Doit-on craindre les déchets radioactifs à Sept-Îles ?
Rodrigue Turgeon à Sept-Iles lors d’une conférence présentée le 23 octobre au Musée Shaputuan a Uashat par Québec Meilleure Mine et Mining Watch Canada. Photo Jacques Gélineau
Groupes-Citoyens de Sept-Îles et MiningWatch Canada organisent une soirée d’information sur les enjeux liés aux terres rares et à la radioactivité naturelle. Ces questions suscitent l’intérêt, alors qu’en lien avec son projet d’extraction et de séparation de terres rares, Métaux Torngat envisage d’entreposer à perpétuité des déchets contenant des radionucléides sur le territoire de Sept-Îles.
L’événement se tiendra le 23 avril à 18 h 30, au Musée Shaputuan d’Uashat.
« On s’est rendu compte qu’il y avait un fort intérêt dans la société civile et des peuples autochtones-Naskapi, Innu, Inuit— de se renseigner sur les conséquences de la radioactivité qui est inhérente au projet de Métaux Torngat et à plusieurs autres projets sur le Nitassinan », indique Rodrigue Turgeon, de MiningWatch Canada.
Deux conférences sont prévues à l’horaire. Marion Jeambrun, de la Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité (CRIIRAD, France), répondra à la question « Qu’est ce que la radioactivité naturelle et ses impacts », tandis que Denis Bouchard, de Groupes-citoyens de Sept-Îles, se penchera sur la question des impacts de la modélisation atmosphérique sur la santé humaine et sur l’environnement.
Ce dernier est détenteur d’un baccalauréat en géographie spécialisé en physique à l’Université de Montréal. Il est porte-parole du comité de défense de l’air et de l’eau de Sept-Îles.
Métaux Torngat a reconnu que le gisement que la compagnie souhaite exploiter dans la fosse du Labrador pour en extraire les terres rares contient des radionucléides, indique M. Turgeon. La situation a quelque chose d’ironique, tandis que Sept-Îles a été le bastion de la résistance à l’industrie de l’uranium, il y a bientôt 20 ans.
« Il y a 18 ans de ça à Sept-Îles, la société civile, l’Association des Premières Nations du Québec et du Labrador, les médecins s’étaient mobilisés pour fermer la porte à l’uranium avec, entre autres, un BAPE générique…18 ans plus tard, on arrive avec les mêmes menaces pour les gens de Sept-Îles et de Uashat mak Mani-utenam, de vivre avec la proximité des substances radioactives », avance M. Rodrigue.
Les conférences iront toutefois au-delà du projet de Métaux Torngat.
« On vise à parler plus largement de la radioactivité dans les résidus miniers d’une part et d’autre part, de la dispersion des poussières à partir des sites d’entreposage. Pour Torngat, on parle d’un entreposage sec, plus stable au niveau de la contention, mais quand on a une formule sèche de résidus, ça ouvre la porte à plus de poussière qui vont se disperser dans la baie, retomber sur les gens de Sept-Îles, Uashat et ailleurs”, indique Rodrigue Turgeon. “Ce sont des enjeux liés à Torngat, mais il ne faut pas écarter d’autres projets aux impacts semblables.»
Une experte de l’uranium
La docteur en géochimie Marion Jeambrun, diplômée de l’Université de Strasbourg, a complété une thèse au tournant des années 2010 sur le thème de « L’uranium et ses descendants dans la chaîne alimentaire ».
Chargée d’étude à la CRIIRAD (Commission de recherche et d’information indépendante sur la radioactivité), elle a pour mandat d’assurer le suivi radiologique de plusieurs installations de stockage de déchets dangereux (ISDD) en France. Elle a également étudié l’impact des rejets liquides de plusieurs centrales nucléaires.
« Alors que le Québec a fermé la porte au nucléaire, la France est à fond dans cette énergie-là. Et donc, la connaissance des impacts du nucléaire et de la radioactivité est à des lieux de ce qu’on connaît. C’est pour ça qu’on s’est tourné vers eux pour offrir cette conférence », conclut M. Turgeon.
Une période d’échanges et de discussions suivra les conférences auxquelles il sera également possible d’assister via une diffusion web en direct. L’entrée est gratuite.
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