La riche histoire de la pointe de Moisie

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Par Nadia Dorval 5:00 AM - 20 mars 2026
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Vue aérienne du village de Moisie vers 1940. On distingue très bien l'église St-Vital, ainsi que les brise-lames construits de part et d'autre du quai, afin de protéger la rive des glaces de la débâcle du printemps. Photo BAnQ Sept-Îles Fonds Société historique du Golfe no. 114

Le bout de sable d’environ 3,2 km situé du côté ouest de l’embouchure de la rivière Moisie est rempli de traces du passage la vie humaine sur ses dunes. Au fil des ans, ce lieu en est devenu un de rassemblement et de métissage harmonieux entre différentes cultures.

L’origine de la pointe de Moisie date de très loin.

« Pour le sable (…) c’est une immersion de la mer. En fait, quand il y a eu une déglaciation, il y a 14 000 ans, ce qu’on appelle la mer de Goldthwait », explique l’enseignant en technologie minérale au cégep de Sept-Îles et géologue, Bob Ward-Leblanc.

Cette ancienne mer a submergé une grande partie de l’est du Québec. Ce phénomène a laissé beaucoup de sable. L’érosion des montagnes par la rivière Moisie explique également la formation de cet énorme amas de sable que constitue la pointe de Moisie.

Aujourd’hui, sur ce site, on retrouve quelques signes d’une ancienne occupation humaine. Des carcasses de voitures des années 50 abandonnées de façon éparse ou des déchets laissés dans le bois à la façon d’un dépotoir clandestin. Mais bien avant l’apparition des voitures, la pointe était un lieu de rassemblement pour les Innus.

« Quand ils arrivaient des territoires de chasse le long de la Moisie jusqu’au Labrador, bien la pointe de Moisie, c’était un endroit de rassemblement (…) de la fin mai jusqu’à la mi-juin. C’était la remontée du saumon, c’était le temps du capelan, les outardes, les canards, il y avait vraiment un pic de ressources bien intéressant pour les convaincre de s’installer là », explique Steve Dubreuil, anthropologue, chercheur et conservateur au Musée régional de la Côte-Nord.

L’embouchure de la rivière Moisie devenait alors un lieu de rassemblement nommé Mishta-shipit. C’est vers la fin des années 1850 que les premiers allochtones s’y installent. Comme la Compagnie de la Baie d’Hudson avait l’exclusivité de l’occupation de la Côte-Nord, il n’y avait pratiquement pas de villages côtiers. 

« Au fil du temps, avec le développement économique, surtout le développement forestier, ce droit-là va être aboli. Donc, la Compagnie de la Baie d’Hudson peut continuer de commercer, mais elle ne peut plus interdire quiconque de s’établir », dit M. Dubreuil.

C’est à partir de ce moment là que plusieurs familles du Bas-Saint-Laurent et de la Gaspésie vont venir s’établir le long de la côte de la région. Beaucoup de familles acadiennes s’installent à la pointe, pour la pêche.

Du sable ferreux

Les fameuses forges de Moisie, elles vont faire leur apparition en 1867. Avant le début de ce projet, ça fait déjà une dizaine d’années que des gens sont établis du côté ouest de l’embouchure de la rivière. Le géologue Bob Ward-Leblanc explique que le sable noir qu’on retrouve sur les plages est en fait du minerai de fer.

L’érosion des roches par la rivière Moisie et le bassin versant de celle-ci transporte le minerai jusqu’à l’embouchure de la rivière.

« Il y a aussi toute l’érosion du Grenville et la roche qui est vraiment autour de Sept-Îles, qui a érodé et qui a emmené ça là. Dans cette roche-là, il y avait beaucoup de fer. On parle du bassin versant qui va de Fermont et de toute la rivière Moisie », explique M. Ward-Leblanc.

L’histoire des forges de Moisie est un clin d’œil pour la pointe, selon Steve Dubreuil.

« Ce n’est même pas dix ans. Il y a une tentative en 1867. Il y a un incendie qui détruit les installations. Ça va être redémarré vers 1868-1869. Puis, six ans plus tard, tout est fermé », raconte M. Dubreuil.

Tranquillement au fil des ans, le village de la pointe de Moisie mêlera les autochtones et les allochtones. Selon Steve Dubreuil, c’était « devenu un village multiculturel qui était décrit comme exemplaire ».

« C’était l’harmonie qui régnait. Il y avait beaucoup de mariages entre les deux groupes. Plusieurs Blancs parlaient innu. Les uns travaillaient pour les autres. Ce qui va mettre un frein à ça, c’est quand Maliotenam va être fondé », explique Steve Dubreuil.

Au printemps 1966, le village est complètement inondé suite au dégel de la rivière et les hautes marées. Finalement le village sera évacué par le Gouvernement dans les années 70.

Une carcasse de voiture enfouie à la pointe de Moisie. Photo Johanne Roussy

L’histoire des carcasses de voitures

Pourquoi retrouve-t-on autant de carcasses de voitures datant des années 50 sur le site de la pointe de Moisie ? Certains croient que ce seraient pour créer une barrière contre les hautes marées.

Steve Dubreuil avance que pour tenter de freiner les effets de l’inondation, les militaires de la base de Moisie ont créé artificiellement une dune du côté de la mer. «Si tu vas te promener à la pointe, tu ne peux pas la manquer. On passe au travers pour déboucher vers la mer», dit M.Dubreuil.

«Je sais qu’il y a certaines voitures qui ont été intégrées dans cette dune-là», ajoute-t-il.

Mais selon lui, les morceaux de carcasses de voitures rouillées n’ont pas que servi à créer une dune artificielle.

«C’est un peu comme toujours. À l’époque, les gens ne se cassaient pas le bicycle à aller porter leur voiture où il fallait. C’était abandonné dans le bois», dit-il.

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