Mobilité électrique sur la Côte-Nord : l’essayer, c’est l’adopter… ou pas.
Steeve Berthiaume est de ceux qui ont adopté la mobilité électrique. Son plus grand plaisir? Ne plus devoir s'arrêter à la station service! Photo courtoisie
Avez-vous fait la transition vers la mobilité électrique ? Y songez-vous ? Parce que tôt ou tard, vous devrez vous poser la question, Les Éditions Nordiques ont mené leur petite enquête auprès de propriétaires nord-côtiers de véhicules électriques (VÉ), satisfaits ou moins satisfaits. Un constat ? Il y a autant d’avis sur les VÉ qu’il y a de propriétaires de VÉ… Et un manque flagrant de formation.
Plusieurs Nords-Côtiers ont répondu à notre appel à témoignage sur les réseaux sociaux. Si les uns ne regrettent en rien leur choix de passer à l’électrique, d’autres ont vécu des expériences quasi catastrophiques.
Steeve Berthiaume : Bye bye, la station d’essence !
Aux Jardins de Carmanor, « dans le fin fond de Ragueneau » pour reprendre l’expression du propriétaire Steeve Berthiaume, on a fait en 2022 le choix de l’électrique, tant pour la famille que pour l’entreprise.
« On a loué notre premier véhicule électrique pour la ferme en février 2022 pour une location de 4 ans. On le retourne le mois prochain. Il a bien répondu à nos besoins, mais on manquait d’espace pour les livraisons… “
M. Berthiaume aurait aimé faire l’acquisition d’un” pick up “électrique, mais” le timing n’était pas bon ».
« Il n’y a pas beaucoup de choix, on va attendre un petit peu… » Et les coûts sont prohibitifs. »
Une visite sur le site du constructeur nous apprend que le Ford F-150 Lightning se détaille entre 63 000 $ pour le modèle de base et 103 000 $ pour le modèle Platinum.
L’entrepreneur s’est résigné, pour le moment, à faire l’acquisition d’une camionnette à essence, réservée à l’usage de la ferme qui produit principalement des œufs. Les pommes et la rhubarbe s’ajoutent en saison.
Le second véhicule de la famille est également électrique.
« On se déplace quand même beaucoup ! Je descends à Québec une fois par mois, pour des C.A de l’UPA. Sinon, 80 % de nos déplacements sont locaux, de Ragueneau à Baie-Comeau. On fait à peu près 35 000 km avec chacun des véhicules par année. »
Les véhicules sont majoritairement chargés à la maison sur une borne domestique de niveau 1.
« Les gens sont étonnés, mais on est jamais mal pris. Même “plogués” sur le 120, ce n’est pas un enjeu. On fait Ragueneau-Baie-Comeau de 5 à 6 fois par semaine. Le vendredi, ça se peut qu’on se branche une petite demi-heure sur une borne rapide en ville… »
Les véhicules sont rechargés 80 à 90 % du temps à la maison, estime-t-il. « Je fais environ 35 000 km par année et ça me coûte environ 800 $ d’électricité par année, comparativement à 5000 $ pour un véhicule à essence pour la même distance… »

Repenser ses déplacements au long cours
La famille de M. Berthiaume est à Saint-Hyacinthe. Ces longs voyages exigent un peu plus de souplesse.
« La seule habitude que j’ai changée, c’est pendant mes longs trajets quand je vais a Québec ou voir ma famille à Saint-Hyacinthe. On voyage différemment, on a nos points d’arrêt pour des bornes rapides à 50 ou 100 kW. »
Il est rarement coincé dans une file d’attente. « Dans les applications sur nos cellulaires, on peut voir si une borne est occupée, par quel véhicule, à combien de pourcentage de charge… On ne sait pas si d’autres chars attendent, mais il y a un indicateur d’achalandage. Selon les heures de la journée, on peut savoir si c’est très achalandé ou peu achalandée. »
Le véhicule d’entreprise a pavé la voie à l’acquisition du véhicule familial. « On voulait l’essayer voir si on allait l’adopter. Ç’a été super, ces quatre ans-là, et ça nous a convaincus d’en acheter un pour la famille. On est jamais mal pris. On s’habitue au silence du véhicule. Franchement, le fait de plus aller à la station-service, j’adore ça ! », lance-t-il en riant.
