Giovanni « Johnny » Stea : 10 $ en poche et un lapin en main
Johnny Stea dans sa boucherie. Photo courtoisie
Giovanni Stea est arrivé au Canada à 17 ans, avec en poche un lapin cuit par sa mère pour se nourrir et 10 $. Il ne parlait pas un mot français. Plus de trois quarts de siècle plus tard, l’Italien a rendu l’âme cet automne, mais ses fameuses Alouettes continuent de régaler et font partie intégrante de la culture septilienne.
Pour la plupart des Septiliens, le nom Giovanni « Johnny » Stea fait partie du folklore de la ville. Bien plus qu’une marque de délicieux rouleaux de viande, Giovanni « Johnny » Stea et son parcours sont un modèle représentant bien la force dont font preuve les nouveaux arrivants qui doivent tout recommencer à zéro.
Né en 1933 en Italie, troisième d’une famille de sept, l’enfance de Giovanni Stea fut marquée par la Seconde Guerre mondiale.
« La famille a dû quitter l’Italie, parce que c’était bombardé. Il n’y avait plus rien là. Ils ont déménagé en Belgique », raconte Franco Stea, le plus jeune frère de Giovanni.
À 14 ans, Giovanni Stea était mineur dans une mine de charbon.
« Il y a un de mes oncles qui est mort d’un coup de grisou dans les mines de charbon », explique Franco Stea.
Un coup de grisou, c’est une soudaine et violente explosion de méthane dans des mines de charbon. C’est suite à ce drame que la famille Stea a décidé d’immigrer au Canada. M. Stea avait 17 ans, lorsqu’il est débarqué tout d’abord à Toronto. C’est à ce moment que son nom fut anglicisé pour « Johnny ». Peu de temps après son arrivée au Canada, il est venu rejoindre son frère aîné à Sept-Îles, où le travail ne manquait pas et où les salaires étaient bons.
À la recherche de chaleur
C’est en 1952 que Giovanni a commencé a travailler pour l’Iron Ore Compagny, sur la ligne vers Schefferville.
« Quand c’était trop froid pour travailler, il rentrait dans les cuisines. Il a fini par demander au cuisinier : as-tu quelque chose à me faire faire ? », raconte sa fille, Rose-Marie Stea.
C’est comme ça qu’il a commencé à travailler dans les cuisines. Quand le chef cuisiner a quitté, la compagnie lui a demandé s’il pouvait prendre le relai.

« Il a dit oui. La compagnie l’a envoyé faire un cours de boucher à Montréal », dit Mme Stea. « Mon père, il avait un diplôme de l’Institut national des viandes. »
Un diplôme que M. Stea affichait fièrement dans sa boucherie et qu’il a conservé toute sa vie. Après quelques années à travailler sur les lignes de chemin de fer, Giovanni a décidé de tenter le tout pour le tout en se lançant en affaires.
« L’Italien en lui trouvait que c’était froid en tabarouette de travailler dans le nord », lance sa fille.
Il a décidé de louer la boucherie de M. Cormier, située à l’emplacement actuel du CLSC, pendant un an ou deux. Il a fondé sa propre boucherie.

Finalement, l’expérience fut un succès. Giovanni a donc fait construire la boucherie sur la rue Napoléon.
À cette époque, la boucherie était opérée par trois bouchers, soit M. Stea et ses deux beaux-frères : Vito Chemienti et Tony Delvecchio. Tony est d’ailleurs le grand-père de Louis Delvecchio, pâtissier Chez Mel & Lau, comme quoi les talents culinaires sont de famille.

Rose-Marie Stea a toujours vu ses parents travailler sans relâche, au commerce familial.
« Six jours par semaine à la boucherie. Puis le dimanche, on allait checker les frigidaires, puis arroser les plantes. C’était 7 jours sur 7 finalement. »

C’est le 14 juin 2014 que l’entreprise de Giovanni « Johnny » Stea a fermé ses portes.
« Ce n’est pas parce que ça ne fonctionnait plus. C’était plutôt le contraire. Il n’était plus capable », dit Rose-Marie Stea. « Il y avait beaucoup de travail, ça allait en grossissant tout le temps. Puis à un moment donné, on a dit que c’était assez. »
Giovanni avait 81 ans.
Durant les années qui ont suivi, M. Stea a continué de se rendre presque qu’à tous les jours à son ancien commerce, pour arroser ses nombreuses plantes et discuter avec les gens autour. La boutique, figée dans le temps, donnait l’impression d’être prête à rouvrir à tout moment.
La petite histoire des Alouettes, la grande histoire de la boucherie
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