Vents et marées : des résidents craignent d’être mis à la porte
Madeleine Bélanger, occupante d’un logement à Vents et marées. Les autres résidents la qualifient de « très sociale et d’accueillante », elle parle à tout le monde et adore aider les autres occupants de l’immeuble. Photo Nadia Dorval
« On est trop vieux. C’est mon sentiment. Il y a trop de vieux », dit Desanges Lapierre, résidente de Vents et marées depuis 2022.
Si rien ne change, ce dimanche 1er février, les locataires de la résidence Vents et marées n’auront plus de dîner et de souper préparés. Ils devront utiliser le service de popote roulante du Centre d’action bénévole Le Virage, ou s’organiser par eux-mêmes.
Vendredi, CODELO n’avait toujours pas donné suite à la vingtaine de mises en demeure envoyées qui réclament le maintien du service de cafétéria.
Depuis l’annonce de l’arrêt imminent du service de la cafétéria à la résidence Vents et marées de Sept-Îles, nombreux sont les occupants qui vivent dans l’angoisse pour la suite des choses. Certains se sentent même poussés vers la porte.
Le Journal a rencontré plusieurs locataires à la résidence, deux semaines après l’annonce de l’arrêt du service de repas inclus dans leur bail. Tous ont le même discours.
« On est laissé dans le néant. C’est ça aussi qui est difficile. Personne n’est au courant. On ne sait pas ce qui se passe », explique une résidente, qui préfère garder l’anonymat.
Pour plusieurs, l’incertitude face aux changements à venir pour se nourrir les plonge dans un état d’anxiété.
« Ça nous a vraiment déstabilisé tout le monde. Tu sais, le soir, on y pense et ça rejoue en boucle dans notre tête », explique Lisette Caron, résidente depuis quelques mois. « Ils nous ont dit qu’on avait deux décisions : soit qu’ils fermaient la bâtisse au complet, ou ils laissaient les logements ouverts, mais fermaient la cuisine », poursuit-elle.
Madeleine Bélanger a 87 ans, elle habite son logement à la résidence depuis près de 5 ans. Elle se désole aussi de la situation.
« Je trouve que c’est malheureux qu’on perde la cuisine. Parce que nous autres, on est venus ici par rapport qu’on avait tout pour nous », dit-elle.
Aller ailleurs ?
Si l’administration de la résidence ne revient pas sur sa décision, certains occupants se demandent ce qu’ils feront.
« Moi, je n’en ai pas. Je n’en ai pas d’options », dit Johnson Méthot, résident de Vents et Marées.
À 93 ans, il est locataire depuis environ 4 ans. Il utilise une marchette pour se déplacer, comme plusieurs autres résidents. Il a besoin d’assistance pour tout.

Desanges Lapierre est né à Sept-Îles, elle a 92 ans. Elle habite Vents et marées depuis 2022. Suite a un accident, elle ne pouvait plus se préparer des repas elle-même.
« Il n’y a pas de personnes autonomes ici. Parce que quand on rentre ici, on n’est pas autonome. Moi, si j’étais autonome, je serais encore chez nous », dit Mme Lapierre.
Ouverte en 2005, la résidence Vents et marées est un projet issu de programme AccèsLogis Québec. Sa mission s’inscrit dans le volet 2 du programme. La définition officielle de ce volet sur le site web de la Société d’habitation du Québec (SHQ) est la suivante : il vise les projets de logements permanents avec services (exemples : repas, maintien à domicile, entretien ménager) pour des personnes âgées en légère perte d’autonomie.
La SHQ a confirmé au Journal que le statut de la résidence n’a pas changé.
Des familles inquiètes
Mme Desanges Lapierre craint toutefois la fermeture de la résidence.
« D’ici le mois de novembre, ça ne me surprendrait pas qu’ils nous mettent à la porte et qu’ils essaient de fermer le bloc », dit-elle.
Sa fille, Louise Chénard, explique que lorsque sa mère ne craignait pas de perdre le service de repas, elle était très bien à Vents et marées. Une des seules options pour la famille, si la cuisine ferme, est de déménager leur mère à Trois-Rivières.
« Je serais peut-être obligée de la déraciner à 92 ans. Parce qu’on n’a pas d’autre option, ici », dit Louise Chénard.
Louise Chénard et sa sœur, Camille Chénard, n’habitent pas à Sept-Îles. Elles ont fait la route pour venir soutenir leur mère suite à l’annonce du 8 janvier dernier. Camille Chénard a d’ailleurs dénoncé la situation à la résidence Vents et marées, lors de la séance du conseil municipal de Sept-Îles du 26 janvier.
La direction du secrétariat et des communications de la Société d’habitation du Québec nous a indiqué que la SHQ accompagne l’organisme CODELO dans la recherche de solutions.
« Pour rétablir l’équilibre financier, dans le respect des règles de saine gestion », indique la SHQ par courriel. « Notre priorité demeure que les locataires aient accès à un logement abordable, et à des services alimentaires, de qualité, adaptés à leurs besoins, et que la résidence continue d’offrir un milieu de vie sécuritaire et agréable. »
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