Dossier ǀ Le chemin de croix des Nord-Côtiers : le prolongement d’une promesse non tenue
Gilles Monger, résident de Tête-à-la-Baleine. Photo Sébastien St-Jean
Chère Côte-Nord, pour t’atteindre, on doit compter des épinettes à l’infini le long d’une route sinueuse. On espère que rien ne la fera fermer et que tout le monde restera chacun de son côté. On peut aussi attendre son vol, le voir reporter, annuler…Affronter les vagues houleuses, les souhaitant assez clémentes pour pouvoir accoster à destination. Il nous arrive de patienter pour un navire à la queue leu leu, en priant qu’il y en ait deux. Du plus loin que l’on se souvienne, l’enjeu de l’accès à la région a toujours été au cœur des préoccupations de ceux qui y vivent. Même le défunt Dr Camille Marcoux, qui a lui-même eu un traversier à son nom, rêvait d’un prolongement de la route jusqu’en Basse-Côte-Nord…Il y a de cela plus de 50 ans. Mais pourquoi, plus d’un demi-siècle plus tard, les choses stagnent encore, tandis que la région est pourtant bourrée de ressources enrichissantes pour le reste du Québec et même, du Canada ? Dossier par Renaud Cyr, Karianne Nepton-Philippe, Vincent Rioux-Berrouard, Charlotte Paquet, Olivier Ménard-Logier et Marie-Eve DuSablon.
Le prolongement d’une longue promesse non tenue
Au Québec, on distingue deux Côte-Nord : celle desservie par la route et celle accessible uniquement par bateau ou par avion, la Basse-Côte-Nord. Méconnue en raison de son isolement, cette région demeure pourtant bien vivante. Elle est habitée par des familles issues de la pêche et se distingue par une beauté immense, encore largement préservée.
Toutefois, le moratoire sur la morue imposé dans les années 1990, combiné à l’absence de route, a graduellement fragilisé la région. Les villages se dépeuplent, faute d’emplois, de services essentiels et en raison de la rudesse de la vie dans un territoire aussi isolé.
À Tête-à-la-Baleine, bastion francophone de la Basse-Côte-Nord, la population atteignait près de 800 habitants dans les années 1980. Aujourd’hui, elle ne compte plus qu’une centaine de résidents. L’ensemble de la région, qui s’étend de la rivière Natashquan jusqu’à la frontière du Labrador, regroupe désormais environ 5 000 personnes.
Depuis la fin des années 1970, les promesses du gouvernement du Québec de relier Kegaska et Vieux-Fort, un tronçon de près de 400 km, au reste de la Côte-Nord se font attendre, explique Gilles Monger, résident de Tête-à-la-Baleine.
« Les promesses ont commencé en 1978. Et ça, on peut le retrouver encore dans le rapport Payne*. Chaque fois, il y a eu quelque chose ; des revendications ou des demandes. Ça a toujours été les mêmes promesses qui n’ont jamais été tenues ! », précise-t-il.
Le gouvernement de la CAQ se défend, en faisant valoir que les travaux s’effectuent dans un secteur aux conditions géographiques, physiques et environnementales particulièrement complexes.

Deux tronçons sont d’ailleurs actuellement en travaux : de Kegaska au village de La Romaine, ainsi que de Tête-à-la-Baleine à La Tabatière, confirme Marie-Ève Hébert, conseillère en communication au ministère des Transports et de la Mobilité durable.
« Les travaux de la phase 1, situés entre La Romaine et la rivière Washicoutai, ont été réalisés par la communauté d’Unamen Shipu. Ils se sont terminés en novembre 2024. Un pont enjambant la rivière Washicoutai a également été construit et terminé à la fin de 2025. La construction de la route du lot 2A pour relier Tête-à-la-Baleine à La Tabatière, incluant la structure au-dessus de la rivière Gros-Mécatina, a débuté au printemps 2024 et est prévue se terminer à l’automne 2026. »
Aux yeux de Gilles Monger, des décennies de fonds publics ont été gaspillées.
« C’est quoi la conséquence de tout ça ? La plus grande, l’argent gaspillé pour rien. Construire la route autrefois aurait coûté la moitié. On a décidé de multiplier les écoles, les CLSC, ça a un prix. Et surtout, le manque de route fait mourir les villages, parce qu’il n’y a pas de développement possible, parce que c’est trop limité », déplore-t-il.
Aucune date n’est encore avancée par l’actuel gouvernement du Québec pour compléter la route 138. Le calendrier des travaux demeure donc incertain.
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