La Loi sur l’occupation et la vitalité des territoires… ça vous rappelle quelque chose ? Cette loi a été adoptée par le gouvernement libéral de Jean Charest en 2012. Pourquoi adopter une telle loi, sinon parce qu’on sentait un désengagement vis-à-vis les régions du Québec.
« Cette loi a pour objet de contribuer à l’occupation et à la vitalité des territoires en adaptant le cadre de gestion de l’Administration et en conviant les élus municipaux à agir en faveur de l’occupation et de la vitalité des territoires dans l’exercice de leurs fonctions. »
Un beau texte qui, sans obligation de résultat a changé quoi au juste dans nos vies depuis son adoption… des mots… que des mots pour calmer le jeu. Les ministères se contentaient de libeller leur plan d’action pour que le texte s’accroche à la Loi, sans grande conviction.
Puis est arrivé Martin Coiteux, ministre libéral des Affaires municipales de 2016 à 2018. Je me souviens très bien de nos échanges avec le ministre pour l’inviter à remettre la pyramide à l’endroit et faire en sorte que le plan d’action des ministères soit aligné sur les priorités pensées et adoptées par les élus régionaux. Ce qu’il accepta et demanda donc aux élus d’établir leurs priorités. Les voici :
- Reconnaître la Côte-Nord et ses spécificités comme une région atypique
- Désenclaver la Côte-Nord et ses communautés en agissant sur les fronts du transport et des télécommunications.
- Soutenir le développement et la diversification de l’économie de la Côte-Nord.
- Développer l’entrepreneuriat sous toutes ses formes et renforcer la capacité d’agir des entrepreneurs.
- Rendre la Côte-Nord attractive pour ses emplois, son mode de vie, sa culture et son environnement.
- Renforcer la capacité d’agir des Nord-Côtiers et Nord-Côtières ainsi que de leurs communautés.
- Favoriser l’accès à l’éducation, à la formation et au savoir.
- Agir en synergie
Le ministre Coiteux avait passé une commande très claire pour que les ministères adaptent leur plan d’action à ces priorités régionales. Une nouvelle dynamique venait de s’installer entre les élus et les ministères. Nous n’étions plus que de simples observateurs, mais en quelque sorte les commettants d’un plan stratégique collaboratif et interactif. Il se tenait au minimum une rencontre annuelle avec les ministères, laquelle était pilotée par la direction des Affaires municipales. Pour chacune des priorités régionales, ils devaient proposer des actions et en faire le suivi.
Sans être parfait, tout ça représentait un excellent point de départ et la Loi sur l’occupation et la vitalité des territoires prenait du sens.
Je peux vous assurer que dans ces rencontres avec les ministères, nous challengions les plans d’action et les mauvais élèves avaient des comptes à rendre, car avouons-le, ce ne sont pas tous les ministères qui ont affiché de l’enthousiasme face à cette nouvelle approche. Tout à coup, la reddition de compte s’inversait et vraisemblablement, ça irritait certaines directions. Le ministère des Affaires municipales devait faire des efforts colossaux pour garder le cap.
La question que je me pose aujourd’hui c’est : qu’est-il advenu de tout ça 10 ans plus tard ? Est-ce que nos priorités régionales ont changé ? Qu’en est-il du suivi de celles-ci ? Est-ce que la Loi sur l’occupation et la vitalité des territoires a repris des airs plus symboliques ?
Sur l’aspect du désenclavement, il s’était établi des liens plus étroits entre le ministère des Transports et les élus régionaux, des promesses d’échéancier pour le prolongement de la 138 jusqu’à Blanc-Sablon et un comité de liaison pour le pont sur le Saguenay. En 2026, personne ne semble avoir remis l’échéancier à l’ordre du jour et le gouvernement vient de nous informer qu’il oublie le pont pour les cinq prochaines années.
Sommes-nous retournés à la gestion à la pièce de nos priorités régionales, en fonction des humeurs du gouvernement ?
Nous approchons à grands pas d’une nouvelle élection provinciale qui pourrait même être déclenchée plus vite qu’on le pense. Il nous appartient de réfléchir au bilan, repositionner nos enjeux régionaux et amener les différents partis à se commettre.
On reproche souvent aux politiciens d’avoir une mémoire alignée sur les élections, mais qu’en est-il de notre propre devoir de mémoire ? Bien hâte de voir les plateformes électorales, les candidats les défendre et la place qu’auront réellement les régions qu’on aura pris grand soin de courtiser, encore une fois !
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