Marie-Pier Devost : L’auto ? Oui ! Le circuit ? Non !
En août 2024, la Baie-Comoise Marie-Pier Devost a fait l’acquisition de son premier véhicule électrique. « Elle était neuve, elle avait 500 km au compteur, je suis la première proprio, même le premier essai routier ! Et j’aime vraiment beaucoup ma voiture. Elle roule bien, elle est performante ! »
Le ton laisse sous-entendre un important « mais »… et Mme Devost ne mâche pas ses mots.
« Mon problème, c’est pas ma voiture, c’est le réseau électrique au Québec, lance-t-elle sans ambages.
Selon elle, la province n’était pas prête à accueillir la vague électrique. « On n’était pas rendu là. Il y a un manque de communication. Il n’y a pas assez de bornes ou elles ne sont pas assez efficaces. Si on avait ajouté, déjà, juste des bornes autour des stations-service, l’expérience serait vraiment meilleure ! »

L’hiver est particulièrement pénible, résume celle qui ne compte plus les fois où elle s’est butée à des bornes enneigées.
« J’ai payé mon char 75 000 $, mais il faut que je roule dans la neige et que je déblaye pour aller charger mon auto…
En un peu plus d’un an, elle a roulé près de 45 000 km.
« Je roule beaucoup ! J’ai fait Baie Comeau-Boston pour le travail. Et je peux vous dire qu’aux États-Unis, c’est pas “yable” mieux », lance-t-elle.
Une anecdote lui apparaît particulièrement parlante. « Mon système de navigation est supposé me dire où arrêter pour charger efficacement. En général, il y a plusieurs options, mais un moment donné, mon système m’a envoyée dans les montagnes des Appalaches dans un vieux casino désaffecté fermé avec une borne penchée à 90 % avec le tuyau coupé… Il me restait 50 km pour me trouver un endroit où me charger, dans le fond du bois ! »
Bonjour l’angoisse !
« Finalement, la seule place que j’ai trouvée n’était même pas dans la navigation », relate-t-elle, soulagée d’avoir découvert, par la force des choses, que tous les concessionnaires américains ont une charge payante disponible…
« Le système de ma voiture va bien et si je charge à la maison, tout est sous contrôle, mais la seconde qu’on sort voyager quelque part, ça se complique. Elle se remémore d’ailleurs un voyage à Baie-Comeau–Chicoutimi de plus de 7 heures… Soit près du double du temps prévu.
« Quand j’ai acheté mon véhicule, on me disait « ça va être facile, t’auras pas de problèmes, en hiver tu droppes de 20 % seulement », mais c’est pas du tout la réalité… L’information n’est pas adéquate. Je pense qu’il y a un gros manque de communication autour du circuit électrique… Est-ce que les équipes des concessionnaires sont formées adéquatement ? »
Elle a envisagé sérieusement de vendre son véhicule, mais la dépréciation de sa valeur lui a fait changer ses plans.
« Je l’ai payé 74 000 $ en août 2024 et les concessionnaires me donnaient 44 000 $ un an après. Il a déprécié de 30 000 $ en un an… J’ai décidé de la garder. »
Elle songe aujourd’hui à déménager à Montréal…
« La voiture, je l’aime ! Je ne poserais pas de questions si le réseau était adapté a nos besoins, s’il y avait des services minimum autour des bornes, qu’ils déneigeaient à tout le moins… S.V.P., laissez-moi pas toute seule en plein hiver sur le bord de la croix à Tadoussac aux grands vents, la toilette fermée ! »
14 h pour faire Cowansville–Sept-Îles
Valérie, son conjoint et leurs 5 enfants font trois à quatre fois par an la route entre Cowansville, dans les Cantons-de-l’Est, et Sept-Îles. En mode « caravane », le clan voyage à bord de deux voitures électriques, un parcours qui peut prendre des airs de chemins de croix, surtout quand le mercure chute. Mais pas question de revenir à l’essence !
