Réjean Porlier ǀ Vents et marées : et l’empathie dans tout ça ?

Par Réjean Porlier 10:04 AM - 30 janvier 2026 ex-maire de Sept-Îles
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La résidence Vents et marées héberge une quarantaine de résidents. Photo Emy-Jane Déry

On dit souvent qu’on juge une société à la façon dont elle traite ses aînés. Je me souviens avoir fait cette remarque en pleine pandémie, alors qu’on réalisait tous à quel point nous en étions rendus à fermer les yeux sur de nombreuses histoires de mauvais traitements et particulièrement dans les CHSLD. Chaque fois, je me dis qu’on doit apprendre de nos erreurs et réaliser que ces gens qui ont tracé la voie et nous ont mis au monde, méritent le respect et la dignité. On ne devrait jamais perdre de vue que ces gens, demain ce sera nous. Comment aimerions-nous être considérés, lorsque des décisions se prennent et impactent notre quotidien ?

Cette fois, la petite histoire s’est arrêtée à la résidence Vents et Marées où la quarantaine de résidents ont appris bien cavalièrement l’arrêt du service de cafétéria, un service supposé déficitaire depuis un moment. Première question qui se pose : si le problème est connu depuis un moment, comment se fait-il qu’il n’y ait jamais eu de rencontre d’organisée avec les résidents et leur famille pour en discuter et trouver des solutions ?

J’inclus la famille dans l’équation parce qu’il n’est pas rare que dans la vie de tous les jours, des aînés plus vulnérables soient accompagnés par leurs proches pour prendre soin des petits tracas. En passant, on n’appelle pas ça de l’empathie, mais un simple retour de l’ascenseur et l’expression d’une humanité qu’on tient souvent pour acquis. Accompagner ses parents, c’est simplement faire preuve de reconnaissance. Le fait est que quelqu’un quelque part, a décidé sans consulter les principaux intéressés, ce qui m’apparaît être un flagrant manque de considération et je vais peser mes mots… un manque de jugement !

Je ne doute pas que la tension soit palpable présentement, mais attention de ne pas mélanger les responsabilités. Il y a les gens qui voient aux opérations et qui sont quotidiennement en contact avec les résidents, ils relèvent de la direction générale et sont des exécutants. Ces gens sont bien impuissants et doivent eux aussi composer avec les décisions prises par les administrateurs, ceux qui forment le conseil d’administration. Je trouve important d’apporter cette précision, car les tensions se vivent dans les installations, alors que les administrateurs, eux, ont souvent très peu de contact avec les résidents et c’est peut-être en partie ce qui explique cette déconnexion de la réalité.

La réalité, c’est que les appartements ne sont pas équipés et ne peuvent pas être équipés des électroménagers usuels qui permettraient aux résidents d’être autonomes. L’autre réalité, celle qui aurait dû être prise en considération, c’est que pour de nombreux résidents, la prise des repas représente une partie importante de leur qualité de vie et pour certains, un des rares moments qu’ils ont encore pour socialiser. Plusieurs attendent impatiemment ces moments où ils partagent non seulement le repas, mais leurs petites anecdotes.

Ne pas être sensible à ça, c’est ne pas connaître les aînés. Je le sais pour être allé à leur rencontre et les avoir écoutés à de nombreuses reprises. Pour certains, c’est une des rares occasions de sortir de leur isolement. Plus que jamais, bien manger devient un bonheur de la vie.

Revenons donc au conseil d’administration. La première chose qui saute aux yeux : il ne serait que quatre administrateurs, ce qui envoie un signal de désengagement. Généralement, un CA doit être composé d’environ 7 à 9 personnes et idéalement d’un représentant des usagers pour ne pas avoir que le son de cloche de la direction. Ce n’est pas une question de confiance, mais d’équilibre. À quatre personnes seulement, il n’y a rien de surprenant à ce que s’opère une déconnexion avec la réalité du terrain. Aujourd’hui, on apprend que le président du CA, M. Guy Berthe souhaite demeurer en poste, malgré qu’il ne sera plus sur place, à Sept-Îles. Cela ne fera qu’ajouter à la déconnexion.

On peut se poser la question : quels sont les intérêts qui sont servis ici ? Un président qui ne sera pas très présent, un CA démobilisé et une gestion de crise bien maladroite. Et pourtant, le premier intérêt qui devrait animer les administrateurs est celui des personnes desservies, nos aînés.

On peut facilement transposer la situation à tout autre CA ou même au conseil municipal. Imaginez un maire sur le « fly-in fly-out » et trois conseillers plutôt que neuf. Ça ne fait juste pas sérieux. Le président d’un CA, c’est comme un maire, c’est un chef d’orchestre dédié, mais qui doit être appuyé par toute une équipe. Pour ma part, la démission de M. Berthe du conseil municipal, juste après son élection me laisse perplexe. Peut-être trop de chapeaux ! C’est lorsque les problèmes surviennent qu’on est à même de mesurer la valeur d’un leader, pas dans les périodes d’accalmie.

Une chose est sûre, la menace brandie pour infléchir les résidents, soit la fermeture de l’établissement s’ils n’acceptaient pas les changements proposés, démontre bien peu d’empathie vis-à-vis une clientèle plus vulnérable.

Heureusement, les résidents ne sont pas seuls et quelques membres de leur famille ont accepté de prendre le relais, ce qui m’apparaissait la chose à faire. J’ai vu aller Ghislaine Langelier dans le dossier du nouveau chalet au club de ski de Gallix. Elle n’est pas du genre à lâcher le morceau et a mené ce projet complexe à sa réalisation, contre vents et marées, mais surtout sans la recherche de la moindre gloire. Elle doit par contre pouvoir compter sur l’appui d’un maximum de membres des familles, car c’est le moment de leur démontrer que vous êtes là pour eux, comme ils l’ont été pour vous.

Codelo doit dès maintenant amorcer une réflexion sur sa gouvernance et reprendre contact avec sa clientèle plus vulnérable. Si M. Berthe semble toujours disponible pour les médias, il devrait l’être tout autant pour ses commettants, sinon, qu’il s’empresse de laisser sa place.

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Pierre
Pierre
11 jours il y a

Transparence et consultation n’est pas dans son dictionnaire. Bravo M. Porlier de cette mise a jour.

Bernard Beaudin
Bernard Beaudin
11 jours il y a

Bonjour, et surtout merci à Réjean Porlier pour son intervention avisée et éclairée.
M. Porlier a déjà été en position pour connaître les rouages de l’organisation en cause CODELO.
Maintenant, les membres du conseil municipal passé et actuels, quelles ont été leurs implications dans la gestion et l’administration de ces organismes, CODELO et L’office municipal d’habitation?
Ces deux organisations relèvent de la ville en bout de ligne et donc le conseil municipal municipale est l’instance qui doit s’assurer que tous les utilisateurs soient traités avec respect et dignité, ce qui n’est absolument pas le cas dans ce dossier.