Chronique de Réjean Porlier ǀ Adhérer aux valeurs d’un parti
Roberto Stea, candidat dans Duplessis, et Éric Duhaime chef du Parti conservateur du Québec, en 2022. Photo archives Le Nord-Côtier.
L’annonce de la nomination de Roberto Stéa pour représenter le PCQ dans Duplessis n’a surpris personne. Il reprendra là où il avait laissé en 2022, satisfait d’une demi-gloire, celle d’être sorti de l’anonymat. Là où je me questionne, et ce dont on parle très peu lors de ces campagnes où les plateformes électorales sont trop souvent esquivées, c’est la réelle adhésion des candidat.es à celle-ci. S’agit-il parfois de trouver un véhicule sans trop tenir compte de ce qu’il y a dans le coffre arrière, ou y a-t-il cette ferme volonté de porter le programme du parti ?
Éric Duhaime est un libertarien qui ne s’en est jamais caché ; il prône les libertés individuelles avant le bien collectif, la diminution de l’état, la privatisation de nos institutions publiques, l’exploitation des hydrocarbures et n’a jamais caché son mépris pour le mouvement syndical. D’ailleurs, entre 2014 et 2021, il a été administrateur de l’institut pour la démocratie syndicale au travail (IDT) et auteur de l’essai « Libérez-nous des syndicats ».
En passant, je n’ai aucun problème à ce que des gens pensent que le Québec s’en sortirait mieux si nous adhérions à cette idéologie, mais ce ne sera pas une surprise si je vous dis que mes valeurs se retrouvent plus à gauche sur l’échiquier politique.
Les critiques sur l’état et le modèle québécois doivent être entendues et non balayées du revers de la main. Le débat est sain et permet de mettre les arguments sur la table et repartir plus fort dans une direction ou une autre.
Là où j’en ai, c’est plutôt sur le fait que les politiciens, lorsque vient le temps de faire le plein de votes, ont tendance à s’éloigner un peu, passablement, de leurs valeurs et leur plateforme. Comment, par exemple, peut-on réclamer la diminution de l’état et du même souffle exprimer à quel point la culture c’est important ?
Une culture qui ne pourrait pas survivre sans l’aide de l’état, au même titre que tous les programmes sociaux et l’accès universel aux soins de santé.
Moi, ce que j’aimerai entendre dans cette campagne électorale, c’est à quel point les candidats adhèrent à la plateforme de leur parti. Les valeurs de Roberto Stéa sont-elles alignées sur celles d’Éric Duhaime et du parti ? Croit-il par exemple que l’avenir du Québec passe par l’exploitation des hydrocarbures ? La diminution de la taille de l’état, passe-t-elle par l’octroi de généreux contrats à l’entreprise privée… en maintenant, ou non, les services ? M. Stéa a-t-il la même hantise que M. Duhaime vis-à-vis les syndicats ?
Est-ce que Roberto adhère aux valeurs libertariennes, lesquelles sont souvent mises face à leurs contradictions ?
Souvenons-nous de ses réclamations vis-à-vis la MRC. Il demandait que cette dernière assume l’entièreté de certaines dépenses en infrastructures. Il réclamait aussi un siège d’administrateur pour le Lac Daigle au sein de la MRC.
Le fonctionnement est simple. Les quotes-parts sont versées uniquement par les citoyens de Sept-Îles et Port-Cartier et conséquemment, les administrateurs doivent être issus de ces deux communautés. Dans les villes, une partie des dépenses liées aux infrastructures est absorbée par les programmes, mais la balance se retrouve sur les épaules des contribuables à travers leurs taxes.
Roberto réclamait ni plus ni moins que le beurre et l’argent du beurre, d’où peut-être cette accointance avec le libertarisme. On veut l’état plus petit, mais on réclame toujours plus de celui-ci, d’où le paradoxe. À défaut de l’exprimer clairement, on se questionnera toujours sur les motivations de M. Stéa.
Bien sûr, ça vaut pour tous les autres candidats. Sont-ils tous bien alignés sur la plateforme de leur parti et prêts à la défendre ? Bien hâte de voir ça.
Il y a présentement un fort mécontentement sur ce qu’est devenu l’appareil de l’état et je suis le premier à l’exprimer. Des dépenses hors contrôle, une bureaucratie démesurée, des services aux allures de gruyère, des soins de santé à deux vitesses, etc. Il y a toutes les raisons de perdre confiance dans un système de plus en plus poreux et bureaucratisé, mais attention de ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain et de ne pas céder au discours populiste.
Il y a toutes les raisons de perdre confiance dans un système de plus en plus poreux et bureaucratisé, mais attention de ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain et de ne pas céder au discours populiste.
Ce discours populiste percole particulièrement lorsque l’exaspération est devenue la norme. Généralement, il s’accompagne d’une critique acerbe, qui nous fait sentir enfin compris, et donne l’impression qu’on porte pour nous toute cette frustration. Rarement par contre, la solution de rechange est exposée clairement.
On se propose de faire le ménage et après, tout ira pour le mieux. C’est exactement ce que Trump a fait en promettant des jours meilleurs une fois l’appareil dégraissé. Il faudra voir si tout cet argent coupé dans de nombreux programmes aura permis d’améliorer le sort des citoyens américains, ou aura plutôt été redirigé dans les poches de quelques-uns et dans l’énorme appareil militaire.
De plus en plus, on parle d’autoritarisme. Je ne présumerai pas de l’appréciation de nos voisins au risque de déplaire aux partisans de Donald Trump, mais je nous invite tous à mesurer celle-ci lors des élections de mi-mandat.
Il y aura un verdict dont nous devrons prendre acte et cesser de présumer de part et d’autre ce que pensent les Américains de tous ces chamboulements internes et internationaux qui auront changé le visage du monde.
À découvrir
Des contenus marketing présentés par et pour nos annonceurs.