Portrait

Roger Vachon, l’Innu souriant qui fait bouger le monde

Par Edmond Sauvé 7:00 AM - 28 décembre 2025
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Le marathonien en pleine course, sur la plage de Uashat. Photo courtoisie

3,8 km de nage en eau libre, 160 km de vélo et un marathon olympique (42,2 km), c’est l’exploit surhumain appelé Ironman que Roger Vachon a complété trois fois dans sa vie. Pourtant, cet Innu de Uashat toujours souriant et plein d’entrain n’avait jamais couru d’épreuve d’endurance à 40 ans.

« C’est en voyant mon père mourir du diabète et mon tour de taille qui enflait que je me suis mis à la course », relate le fondateur du marathon Mamu, de Sept-Îles, qui en sera en 2026 à sa 15e année d’existence.

Le retraité de l’école Manikanetish, qui a complété une quarantaine de marathons en 20 ans d’un bout à l’autre du Québec, s’est lancé un nouveau défi : faire bouger le plus de gens possible dans les communautés autochtones du Québec. Il a commencé par… les garderies, les bureaux et les écoles de Uashat mak Mani-utenam.

« Kuei, kuei! Allez, venez dans la cuisine on va bouger un peu », lance-t-il à la ronde, dans les groupes où il se pointe à 7 h du matin. D’abord hésitants, les gens se résignent et font une séance d’exercice dans la bonne humeur, qui les met dans une excellente disposition pour leur journée de travail.

Un certain charisme 

« Quelques-uns disent que j’ai un certain charisme  », dit-il en riant. Il clôt chacune de ses séances avec un égoportrait collectif, qu’il publie sur les réseaux sociaux, ne se souciant guère du visage parfois cramoisi de ses fidèles.

En plus de parcourir les établissements de la communauté de la Côte-Nord, Roger Vachon anime également des séances d’entraînement en gymnase, pour tous les niveaux. Est-ce que les gens participent ? « Pas toujours à mon goût  », concède-t-il. Toutefois, le défi de convaincre de nouveaux adeptes lui sert de source de motivation, devant le travail qu’il reste à faire.

Héritage colonial

« Nos ancêtres bougeaient sans cesse, car c’était une question de survie », explique l’homme qui a eu trois enfants.

Forcés de renoncer au nomadisme à cause de la politique « des réserves », les Innus ont été coupés du vaste territoire qu’ils parcouraient en raquettes et en canot. De plus, les traditions orales ont été perdues, lorsqu’on a envoyé les enfants dans des pensionnats, loin de leurs parents dans la seconde moitié du XXe siècle.

Roger Vachon précise que ses ancêtres mangeaient beaucoup de viande et des plats très gras, mais que ce régime était vital pour l’effort physique qu’ils devaient fournir.

« En plus d’être plus actifs, ils étaient épargnés par la malbouffe d’aujourd’hui », ajoute-t-il.

Malheureusement, il dit ressentir les effets de cette culture de la sédentarité, même des décennies après la fermeture du pensionnat de Maliotenam. Selon lui, le bien-être spirituel vient avec l’activité physique.

« Je crois qu’il y a un éveil en ce moment par rapport à nos croyances autochtones. On se les réapproprie », dit-il, en humant la sauge qu’il fait brûler quotidiennement.

Cheminement personnel

Rien ne prédisait un parcours de marathonien à Roger Vachon, lorsqu’il était plus jeune.

« Ce qui me faisait peur, c’était de vivre mes vieux jours sans être capable d’en profiter », relate-t-il.

Graduellement, il s’est mis à courir et à cumuler les marathons. Étant donné qu’il n’était pas habitué à s’entraîner, il a subi de nombreuses blessures. Maintenant âgé de 59 ans, il est fier d’avoir complété trois Ironman. C’est cette discipline qui l’a amené à mieux équilibrer ses activités.

Projets futurs

Avec Mamu, il souhaite avant tout promouvoir l’activité physique pour tous. C’est pourquoi les participants peuvent sélectionner différentes distances, selon leur capacité physique.

Année après année, il vise également le rapprochement des Autochtones et des Allochtones de Sept-Îles. Une cérémonie est généralement célébrée à la fin de la course, où l’on peut notamment goûter à de la nourriture traditionnelle innue.

« Le marathon Mamu m’a permis de rêver », explique Roger Vachon, les yeux rivés vers l’horizon. Rêver à quoi ? Il confie qu’il voudrait un jour organiser une grande course, à Montréal ou à Québec, où toutes les Nations seraient conviées.  

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