Claims miniers sur le Nitassinan : « Venez nous voir avant », dit le chef d’Essipit
Le chef de la Première Nation des Innus Essipit, Martin Dufour. Photo courtoisie
Le chef d’Essipit Martin Dufour invite les promoteurs miniers à venir discuter avant d’enclencher l’exploitation de leurs claims miniers sur le territoire de la Première Nation. Ces prospections minières sont en augmentation depuis quelque temps, aux dires du chef.
L’appétit insatiable des grandes entreprises pour les minéraux critiques et les terres rares a fait son chemin jusqu’au Nitassinan d’Essipit.
« Ça a explosé dans les dernières années », résume d’emblée le chef Martin Dufour en référence à l’acquisition de claims miniers.
Pourtant, ce boom d’activité et de prospection comporte aussi un angle mort pour Essipit.
La Première Nation travaille sur le projet d’aire protégée Essipiunnu-Meshkanau située autour de la réserve de biodiversité Akumunan au nord du Nitassinan.
« Pour ce qui est des aires protégées, c’est sûr qu’on ne veut pas de claims ni de mines sur ces territoires-là », indique le chef.
À la recherche de l’équilibre
Le chef mentionne qu’Essipit n’est toutefois pas fermée à la prospection et à l’exploitation du sous-sol minier dans le reste du territoire ancestral.
« On n’est pas du tout contre le développement, mais on est dans une optique d’équilibre sur le territoire », souligne M. Dufour.
« On voit qu’il y a un intérêt accru pour les terres rares et l’uranium. Si c’est fait de façon raisonnable et à la bonne place, venez nous voir avant », suggère-t-il du même souffle.
Martin Dufour affirme que le développement doit se faire de manière à respecter la biodiversité sur le territoire.
« On veut essayer le plus possible de la protéger, car il y a une biodiversité intéressante, et il reste encore du caribou dans cette aire protégée qui est projetée », révèle-t-il.
Éviter les problèmes de cohabitation
Le chef innu dit ne pas connaître avec certitude l’état du potentiel minier que renferme le sous-sol du Nitassinan, mais considère qu’il ne manque pas d’attirer les potentiels promoteurs.
« On essaie de prévenir les promoteurs, parce qu’on voit qu’il y en a plusieurs qui vont faire de la prospection sans nécessairement nous consulter », rapporte-t-il.
« On s’aperçoit qu’ils sont déjà en train de faire des trous à des places, et on n’était pas au courant », ajoute le chef.
La Loi sur les mines prévoit que nul ne peut interdire ou rendre difficile l’accès d’un terrain à celui qui le prospecte conformément aux dispositions de la loi, si ce dernier s’identifie sur demande. « On a quand même un titre ancestral sur le territoire, et ils se doivent d’en prendre compte », tranche le chef.
« On l’a vu dans d’autres cas, s’il faut se servir des tribunaux pour faire en sorte que nos droits soient appliqués sur le territoire, on est obligés de le faire », précise Martin Dufour. « Mais on ne veut pas se rendre là », tempère-t-il toutefois.
Innu-aitun
Le Nitassinan occupe une place importante dans la tête et dans le cœur des Innus d’Essipit, et l’occuper signifie de renouer avec la culture.
Plusieurs usagers qui occupent le Nitassinan font ce Martin Dufour qualifie d’innu-aitun, des activités culturelles qui englobent le mode de vie, la langue, le lien au territoire, et la spiritualité.
« On parle autant de chasse, de pêche, de cueillette, de coupe de bois et d’autres activités traditionnelles », résume-t-il.
Martin Dufour fait savoir qu’il n’y a pas eu de problème à ce niveau pour le moment, mais que si l’activité minière entre en contradiction avec l’innu-aitun, « il va y avoir un problème ».

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