Seul autour de l’Œil du Québec

Par Anne-Sophie Paquet-T. 6:00 AM - 14 avril 2026
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Stéphane Roberge a parcouru près de 180 kilomètres en ski hors-piste autour du réservoir Manicouagan, tirant son équipement dans un traîneau lors de cette expédition en solitaire réalisée du 6 au 20 mars. Photo Stéphane Roberge

Tirant son traîneau dans l’immensité blanche du réservoir Manicouagan, le Saguenéen Stéphane Roberge a bouclé en solitaire 180 kilomètres en ski hors-piste, un périple exigeant au cœur d’un territoire nord-côtier qu’il dit aimer profondément.

Du 6 au 20 mars, l’aventurier de 58 ans a contourné le réservoir Manicouagan au rythme des conditions météo, avançant entre 8 et 28 kilomètres par jour dans un décor qu’il connaissait déjà pour en avoir fait le tour en kayak durant l’été 2024.

Son expédition s’est toutefois déroulée dans des conditions loin d’être constantes. Dès le 7 mars, un épisode de verglas l’a forcé à rester toute la journée dans sa tente. Au fil du parcours, il a aussi dû composer avec trois épisodes de neige, de pluie ou de verglas, ainsi qu’avec de forts vents atteignant environ 70 km/h.

« J’aime les journées météo », résume-t-il. « C’est une belle paresse sans culpabilité », raconte le skieur avec un rire dans la voix. 

Équipé de skis hors-piste et d’un traîneau contenant tout son matériel, Stéphane Roberge évoluait en complète autonomie. Nourriture lyophilisée, réchaud, tente, sac de couchage, carburant et équipement de rechange faisaient partie de l’essentiel transporté pour cette traversée de longue haleine. « On simplifie tout au maximum, mais ça prend du temps », explique-t-il. 

Chaque journée ne se limitait pas aux heures de déplacement. Une fois le camp installé, il fallait encore faire fondre la neige, bouillir l’eau, préparer les repas et organiser le matériel pour la nuit. L’aventurier dit préférer des journées de ski d’environ six heures, afin de garder du temps pour toutes les tâches liées au camping d’hiver.

Il avait d’ailleurs prévu 20 jours d’autonomie, précisément pour se donner la liberté de ralentir ou de s’arrêter lorsque les conditions l’exigeaient. « Je voulais y aller à un rythme lent », exprime-t-il. « Sans devoir skier dans une absence totale de visibilité. »

Si l’isolement du territoire pouvait impressionner de l’extérieur, ce n’est pas ce qui l’a le plus éprouvé. Le principal défi a plutôt été la progression dans certains secteurs, notamment sur la rive ouest du réservoir, où la neige plus molle et collante compliquait le déplacement du traîneau.

« Dans la neige molle, c’est plus la galère », confie M. Roberge.

À cela s’est ajouté un bris d’équipement, lorsqu’un arceau de sa tente a cassé en pleine expédition. Le problème a pu être réparé, mais l’incident a rappelé à quel point ce type de défi demande une préparation minutieuse. « Le réservoir nécessite une grande préparation », souligne-t-il.

Cette fameuse préparation ne s’est pas faite en quelques semaines. Stéphane Roberge estime qu’il se préparait depuis 2022 à ce projet, à travers diverses expéditions hivernales au Saguenay. Le fait d’avoir déjà réalisé le tour du réservoir en kayak lui avait aussi permis d’apprivoiser le territoire.

« Ça m’avait permis de connaître un peu le lieu », dit-il.

Le choix du réservoir Manicouagan ne doit rien au hasard. Pour lui, ce vaste territoire représente un défi important, mais dont la logistique demeure accessible pour quelqu’un d’expérimenté. Sa proximité avec la Côte-Nord, la possibilité de s’y rendre sans transport complexe et l’ampleur du paysage comptaient parmi les éléments recherchés. « J’aime beaucoup les horizons, la perte de vue », dit-il.

Le Saguenéen parle aussi avec admiration de la région nord-côtière, qu’il fréquente régulièrement, notamment en raison de sa proximité avec les monts Groulx. « Les territoires sont incroyables », lance-t-il. « C’est vraiment fantastique la Côte-Nord. »

L’expédition s’est déroulée en complète autonomie, l’aventurier transportant tente, nourriture et équipement de survie dans un traîneau tiré derrière ses skis. Photo Stéphane Roberge

En solitaire

Son aventure, il a choisi de la vivre seul. Une décision réfléchie, autant pour des raisons de rythme que de sécurité. Selon lui, les risques d’une expédition ne sont pas les mêmes en solitaire qu’en groupe, et l’autonomie permet aussi de prendre plus rapidement certaines décisions en fonction de la météo ou de son état physique. « Seul, je pouvais décider instantanément », explique-t-il.

À ses yeux, la solitude ne représentait pas un poids. Il s’y était préparé, autant mentalement que matériellement, emportant avec lui de quoi écouter de la musique et des balados grâce à son autonomie énergétique. Il dit aussi apprécier cette relation au temps et au territoire que permet une expédition en solitaire.

« Je m’entends très bien avec moi-même », glisse-t-il en riant.

Ancien employé du gouvernement fédéral en politique environnementale, maintenant retraité depuis près de cinq ans, Stéphane Roberge consacre aujourd’hui une large place à la nature et aux expéditions. Il insiste toutefois sur le fait qu’au-delà de la performance, c’est d’abord le lien avec le territoire qui l’anime.

« J’aime avoir une relation privilégiée avec la nature », dit-il.

Parmi les souvenirs les plus marquants de cette traversée, il retient surtout la dernière journée, celle où la fin du périple se dessinait, avec tout ce que cela suppose de fatigue, de satisfaction et de retour vers la civilisation. « L’accès aux émotions était très fort », raconte-t-il.

Au terme de 180 kilomètres autour de l’Œil du Québec, le défi sportif laisse donc aussi la trace d’une expérience intérieure pour le quinquagénaire. 

Le périple qu’a mené Stéphane Roberge au cœur de l’immensité du réservoir Manicouagan, surnommé l’Œil du Québec Photo Stéphane Roberge

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