Relais Gabriel : une vie dédiée aux voyageurs de la 389
Le Relais Gabriel est situé au km 316 de la route 389. Photo courtoisie
Après 38 ans passés à accueillir, dépanner et rassurer les voyageurs de la route 389, Claire Savard vit un moment charnière. Un incendie survenu le 22 janvier, qui a mis hors d’usage le système électrogène du Relais Gabriel, a forcé la fermeture de l’établissement. Épuisée, la propriétaire souhaite maintenant passer le flambeau.
Le 22 janvier dernier, tout s’est arrêté au Relais Gabriel. Un incendie a détruit les génératrices alimentant le site, plongeant l’établissement dans le noir, sans eau ni électricité. « Mes génératrices ont passé au feu », raconte Claire Savard. Malgré la location et l’achat d’équipements de remplacement, rien n’a tenu face au froid extrême. « Je me suis ramassée que j’avais plus d’eau, plus d’électricité non plus », résume-t-elle en entrevue avec Le Manic.
Depuis, le relais est fermé et la propriétaire n’entrevoit pas de réouverture à court terme. « Là il va falloir que je trouve une autre génératrice », explique-t-elle, consciente des coûts importants que cela représente. « C’est beaucoup de sous. »
Une vie consacrée au relais
Derrière cette fermeture temporaire se cache surtout une femme marquée par près de quatre décennies de dévouement. Claire Savard travaille au Relais Gabriel depuis l’ouverture de la route 389.
« Ça fait quand même 38 ans que je suis là. Je suis là depuis que la route est ouverte », souligne-t-elle. L’endroit, construit par son père, est devenu sa responsabilité au fil des ans. « C’est notre père qui avait construit ça. Ensuite, c’est moi et Josée qui sommes devenues propriétaires. J’étais sa marraine. »
Depuis une dizaine d’années, elle gère seule l’établissement. Chaque dollar gagné était réinvesti pour maintenir les infrastructures essentielles : réservoirs, génératrices, chauffage. « La minute que j’avais cinq cennes, c’était comme toujours pour investir dehors ».
Être là, jour et nuit
Le Relais Gabriel, ce n’était pas qu’un commerce. C’était une présence humaine au cœur d’un territoire isolé. « Je me levais la nuit si quelqu’un avait besoin d’essence ou d’une chambre. C’est 24 heures sur 24 », raconte Mme Savard. Camionneurs, familles, voyageurs en difficulté ou accidentés y trouvaient souvent refuge.
« J’ai ramassé beaucoup de gens qui ont eu des accidents, j’en ai soigné aussi », se remémore celle qui a vécu des situations parfois dramatiques. Elle se souvient de voyageurs en état de choc, de gens en pleurs, qu’elle tentait de calmer et d’orienter. « Je m’assure qu’il n’y a pas de blessés graves. Je m’assure qu’il n’y a pas de morts. »
Avec les années, la fatigue s’est installée. Le manque de main-d’œuvre, les hivers rigoureux et l’agressivité croissante de certains clients ont laissé des traces. « Depuis la COVID, les gens sont plus agressifs. C’est incroyable », constate la femme d’affaires.
L’accident de travail d’une employée de longue date l’a aussi forcée à tenir le fort presque seule. « J’ai eu très peu d’aide, madame », confie-t-elle tristement.
L’incendie aura été le point de rupture. « C’était comme le bout de ma corde, là, parce que j’étais déjà épuisée », admet-elle.
Passer le flambeau
Aujourd’hui, Claire Savard souhaite vendre. « J’ai des acheteurs intéressés actuellement », indique-t-elle, précisant que les négociations sont en cours. Elle espère que la relève pourra compter sur un meilleur soutien.
« Il faut absolument que le gouvernement vienne en aide aux prochains propriétaires pour la période d’hiver. C’est non rentable », affirme Mme Savard qui n’a jamais rien demandé en aide gouvernementale.
Avant de tourner la page, elle tient à remercier ceux qui ont été là lors de l’incendie. « Ils ont vraiment risqué leur vie », dit-elle en parlant de Guy Tremblay et Vanessa venus contenir le feu à -30 et -40 degrés, loin de tout service d’urgence.
Elle souhaite aussi adresser un mot à sa clientèle. « J’ai vraiment quitté comme… tristement », dit-elle, émue par les nombreux messages reçus.
Pour celle qui a veillé sur ce relais pendant 38 ans, c’est toute une page de vie qui s’apprête à se tourner.

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