Un coup d’oeil à Google map indique que la distance, de 892 km entre Cowansville et Sept-Iles peut être parcouru en 11 heures, mais la famille a mis un peu plus de 14 heures à relier les deux pôles pour ses vacances annuelles des Fêtes sur la Côte-Nord.
« On l’a fait par grand froid ! On est parti à 5 h 15 et on est arrivés vers 19 h 30 », illustre Valérie qui préfère ne pas donner son nom de famille pour des raisons personnelles.
Même si le trajet est un peu plus long en hiver, il est « relativement simple » de se rendre du point A au point B, relate-t-elle.
« Il y a des bornes un peu partout. Normalement, on arrête à Sainte-Anne-de-Beaupré, Tadoussac et Baie-Comeau. Le défi, je dirais que c’est juste que c’est plus long ! L’hiver à -30, les bornes rechargent moins vite et les voitures perdent la batterie plus rapidement aussi. Il faut arrêter au moins une fois de plus. »
Il y aura bien sûr des pauses repas, café (et chocolat chaud !), des haltes pipi, quelques courses…
« Quand on fait la route, on part avec l’idée que ça va nous prendre du temps et on prévoit nos arrêts en fonction de la recharge. On connaît la route, on sait où et vers quelle heure on va arrêter pour déjeuner par exemple. Ça permet de se dégourdir ! On va s’asseoir au resto, ce qu’on ne fait jamais vraiment avec les 5 enfants…On provoque des moments agréables en famille pour rendre la route moins pénible ! Il faut voir le positif ! », rigole-t-elle.
Sept-Iles n’est pas particulièrement « garnie » en bornes rapides. « Il n’y a qu’un seul endroit avec des bornes rapides à l’entrée de la ville. »
Le réseau de recharge est de mieux en mieux garni, ce qui est particulièrement vrai près des grands centres urbains.
« Ça arrive souvent qu’on arrive à une place et qu’une des bornes ne fonctionnent pas, mais les autres fonctionnent. De ne pas avoir de place, ça nous est arrivé peut être une fois ou deux depuis 2 ans. Je dirais vraiment que le défi, c’est vraiment l’hiver par grand froid quand on fait beaucoup de route ! »

L’avantage économique est indéniable pour celle qui défrayait jusqu’à 1000 $ d’essence par mois avant de passer à l’électrique. « Je travaillais à 100 km de chez moi et ça n’avait aucun sens dans ma tête de payer autant pour l’essence, mais je suis aussi quelqu’un qui a une pensée pour l’environnement. Et on apprécie le côté “bien équipé” des véhicules ! »
Son conjoint a récemment embarqué dans le mouvement. « Il vient de changer pour une électrique parce qu’on apprécie beaucoup la mienne. Dans notre quotidien, même à -40, il n’y a aucun impact pour nos activités quotidiennes. Au final, il y a beaucoup plus d’avantages que de désavantages ! », conclut Valérie.
Yves Langlois : Jusqu’ici, tout va bien !
« Je suis parti de Québec l’été dernier avec mon [véhicule] et je suis parvenu à ma résidence [à Baie-Comeau] sans qu’il me soit nécessaire de faire aucune recharge en route. Il me restait encore quelques kilomètres de disponibles à mon arrivée. Pour voyager de Baie-Comeau à Lévis et vice versa, il y a suffisamment de bornes au cours de la route pour, au moins avec mon véhicule, avoir moyen de ne pas rester en panne, mais parfois les bornes ne sont pas trop annoncées ni visibles. Si on compare le nombre de bornes à Baie-Comeau à Rimouski et même à de plus grosses villes, il y a maintenant un grand nombre de bornes rapides à Baie-Comeau. De nouvelles bornes dans le stationnement du centre d’achat Laflèche et au dépanneur Sprint sur Bélanger bonifient encore plus l’offre de bornes ici. »
(NDLR: Certains contenus ont été édités par souci de clarté et de gestion de l’espace.)
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