’ai conduit des trains pendant quelques années et j’ai remplacé occasionnellement les superviseurs à Schefferville pour les opérations de marchandises. En 2017 je suis devenu le directeur des opérations ferroviaires, et, en 2022, j’ai commencé comme directeur général et chef de l’exploitation ferroviaire. »
L’organisation de 130 employés compte actuellement 89 % d’autochtones.
« C’est vraiment impressionnant. On a des chauffeurs de trains, des inspecteurs de voie ferrée, des mécaniciens. Ce sont des emplois vraiment critiques, régies par Transports Canada. Ce sont des postes sérieux avec beaucoup de responsabilités », rapporte fièrement M. Bérubé.
Transport ferroviaire Tshiuetin fournit un service essentiel de transport de passagers vers les communautés des régions éloignées au nord de Sept-Îles.
Le transporteur est propriétaire de la voie ferrée au nord de Labrador City, un tronçon d’environ 218 kilomètres qui rejoint la station d’Emeril Junction, jusqu’à la ville de Schefferville.
« En 2004, quand QNS&L [Québec North Shore and Labrador] a décidé d’arrêter les opérations de la portion de rail au nord d’Emeril Junction, il n’y avait pas de compagnie qui voulait prendre le relais. Mais, on ne pouvait pas abandonner le monde en haut », dit-il. « Ce que j’ai entendu des aînés, c’est que les trois chefs à l’époque, les chefs des communautés de Matimekush-Lac John, de Uashat mak Mani-utenam et de Kawawachikamach, se sont réunis et ont eu l’idée de créer Tshiuetin. »
QNS&L, propriété d’Iron Ore Company of Canada (IOC), filiale de Rio Tinto, possède le chemin de fer de Sept-Îles à Emeril Junction. C’est en collaboration avec eux, que Transport ferroviaire Tshiuetin opère aussi un train de marchandises de 25 à 30 wagons. Il fait un aller-retour par semaine pour fournir le nécessaire aux trois communautés autochtones et aux autres habitants de la région nordique. Comme pour les passagers, cette capacité n’est pas non plus contrainte, ce train ayant déjà compté jusqu’à 72 wagons.
« Tout ce dont tu peux avoir besoin pour faire rouler une ville, ça passe par le train de marchandises. Le mazout, l’essence, les matériaux de construction, les médicaments et le matériel médical, la nourriture, les véhicules, les ski-doo. Tout. »
En plus des passagers et des marchandises, la compagnie opère aussi les activités de transport sur ses rails de la compagnie Tata Steel Minerals Canada et transporte un peu moins de 3 millions de tonnes de minerai de fer par année.
Tshiuetin investit également pour améliorer les services et l’entretien de la voie ferrée.
« On reconditionne actuellement les wagons. On a aussi bâti un camp de travailleurs moderne, avec 34 chambres à Emeril Junction. En ce moment, on regarde pour améliorer nos infrastructures à Schefferville. »
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