La pénurie de médecins frappe toujours la Côte-Nord, mais certains secteurs reprennent du souffle. Entre recrutement, départs à la retraite et besoins grandissants, le CISSS de la Côte-Nord tente de stabiliser ses effectifs pour maintenir l’accès aux soins.
Les données présentées lors de la séance du conseil d’administration d’établissement le 11 mars par la directrice des ressources humaines, Mylène Bouchard, et le directeur des services professionnels, le Dr Jean-François Labelle, montrent une organisation qui réussit à maintenir des services malgré une pénurie persistante et des réalités démographiques défavorables.
Le CISSS compte actuellement un peu plus de 3 800 employés, incluant des étudiants. L’âge moyen se situe autour de 42 ans, avec une moyenne de neuf années de service.
Parmi ces employés, 297 sont déjà admissibles à la retraite, tandis que 10 % de l’effectif pourrait prendre sa retraite dans les cinq prochaines années.
Du côté des congés parentaux, l’organisation estime que 18 % des employées pourraient partir en congé de maternité au cours de la même période, ce qui représente également un facteur de vulnérabilité dans certains secteurs.
Du côté médical, la situation varie grandement selon les territoires. Actuellement, 80 % des postes en médecine de famille sont pourvus sur la Côte-Nord.
Cependant, cette moyenne masque d’importantes disparités. « La statistique est trompeuse. On a des milieux bien nantis, comme Les Escoumins et Baie-Comeau, qui sont à près de 100 % de leur effectif. Mais ailleurs, certains territoires sont à 50 % ou 60 % », a expliqué le Dr Jean-François Labelle.
Plusieurs petites communautés, comme Fermont, Blanc-Sablon, Forestville et Port-Cartier, vivent ainsi des pénuries plus marquées.
La relève en médecine familiale s’annonce aussi plus incertaine. Le Dr Labelle souligne que les récentes négociations entre le gouvernement et la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec ont eu un impact sur l’intérêt des étudiants pour cette spécialité.
« Il y a 146 postes en médecine de famille en résidence qui ne sont pas comblés au Québec. Dans tout le reste du Canada, il en reste seulement 105, a-t-il divulgué. La relève n’arrivera pas cette année. C’est l’enjeu le plus grand devant nous. »
Malgré tout, certains secteurs connaissent des améliorations. La médecine interne, par exemple, a connu une croissance importante. Il y a quelques années, seulement quatre postes étaient pourvus dans chaque grand centre régional.
Aujourd’hui, plusieurs recrutements permettront bientôt d’atteindre 12 spécialistes permanents sur la Côte-Nord d’ici 2027. « C’est vraiment énorme. On n’avait jamais eu autant de spécialités sur la Côte-Nord », a souligné le Dr Labelle.
Pour certaines spécialités rares, la solution passe plutôt par des ententes avec des centres hospitaliers ailleurs au Québec.
Des collaborations ont notamment été conclues pour des services en hémato-oncologie, neurologie et chirurgie plastique, entre autres avec le Saguenay-Lac-Saint-Jean et Québec. Ces ententes permettent d’offrir des services spécialisés tout en évitant certains déplacements pour les patients.

Des listes d’attente en diminution
Malgré les défis de recrutement, certaines performances du réseau nord-côtier se démarquent. Le nombre de demandes en attente au Centre de répartition des demandes de services (CRDS) est passé d’environ 23 000 à 11 660 en un an.
« On a coupé près de la moitié de la liste d’attente sur la Côte-Nord. C’est une performance phénoménale », a affirmé le Dr Labelle.
Au total, environ 90 % de la population nord-côtière a accès à un médecin de famille ou à une équipe de première ligne, un taux jugé élevé compte tenu de la pénurie.
Selon le Dr Labelle, les équipes médicales réussissent à maintenir ce niveau d’accès malgré les contraintes. « Nos équipes médicales font un travail phénoménal pour garantir l’accès un peu partout sur le territoire, malgré le petit nombre de médecins. »
Moins de personnel d’agence
L’un des changements majeurs des dernières années concerne la diminution de la main-d’œuvre indépendante. « Au plus haut, on avait 465 ressources en main-d’œuvre indépendante. On est maintenant autour de 214, donc une diminution de plus de 50 % », a indiqué Mylène Bouchard.
Cette réduction s’inscrit dans l’objectif gouvernemental d’éliminer le recours aux agences d’ici octobre 2026.
Parallèlement, le CISSS peut compter sur 195 ressources provenant de l’équipe volante publique, en plus d’une vingtaine de travailleurs temporaires provenant d’autres établissements.
Des efforts pour recruter et retenir le personnel
Depuis le 1er avril 2025, près de 600 embauches ont été réalisées au CISSS de la Côte-Nord.
L’organisation mise aussi sur différentes mesures pour attirer et retenir les employés. Parmi celles-ci, des primes de recrutement pour les infirmières, pouvant atteindre 20 000 à 30 000 $ pour un engagement de trois ans.
Le taux de rétention global se situe actuellement à 87,9 %. “ On voit que les initiatives mises en place portent quand même fruit. On a moins de départs qu’auparavant, mais il faut poursuivre les efforts ”, a mentionné Mme Bouchard.
Au-delà des enjeux liés au réseau de la santé, certains facteurs régionaux compliquent aussi l’attraction de nouveaux travailleurs. Le taux d’inoccupation des logements a chuté de façon importante sur la Côte-Nord au cours des dernières années. Par exemple, il est passé de 3,7 % à 1,1 % à Baie-Comeau.
Les places en garderie constituent également un défi. Environ 500 enfants seraient toujours en attente d’une place dans la région.
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