La complexité du transport aérien sur la Côte-Nord

Par Nadia Dorval 4:00 PM - 16 février 2026
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Aéroport de Sept-Îles. Photo Le Nord-Côtier, archives

Le transport aérien en Côte-Nord comporte son lot de difficultés. Le peu de dessertes par les compagnies aériennes et les offres de vols limitées sont des irritants majeurs pour les voyageurs nord-côtiers.

Sur la Côte-Nord on retrouve 11 dessertes aériennes. Le pôle majeur de la région est l’aéroport de Sept-Îles (YZV).

« La difficulté au niveau du transport aérien, c’est il n’y a pas un gros choix de transporteurs. Quand les transporteurs ne veulent pas te donner des dessertes, bien, ça reste toujours compliqué et complexe », dit Guillaume Tremblay, préfet de la MRC de Manicouagan.

Ce constat fait en sorte qu’il n’y a pas de réelle compétition qui permettrait de stimuler une envie de développer une offre de services plus étoffée aux voyageurs, estime M. Tremblay.

« Le fait qu’il n’y ait pas beaucoup de joueurs (…) les autres [qui sont présents] décident d’y aller avec la rentabilité, dans leur choix de desserte. Tu n’as pas grand pouvoir pour influencer tout ça », dit-il. 

L’arrivée de nouveaux transporteurs, comme Central Mountain Air (CMA) au début janvier, pourrait aider à améliorer l’offre dans la région.

« C’est le genre de nouvelles, qui pourraient, à terme, peut-être en générant plus de compétition, forcer des prix qui sont un peu plus intéressants », dit Paul Lavoie, directeur général de Développement économique Sept-Îles.

Selon lui, pour que les gens utilisent davantage les services aériens, il faut que le transport soit fiable et que les gens aient accès à de meilleurs prix. Mais pour offrir de meilleurs prix, il faut que les gens prennent l’habitude d’utiliser régulièrement le service.

« C’est souvent là, en fait, la problématique qu’on a. Parce que ça reste des entreprises qui sont relativement petites et pas nécessairement capables de maintenir des tarifs bas sans avoir d’achalandage », explique M. Lavoie.

« La question, ensuite, est toujours dans le phénomène de l’œuf ou la poule », ajoute-t-il.

Guillaume Tremblay abonde dans le même sens.

« C’est un peu un cercle vicieux. C’est-à-dire que moins il y a de monde, moins il y a de transporteurs, moins il y a de services et d’offres de vol », explique le préfet de la MRC de Manicouagan.

Dans ce contexte, dans la MRC de la Manicouagan et de la Haute-Côte-Nord, les gens ont tendance à se tourner rapidement vers l’option de la voiture, croit M. Tremblay.

« Prendre la voiture au lieu de l’avion, pour Baie-Comeau qui est plus proche des grands centres, les plans B et C sont souvent envisagés », dit-il. 

Or, pour certains Nord-Côtiers, prendre la voiture pour se rendre dans les grands centres n’est pas envisageable.

« Quand on compare la Basse-Côte-Nord avec le reste de la Côte-Nord, où il n’y a pas de lien routier, le transport aérien, c’est comme le transport en commun dans une ville. Là, on n’a pas le choix. Ça devient un service essentiel », souligne Guillaume Tremblay.

Impacts économiques sur la région

Les impacts sur le développement économique de la région se font ressentir à différents niveaux.

Pour l’entrepreneure Mirka Boudreau, à la tête d’Int-elle Corporation, il est clair que l’offre actuelle de transport aérien à un impact sur le développement des entreprises nord-côtières.

« Pendant qu’on est coincé à se faire remettre dix fois sur un vol, on n’est pas en train de parler avec un client, de développer », explique Mme Boudreau.

Pour Paul Lavoie, il y a aussi un impact sur le recrutement.

« Il y a une question d’attractivité, par exemple, au niveau de la main-d’œuvre », soulève-t-il.

Il donne l’exemple des hôpitaux qui peuvent parfois recruter des gens de la région métropolitaine. Il est possible que la personne souhaite venir s’établir sur la Côte-Nord.

« Mais elle se rend compte que sa prime d’éloignement qu’elle va avoir va se faire complètement manger, si elle veut retourner voir sa famille quatre ou cinq fois dans l’année en utilisant le transport aérien », illustre M. Lavoie.

Int-elle Corporation a un réseau de partenaires de plus de 100 employés. Mirka Boudreau est d’avis que l’offre de service dans le transport aérien sur la Côte-Nord n’aide pas à augmenter l’attractivité de la région.

