Arrêt du service de repas à Vents et Marées : des résidents dans l’angoisse

Par Emy-Jane Déry 5:04 PM - 12 janvier 2026
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Le service de cafétéria de la résidence Vents et Marées sera arrêté à partir du 1er février 2026. Photo Emy-Jane Déry

La quarantaine de résidents de Vents et Marées n’ont pas de cuisine complète dans leur logement, mais ils ont appris la semaine dernière que le service de cafétéria de leur immeuble s’arrêtera, laissant plusieurs d’entre eux dans l’angoisse et l’incertitude.  

Rose a 81 ans. Elle souffre d’un léger Alzheimer, mais son état lui permet encore d’être autonome dans son appartement de Vents et Marées. 

« C’est affreux, affreux. Pourquoi ils nous font ça ? », lance-t-elle, rencontrée  lundi, alors qu’elle s’affairait à ranger les décorations du temps des Fêtes dans son petit logement de la résidence.

L’immeuble de l’avenue Brochu est sous la gouverne de la Corporation de développement de logements de Sept-Îles (CODELO). Dans une rencontre tenue la semaine dernière, l’administration a annoncé que le service de cafétéria cesserait à partir du 1er février. 

Cette nouvelle inquiète Rose, comme plusieurs autres résidents. La femme, pourtant toujours dans la bonne humeur selon ses proches, est tombée dans un état d’angoisse et de colère qu’on lui connaît très peu, depuis cette rencontre. C’est la popote roulante du Centre d’action bénévole le Virage qui prendra le relai, mais bien des questions demeurent en suspend.

L’organisme ne livre pas de repas les fins de semaine. Il est fermé durant deux semaines pendant la période des fêtes. Rose se demande comment elle pourra stocker de la nourriture pour les weekends, dans son petit congélateur digne de celui d’une roulotte de camping. 

C’est que comme les autres logements de la résidence, le sien n’est pas équipé d’une cuisinière ni d’une hotte pour la ventilation. Elle a un micro-ondes, sur lequel une note lui rappelle de « boire 6-8 verres d’eau par jour minimum ». Un lavabo, une machine à café et un grille-pain. C’est tout.

Une question de coûts

C’est une question de coûts, affirme le président de CODELO et conseiller municipal démissionnaire, Guy Berthe. Le service est déficitaire. Il estime les pertes à 300 000 $ pour les deux dernières années.

Pour pouvoir faire ses frais, la résidence qui charge actuellement 12,50 $ par repas aurait dû grimper ce prix à 17 $, selon M. Berthe. Il affirme que chaque année, les résidents sont rencontrés pour le renouvellement de leur bail. 

« Les gens ont vraiment une crainte quand on arrive et qu’on parle des coûts du repas (…) Ils n’ont jamais été prêts à accepter les augmentations comme on aurait dû le faire », dit-il. 

La mère de Line Lévesque a 94 ans. Elle fait partie de la quarantaine de résidents de Vents et Marées. Auparavant, elle était au Corossol. Il y a environ 5 ans, elle est déménagée à Vents et Marrés, justement pour avoir accès aux repas. Sa famille, comme celle de Rose d’ailleurs, aurait été prête à payer la différence pour que le service soit maintenu. 

« Ça nous inquiétait, parce qu’elle se faisait à manger et nous n’étions pas sûrs que tout était équilibré. On craignait qu’il arrive quelque chose, qu’elle oublie quelque chose sur le rond… on ne sait jamais », raconte Mme Lévesque à propos du choix de résidence pour sa mère. « Avoir su, nous aurions été aux Bâtisseurs, parce que là, nous ne la redéménagerons pas à 94 ans, ce serait bien trop instable pour elle. »

Comme plusieurs autres familles, Line Lévesque déplore que les résidents n’aient pas eu l’option d’être accompagnés par un membre de la famille, ou un proche aidant, lors de la rencontre annonçant la fin du service. 

« Ils auraient dû demander que quelqu’un les accompagne pour bien comprendre », dit-elle. « On leur a dit : le premier février c’est terminé, et voici les feuilles à remplir pour avoir la popote roulante. Hey boy ! »

Mme Lévesque estime que les documents en question sont complexes pour sa mère de 94 ans. 

La résidence Vents et Marées héberge une quarantaine de résidents. Photo Emy-Jane Déry

Pour sa part, le président de CODELO rappelle que les résidents sont tous autonomes. 

« Il faut respecter les personnes humaines. Ce sont des gens autonomes, tous les gens qui demeurent là. On les rencontre au moins une fois par année pour renouveler le bail. Ce sont ces gens-là avec qui on traite. On ne peut pas aller parler d’un dossier de quelqu’un à quelqu’un d’autre », défend-il. 

Daniel Tremblay a 68 ans. Il demeure à la résidence avec son père de 89 ans. 

« La bâtisse a été conçue pour avoir une cafétéria, alors on n’a pas de gros frigidaire dans nos appartements », dit-il. « C’est sûr que si mon père était seul, il ne serait pas capable de s’adapter », ajoute-t-il, craignant pour le sort d’une partie des résidents, qui ne seront peut-être pas en mesure de s’ajuster à ce changement important. 

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