La leçon du détroit d’Ormuz : l’illusion de l’indépendance énergétique

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Par Manuel Paradis 5:00 AM - 16 avril 2026
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Le barrage hydroélectrique de La Romaine. Courtoisie HQ.

Les États-Unis sont le plus grand producteur de pétrole au monde. Leurs automobilistes paient pourtant le litre d’essence beaucoup plus cher depuis la fermeture du détroit d’Ormuz. Être indépendant énergétiquement ne veut pas dire ce qu’on pense, même au Québec.

L’indépendance énergétique est au cœur des préoccupations du Québec, le gouvernement provincial menant actuellement un chantier énergétique dont les investissements sont estimés entre 155 et 185 G$ d’ici 2035.

Si la guerre en Iran et la fermeture du détroit d’Ormuz ont mis en évidence une réalité, c’est que le marché de l’énergie est global, complexe, composé de plusieurs chaînes de valeurs hautement dépendantes les unes des autres et hors du contrôle d’une seule nation ou d’un seul individu.

Économie 101

L’énergie est une commodité, un produit de base, au même titre que le minerai de fer ou le café. Les commodités sont des biens qui sont standardisés, dont les marchés sont hautement dynamiques et dont le prix est le résultat des interactions entre l’offre et la demande à l’échelle mondiale.

Dans le cas de l’énergie, on peut aussi dire que l’offre et la demande sont « inélastiques ».

Du côté des producteurs, il est généralement difficile d’augmenter drastiquement la production, ce qui fait que l’offre est relativement constante à court terme. On n’a qu’à penser aux temps nécessaires à la construction d’un barrage, d’une éolienne ou d’un pipeline.

Du côté des consommateurs, il est difficile de substituer l’énergie par autre chose, ce qui fait que la demande est relativement constante, toujours à court terme. Pensons cette fois-ci à l’utilisation d’énergies des consommateurs, tant au niveau individuel qu’au niveau des organisations : changer les sources d’énergie qu’on utilise pour se chauffer, se déplacer, ou pour produire des biens et services dans le cas des entreprises requiert temps et investissements.

Ces caractéristiques font en sorte que les marchés de l’énergie subiront des fluctuations de prix importantes lors d’un choc, tant du côté de l’offre que de la demande.

Lorsqu’on analyse attentivement les prises de position de Donald Trump et des porte-paroles de la Maison-Blanche, on constate un paradoxe. La crise pétrolière serait, selon eux, une bonne affaire pour les États-Unis, considérant l’indépendance énergétique du pays et son niveau de production. Parallèlement, les automobilistes américains vous diront probablement que le bénéfice de cette indépendance est loin de se traduire par un prix plus stable à la pompe.

Évidemment, on comprend que les producteurs américains souhaitent maximiser leurs revenus et vendre aux prix les plus élevés possibles, en fonction des conditions de marché. Et donc, pour accepter de vendre la ressource localement, ils doivent obtenir le prix du marché, qui est déterminé globalement. Ce qui fait que les citoyens américains peinent à voir pourquoi leur président semble se réjouir de la hausse du prix du pétrole…

L’illusion de l’indépendance

Et c’est là que l’illusion de l’indépendance énergétique émerge : les efforts de reconstruction du secteur de l’énergie aux États-Unis depuis les années 70 sont impressionnants en théorie, mais, en pratique, l’Américain moyen n’est pas indépendant énergétiquement : il doit payer le prix mondial, et il est donc dépendant de la conjoncture mondiale.

Nous pourrions éventuellement être aux prises avec la même situation au Québec, si nous ne persistons pas à réguler rigoureusement le marché de l’électricité au profit des Québécois.

L’abondance de l’hydroélectricité nous rend en principe indépendants énergétiquement. Toutefois, les dernières années nous ont appris qu’une compétition féroce existait pour notre énergie, et ce, même parmi les entreprises québécoises et étrangères qui opèrent directement au Québec.

Et c’est donc cette leçon qu’on peut tirer des déboires américains en Iran : l’indépendance énergétique au service des citoyens est fonction de la volonté politique de nos dirigeants, et non de la qualité et de l’abondance de nos infrastructures.

Espérons que les futurs gouvernements du Québec et du Canada sauront résister à l’appât du gain et préserveront l’indépendance énergétique des citoyens, quand des intérêts étrangers viendront nous solliciter pour notre électricité soi-disant bon marché.

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