« Il y a comme deux volets. Il y a le côté entreprise et le côté perso. Très souvent, je me dis, mais comment monsieur et madame Tout-le-Monde fait pour aller voir la famille à Montréal ? Comment ils font [les travailleurs nouvellement établis] pour garder ce lien-là avec leur famille ? Partir un week-end, c’est quasi impossible », dit la présidente et directrice générale d’Int-Elle Corp.

Selon elle, le manque d’offre de vols, de dessertes et les prix des billets font en sorte des familles sont démotivées à venir habiter la région, qui est une des seules du Québec à voir sa population diminuer au lieu de croître. 

« Puis ça favorise aussi le fly-in fly-out. C’est inévitable », dit Mme Boudreau.

Parmi les autres impacts sur le développement économique, il y a l’augmentation des coûts pour les dirigeants d’entreprises devant se rendre à l’extérieur de la région pour le travail.

« Le fait, de ne pas être capable de faire un aller-retour à Québec ou Montréal dans la même journée, ça aussi, ça a un impact, parce que pour une réunion, on va souvent avoir des entrepreneurs, ou des représentants d’entreprises qui vont être obligés de partir deux jours », dit Paul Lavoie.

Partir deux jours signifie plus de coûts en termes de repas, d’hébergement et de temps.

« C’est tellement arrivé dans les dernières années que les vols étaient reportés, voire annulés. Parfois, on va même s’obliger à partir une journée plus tôt pour être sûr de se rendre à notre événement », fait valoir Mirka Boudreau. « Avant, on pouvait partir le matin et revenir le soir. Ça nous permettait de faire beaucoup de rencontres, dans les bureaux corpos, par exemple à Montréal », poursuit-elle.

L’entrepreneure septilienne utilise d’ailleurs davantage sa voiture pour ses déplacements et s’est même installé un pied à terre à Québec, pour éviter les désagréments de voyager en avion.

Les impacts peuvent aussi se ressentir dans les services essentiels.

« Comme les médecins qui se déplacent pour offrir des services à la population, c’est sûr que c’est un frein d’avoir moins de possibilités et moins d’options de vol », dit Guillaume Tremblay.

« Au niveau des vols pour les évacuations médicales, il faut être capable de donner le service d’un aéroport qui est en fonction. Ce n’est pas quelque chose qu’on peut éliminer ou qu’on peut fermer. D’où l’importance d’essayer de trouver des moyens de rentabilité [pour ces infrastructures là] », explique Guillaume Tremblay.

Des passagers en provenance de Montréal et Québec se sont retrouvés coincés dans le portique de l’aéroport de Sept-Îles le soir du 30 décembre. Leur vol qui devait se rendre à Blanc-Sablon a été annulé dû à une tempête de neige. Les passagers ont été invités à attendre leur transport vers leur hébergement dans le portique de la base aérienne qui devait fermer ses portes pour la nuit. Selon Transport Canada, l’horaire d’exploitation de l’aéroport de Sept-Îles est de 6 h à 21 h 30. «Le 30 décembre, en raison des conditions météorologiques et de l’arrivée tardive d’un vol, l’aéroport est demeuré ouvert exceptionnellement jusqu’à 23 h 45 afin de permettre aux passagers de récupérer leurs bagages et d’accéder à un transport terrestre avant la fermeture des installations», explique Flavio Nienow, conseiller en communications pour Transport Canada. Photo Stephanie Joncas

La patience mise à l’épreuve

Les gens qui se déplacent pour des raisons personnelles sont aussi impactés par l’offre de transport aérien dans la région.

« Les délais, les retards et les prix peuvent avoir un impact de toutes sortes de façons », dit Paul Lavoie. « Dans le coin de Sept-Îles, je pense que le service, dans les dernières années, se maintient. Mais est-ce qu’il pourrait être mieux ? Certainement, ça, c’est clair », ajoute-t-il.

Pour Sept-Îles, comme l’aéroport est un pôle majeur, il y a un peu plus d’offres de vols, mais pour des dessertes plus petites comme Pointe-Lebel et la Basse-Côte-Nord, le manque de possibilités apporte son lot de problèmes.

Pour la Nord-Côtière d’origine Stephanie Joncas, aller rendre visite à son père malade à Blanc-Sablon durant le temps des fêtes a été un véritable casse-tête. Changements d’heures de vol à la dernière minute, nombreux textos et courriels.

« J’ai reçu, pendant la nuit, trois changements pour mon vol », raconte Mme Joncas.

Son retour vers Montréal suite aux festivités du Nouvel An a mis sa patience à l’épreuve : plusieurs changements de vols, même pendant que les passagers étaient à bord de l’avion, de longues heures d’attente dans les aéroports, des communications déficientes de la part du transporteur aérien.

« On est arrivé à Montréal, il était 22 heures. Ça fait 8 heures de vol dans l’avion », se désole Stephanie Joncas.

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