À l’approche des fêtes, des organismes de défense des travailleurs saisonniers ont de nouveau interpellé Ottawa en installant des sapins de Noël devant des bureaux de Services Canada sur la Côte-Nord.
Par ce geste symbolique, ils dénoncent ce qu’ils appellent le « trou noir » de l’assurance-emploi, une période sans revenu qui touche chaque année des milliers de travailleurs de la région.
Forestville, Baie-Comeau et Sept-Îles ont été le théâtre, le 17 novembre, d’une action concertée menée par Action-Chômage Côte-Nord et l’Alliance interprovinciale pour l’assurance-emploi. Des sapins de Noël ont été installés devant les bureaux de Services Canada afin de dénoncer des règles d’assurance-emploi jugées inadaptées à la réalité nord-côtière.
Selon les organisateurs, cette mobilisation est devenue une tradition du temps des Fêtes. Cette année, les sapins sont décorés de « trous noirs » et de « cennes noires », un symbole visant à illustrer, d’une part, la période sans revenu vécue par les travailleurs saisonniers et, d’autre part, le faible coût qu’aurait, selon eux, une solution durable au problème.
Une part importante de l’économie de la Côte-Nord repose sur des emplois saisonniers. Une enquête réalisée en 2022 indiquait qu’environ le tiers des employeurs de la région ont recours à ce type de main-d’œuvre, une proportion encore plus élevée dans certaines MRC, dont la Haute-Côte-Nord. Entre la fin des prestations d’assurance-emploi et le début de la saison suivante, plusieurs travailleurs se retrouvent sans revenu pendant des semaines, voire des mois.
« Chaque année, j’accompagne de nombreuses personnes qui travaillent dans les pêches, la foresterie, les pourvoiries, le tourisme, ou même la lutte contre les incendies, souligne Line Sirois, directrice d’Action-Chômage Côte-Nord. Ces personnes sont des travailleuses et travailleurs qualifiés, experts dans leur domaine. Elles vivent ici à l’année et font vivre la région. Mais on continue à les maltraiter avec un système d’assurance-emploi aberrant. »
Action-Chômage Côte-Nord réclame depuis plus de 20 ans une réforme en profondeur du régime d’assurance-emploi. L’organisme demande notamment l’abolition du calcul des prestations basé sur le taux de chômage régional, qu’il considère inéquitable. Il plaide pour l’instauration d’une norme universelle de 420 heures de travail, ou 12 semaines à 15 heures, avec un taux de prestation de 70 % sur les 12 meilleures semaines, pour une durée de 35 semaines.
À défaut d’un tel plancher, les groupes estiment qu’une protection additionnelle de 15 semaines devrait être accordée aux travailleurs saisonniers afin d’éviter le « trou noir ». Bien qu’un projet-pilote permette depuis 2018 l’ajout de cinq semaines de prestations pour certains travailleurs, cette mesure est jugée insuffisante.
Selon les chiffres avancés par Action-Chômage Côte-Nord, offrir ces semaines supplémentaires représenterait un coût équivalant à un sou par tranche de 100 $ de revenu.
« Rendez-vous compte, on parle juste d’une cenne ! Une cenne pour que nos travailleurs passent décemment l’hiver et que nos régions vivent », lance Line Sirois, qui soutient que la solution relève avant tout d’une volonté politique.

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