Chaque année, le secteur des pêches au Québec génère plus de 40 000 tonnes de carapaces de crustacés. L’Or Rouge de la Côte-Nord, nouvelle entreprise de Sept-Îles, propose de revaloriser ce sous-produit, afin d’en tirer une macromolécule dont le marché mondial est évalué à près de 4 milliards de dollars, en 2026.
La nouvelle entreprise de transformation bioalimentaire, dirigée par Marc Fafard, a contribué à l’élaboration d’un procédé breveté permettant d’extraire et de transformer plus efficacement la chitosane. On retrouve ce polymère naturel notamment dans les carapaces des crevettes, des crabes, et des homards.
M. Fafard et ses partenaires développent L’Or Rouge de la Côte-Nord depuis 2018. Initialement, ce sont des changements réglementaires concernant l’élimination des matières organiques résiduelles, et en particulier les carapaces de crustacés issues de la transformation, qui ont provoqué la réflexion à propos de la valorisation de ce sous-produit.
L’organisation a acquis une licence d’utilisation d’un plan d’affaires élaboré dans le cadre d’un concours au Cégep de Sept-Îles. Elle a ensuite déployé des efforts de recherches et de développement qui ont mené à un partenariat avec l’Université McGill et le groupe de recherche de Mme Audrey S. Moore, professeure au département de chimie et titulaire de la Chaire Canadian Pacific en biotechnologie.
« Notre procédé, contrairement à ce qui se fait ailleurs, surtout en Chine, est plus efficace et génère beaucoup moins d’impact pour l’environnement. Notre objectif principal, au départ, était de générer moins d’eaux usées et notre méthode brevetée n’en produit pratiquement pas », explique M. Fafard. « Avec notre façon de faire, les eaux usées répondent à des normes qui font en sorte qu’elles peuvent être rejetées normalement, comme n’importe quelle eau grise. »
L’organisation finalise présentement les dernières étapes du lancement de son projet de transformation de cette matière première bien de chez nous. Développée aussi en collaboration avec le Centre de Développement Bioalimentaire du Québec, la nouvelle technique d’extraction de la chitosane permettrait une efficacité inégalée à travers le monde.
« Je travaille avec mes collègues depuis près de dix ans à élaborer des procédés plus durables pour la transformation de la biomasse en général, et en particulier la biomasse issue des carapaces de crustacés », indique Audrey S. Moore. « Depuis 2022, avec Marc et ses partenaires, nous avons réussi à obtenir plusieurs financements pour améliorer le procédé et en faire la mise à l’échelle. »
La méthode brevetée d’extraction de la chitine et de transformation de la chitosane qui sera utilisée par l’Or Rouge de la Côte-Nord emploie jusqu’à huit fois moins d’eau, huit fois moins de réactifs et sept fois moins d’énergie.
Innover
L’entreprise développe parallèlement un projet de transformation de produits marins. Elle est présentement à la recherche d’un emplacement pour pouvoir opérer un équipement de traitement par haute pression. Il s’agit d’une méthode de transformation non thermique de conservation des aliments et des boissons, qui garantit la sécurité alimentaire et prolonge la durée de conservation. On préserve à la fois le goût, l’odeur, la texture, l’apparence et les propriétés nutritionnelles des produits frais.
Cette technique facilite le décorticage efficace des crevettes, des homards et des crabes, ce qui permettra de desservir les besoins de transformation de la région, surtout dans un contexte d’augmentation des efforts de pêche du homard.
Les carapaces seront ensuite nettoyées, traitées et séchées afin d’en extraire la chitosane, cette macromolécule qui a des applications tant alimentaires, pharmaceutiques qu’industrielles.
Des applications multiples
« La chitosane est utilisée, entre autres, pour ses propriétés antiseptiques dans l’industrie pharmaceutique. On s’en sert aussi de plus en plus pour développer des colles utilisées pour les tissus organiques », explique Marc Fafard. « Et dans le domaine industriel, on l’utilise pour remplacer le sulfate d’aluminium qui sert dans les usines de filtration d’eau. Dans le domaine alimentaire, la molécule est approuvée depuis environ 2 ans : elle sert en autres comme floculant, un peu comme de la fécule de maïs. »
Le marché mondial de la chitosane était évalué à 1,83 milliard de dollars américains en 2020, selon les évaluations de Global Market Insights. Les études les plus récentes anticipaient un taux de croissance de la taille du marché d’approximativement 15 % et les données de la firme Allied Market Research indiquent qu’il pourrait atteindre jusqu’à 12 milliards de dollars américains, d’ici 2033.
Cette initiative de valorisation de sous-produit, dont le développement a été financé grâce à des aides financières et des programmes fédéraux et provinciaux, permettra la création de six à huit emplois et s’inscrit dans les différentes planifications gouvernementales visant le développement d’une économie circulaire et durable.
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