Action-Chômage Côte-Nord apporte ses cennes noires à Ottawa

Par Johannie Gaudreault 1:30 PM - 25 mars 2026
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La directrice d’Action-Chômage Côte-Nord, Line Sirois, a apporté des jarres de cennes noires à la Chambre des communes. Elles ont été remises à la députée Marilène Gill. Photo capture d’écran

Une coalition nationale interpelle Ottawa avec un geste symbolique : des jarres de cennes noires pour démontrer qu’il en coûterait peu pour mettre fin au trou noir de l’assurance-emploi, qui laisse chaque année des milliers de travailleurs saisonniers sans revenu.

Une vingtaine de représentants de l’Alliance interprovinciale de l’assurance-emploi ont convergé vers la capitale fédérale, mercredi, pour réclamer une réforme en profondeur du régime. Leur message : il y a urgence d’agir pour les régions, durement touchées par les lacunes du système actuel.

Munis de jarres remplies de cennes noires, les membres de la coalition ont voulu illustrer concrètement leur propos : combler le trou noir de l’assurance-emploi ne représenterait qu’un coût minime.

« En apportant nos cennes noires au ministre Champagne, on veut rappeler que le problème du trou noir, ce n’est pas un problème financier ni une fatalité, mais un manque de volonté politique », déclare Fernand Thibodeau, porte-parole de l’Alliance interprovinciale de l’assurance-emploi.

« Les 15 semaines supplémentaires dont bénéficieraient les travailleuses et les travailleurs de l’industrie saisonnière ne coûteraient qu’une cenne par 100 $ de revenu. Alors, voici les cennes : on attend maintenant l’action politique », ajoute-t-il.

Dans l’est du pays, de nombreux travailleurs saisonniers se retrouvent chaque année sans revenu pendant plusieurs semaines. En cause : des paramètres jugés mal adaptés aux réalités régionales.

Pêche, transformation du poisson, foresterie, tourisme ou encore lutte contre les incendies : ces secteurs essentiels reposent largement sur une main-d’œuvre saisonnière. Pourtant, entre deux saisons de travail, un vide financier persiste.

La coalition réclame ainsi une réforme globale du régime afin d’en élargir l’accès et de mieux tenir compte des cycles de travail. À court terme, elle demande la prolongation du projet-pilote qui accorde actuellement cinq semaines supplémentaires de prestations, mais surtout sa bonification à 15 semaines et sa pérennisation.

Des témoignages du terrain

Sur le terrain, les conséquences du trou noir sont bien réelles, insistent les membres de l’Alliance, qui ont fait entendre plusieurs témoignages à Ottawa.

« Le système d’assurance-emploi actuel nous abandonne complètement. On exige des heures impossibles à atteindre et on réduit nos prestations avec des calculs injustes. Les travailleuses et travailleurs de la mer méritent mieux », témoigne Mandy Symonds, de la Nova Scotian Seasonal Workers Association.

« On fournit le bois, le poisson et une destination touristique au Québec. On aime notre travail. Tout ce qu’on demande, c’est de pouvoir passer l’hiver dignement », souligne Audrey Boulianne, travailleuse de l’industrie saisonnière à Tadoussac.

Selon Johan Joensen, représentant de Fish, Food and Allied Workers Union (FFAW-Unifor) à Terre-Neuve-et-Labrador, les travailleurs saisonniers méritent un régime d’assurance-emploi qui tienne compte de leur véritable saison de travail et de la stabilité de l’emploi dans leur région, et non des taux en constante évolution.

« Il est essentiel de moderniser l’assurance-emploi et d’y ajouter des mesures de soutien en cas de crise pour protéger les communautés rurales et côtières », rappelle-t-il.

Une réforme jugée incontournable

Au-delà des travailleurs saisonniers, les organisations syndicales dénoncent un régime qui exclut encore trop de personnes, malgré certaines mesures temporaires mises en place récemment.

« De moins en moins de travailleuses et travailleurs sont couverts par l’assurance-emploi, alors même que le chômage augmente. Le gouvernement doit régler ce problème », affirme David Bergeron-Cyr, vice-président de la CSN.

« La CSN salue la décision du gouvernement de prolonger les mesures temporaires pour faire face à la crise tarifaire, dont l’octroi de 20 semaines supplémentaires pour les travailleuses et travailleurs de longue durée, mais dénoncent que trop peu y aient accès. Par exemple, les jeunes, souvent les premiers mis à pied, n’ont pas droit à cette mesure », se désole-t-il.

Quant à Olivier Carrière, secrétaire général de la FTQ, il croit que le régime actuel continue d’exclure ceux qui en ont le plus besoin. « Il est temps d’avoir le courage politique de faire une réforme en profondeur », lance-t-il.

Pour l’Alliance, l’enjeu dépasse largement la question de l’assurance-emploi. Sans correctifs, préviennent ses membres, les communautés rurales et côtières risquent de continuer à se fragiliser.

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