Abolition du PEQ: des manifestants lancent un cri du cœur au ministre Roberge
Des personnes prennent part à la manifestation contre l'abolition du Programme de l'expérience québécoise (PEQ) à Montréal, le samedi 7 février 2026. LA PRESSE CANADIENNE/Graham Hughes
Inquiètes quant à leur avenir au Québec, des centaines de personnes se sont rassemblées samedi après-midi à Montréal afin de demander au gouvernement Legault de revenir sur sa décision d’abolir le Programme de l’expérience québécoise (PEQ).
Réunis devant les bureaux du ministère de l’Immigration, les participants avaient un seul message: accorder une clause de droits acquis aux personnes qui répondaient aux critères du PEQ et qui ont déjà construit leur vie au Québec.
Damien et sa conjointe faisaient partie de la foule présente sur le boulevard Saint-Laurent. D’origine corse, le Français a été recruté il y a deux ans par une commission scolaire de la métropole afin de venir enseigner.
Le couple a choisi de déménager avec leur fils étudiant, ayant la certitude qu’au bout de deux ans de travail et d’intégration, ils seront acceptés au Québec.
Mais la fin du PEQ «a complètement rebattu les cartes», a admis Damien.
«J’ai 40 ans, ma femme est éducatrice, on a un fils étudiant, malheureusement, aujourd’hui, je n’ai pas suffisamment de points pour prétendre au Programme de sélection des travailleurs qualifiés (PSTQ)», a-t-il témoigné.
Il est loin d’être le seul inquiet de ce nouveau système. C’est aussi le cas d’Aram Musco, arrivé de France en 2022.
Parlant français, avec un travail à temps partiel dans le milieu administratif, son baccalauréat en poche et la poursuite de ses études à la maîtrise au Conservatoire de musique de Montréal, il pensait avoir toutes les cartes en main.
Il a d’ailleurs lancé sa démarche pour le PSTQ, mais il n’a pas encore le nombre de points nécessaires, d’autant qu’il en perd, puisqu’il vit à Montréal, a-t-il raconté.
«Je suis ici comme de nombreux jeunes à commencer à bâtir ma vie, à commencer à avoir de l’expérience de travail, à commencer à planifier», a-t-il souligné.
«Avec ce nouveau programme, je ne suis même pas certain, comme d’autres étudiants, de pouvoir être sélectionné, de pouvoir un jour déposer ma demande pour un Certificat de sélection du Québec (CSQ)», a-t-il ajouté.
Il reproche principalement au gouvernement de ne pas avoir respecté sa parole après être allé chercher des personnes à l’étranger.
«Nous, on a respectés notre part du contrat en venant ici, en s’intégrant, certains apprenant la langue et là, on a l’impression d’être mis à l’écart», a-t-il mentionné.
«C’est important de venir se battre pour ça, de ne pas lâcher», a soutenu de son côté Gregory, un Français installé depuis 2022 au Québec avec sa femme et ses enfants.
«On a le droit à ce respect-là, on a le droit à cette opportunité-là qu’on nous a offerte il y a deux, trois ans selon les gens, et qu’on nous enlève comme ça du jour au lendemain», a martelé celui qui travaille au ministère de la Justice.
Présent sur place pour soutenir les manifestants, le député libéral André Albert Morin a dénoncé «une injustice».
«Ça a un impact dévastateur sur notre économie, pas uniquement Montréal, mais dans toutes les régions et on ne peut pas faire ça à des gens qui, dans bien des cas, le gouvernement du Québec est allé chercher à l’étranger», a-t-il indiqué aux côtés de sa collègue Michelle Setlakwe.
Même son de cloche du côté de Québec solidaire, alors que le député Guillaume Cliche-Rivard estime que le gouvernement «continue de s’enfoncer».
«Il n’y a personne qui est dupe. Des centaines de milliers de Québécois appuient le retour du PEQ, nous, on va se battre jusqu’au bout», a-t-il précisé.
La présidente de la Confédération des syndicats nationaux (CSN), Caroline Senneville, juge que l’abolition du PEQ représente «une grave injustice».
«On ne change pas les règles en plein milieu du jeu. On peut décider de nouvelles règles pour l’avenir, mais on ne peut pas revenir sur une parole donnée», a-t-elle fait valoir, soutenant que cela crée énormément d’anxiété chez les gens.
D’autres rassemblements similaires se sont aussi tenus à Québec, Trois-Rivières, Sherbrooke, Chicoutimi à Saguenay, Gatineau et Rimouski.
Les municipalités s’en mêlent
Dans une lettre ouverte publiée samedi matin, le président de l’Union des municipalités du Québec (UMQ) a dénoncé l’abolition du PEQ.
Guillaume Tremblay a lancé un appel aux gouvernements fédéral et provincial, réclamant une clause de droits acquis afin de protéger les personnes qui sont déjà sur le territoire.
«Il y a des citoyens et des citoyennes qu’on est allés chercher à l’extérieur pour qu’ils viennent justement répondre à des manques d’emploi qu’on avait ici dans notre secteur, a-t-il expliqué au bout du fil. Puis, en plein milieu, on a changé les règles du jeu. Pour nous, c’est comme un non-sens.»
M. Tremblay, qui est également maire de Mascouche, a évoqué le cas d’un de ses citoyens, qui est gardien de prison dans le secteur de Montréal et qui avait été cherché il y a quelques années afin de répondre à un problème de pénurie.
«Malheureusement on lui dit: ‘il faut que vous retourniez dans votre pays avec vos enfants’. C’est comme un non-sens», a-t-il dénoncé.
Il juge également que le nouveau PSTQ ne répond pas à la réalité sur le terrain.
Selon le président de l’UMQ, il s’agit aussi d’une question de «vitalité de nos régions».
«Si, demain matin, on enlève tous ces emplois-là, on met en danger les régions du Québec», a-t-il insisté.
La veille, c’était le président de la Fédération québécoise des municipalités, Jacques Demers, qui a lancé un cri du cœur au gouvernement Legault et à la «nouvelle génération de dirigeants politiques».
Il leur a souligné que les régions du Québec ont besoin d’immigrants, sans quoi elles sont condamnées au «déclin démographique» et à «l’appauvrissement».
Plus tôt cette semaine, le ministre de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration, Jean-François Roberge, s’est engagé jeudi à ce que les quelque 6300 travailleurs de la santé, qui pourraient être touchés par l’abolition du PEQ, soient sélectionnés en vertu du nouveau PSTQ.
– Avec des informations de Caroline Plante et Lia Lévesque
À découvrir
Des contenus marketing présentés par et pour nos annonceurs.