D’ici 2041, la population nord-côtière de 75 ans et plus aura presque doublé, alors que la main-d’œuvre disponible diminuera. Le CISSS de la Côte-Nord tire la sonnette d’alarme : sans un renforcement majeur des soins à domicile, le réseau ne pourra pas soutenir la vague de besoins qui s’annonce.
Le maintien à domicile représente déjà le cœur de l’intervention auprès des personnes en perte d’autonomie sur la Côte-Nord.
« En fait, vous savez que la population vieillit, il va y avoir de plus en plus de personnes de 75 ans et plus », a rappelé Priscilla Malenfant, directrice du programme de soutien à l’autonomie des personnes âgées (SAPA) au CISSS de la Côte-Nord, lors de la séance du conseil d’administration d’établissement le 26 novembre à Baie-Comeau.
Elle a également souligné que « les personnes sur la Côte-Nord ont des facteurs de risque », avec « une prévalence plus élevée des maladies chroniques ».
Le territoire vaste, la faible densité de population et la pénurie de main-d’œuvre compliquent davantage l’offre de services. « Il y a des places qui sont difficiles d’accès. On a un très grand territoire avec peu de densité de population, donc de grandes distances pour desservir », a-t-elle divulgué.
Actuellement, 4 546 usagers reçoivent des soins à domicile sur la Côte-Nord, totalisant plus de 542 000 heures de services annuellement par le CISSS et ses partenaires. Le budget atteint déjà 41,5 M$ pour ce seul volet.
Les soins à domicile reposent sur un ensemble d’acteurs, bien au-delà du réseau de la santé. « C’est l’affaire de toute une communauté, le maintien à domicile », a insisté Mme Malenfant.
Les profils de bénéficiaires sont variés : personnes âgées, adultes en soins palliatifs, personnes vivant avec une déficience physique ou un trouble de santé mentale, enfants de moins de 17 ans. Certains usagers présentant une grande perte d’autonomie, normalement admissibles au CHSLD, sont tout de même maintenus en milieu de vie.
« On a 37 usagers sur la Côte-Nord qu’on est capable de maintenir à domicile avec des profils de perte d’autonomie très élevés. Ces gens-là ont en moyenne 30 heures de services par semaine pour réussir à les maintenir chez eux », a-t-elle illustré.
Croissance démographique
Le tableau s’assombrit encore lorsqu’on regarde les projections démographiques. En 2024, la région comptait 8 573 personnes âgées de 75 ans et plus. En 2041, elles seront 13 427. « On va presque doubler notre population de 75 ans et plus », a commenté Priscilla Malenfant.
Pendant ce temps, la population active diminuera. « Les personnes de 15 à 64 ans vont passer de 51 000 à 44 000 », ce qui renforcera le déséquilibre.
Les besoins exploseront en soutien à domicile. Les usagers de ces services passeront de 4 596 à 7 092. Les heures de services grimperont de 542 500 à près de 846 000. Les employés du programme SAPA augmenteront de 620 à près de 1 000. Les places en CHSLD subiront une hausse de 444 à 693 pour conserver la même offre de services et le budget SAPA passera de 126 M$ à 200 M$.
Le manque de places en résidences privées pour aînés (RPA) fait particulièrement mal. « On est presque les moins bien nantis du Québec », note Mme Malenfant. La Côte-Nord ne compte que 600 places, alors qu’il en faudrait environ 1 500 pour atteindre la moyenne provinciale. Si rien n’est construit d’ici 2041, le manque grimperait à 2 500 places.
Agir dès maintenant
Face à ces projections, le CISSS de la Côte-Nord mise sur la prévention. Le Dr Richard Fachehoun, directeur de la santé publique, a quant à lui rappelé que la solution passe par la communauté entière. « C’est là que, collectivement, on doit agir maintenant pour améliorer la qualité de vie de nos aînés. »
Le plan régional de vieillissement en santé, qui sera mis à jour l’année prochaine, vise notamment l’activité physique régulière, la prévention des chutes, la lutte à l’isolement ainsi que la prévention des maladies chroniques.
« Bougez et bougez. Ça fait du bien pour la santé », a clamé le Dr Fachehoun. L’activité physique contribue à diminuer l’anxiété, prévenir le déclin cognitif et réduire les risques de chute de 21 %, selon ce qu’a rapporté le directeur de la santé publique.
Le CISSS multiplie aussi les initiatives : clubs de marche, programme PIED, vaccination saisonnière et dépistage précoce du diabète.
Pour Mme Malenfant, la conclusion est sans équivoque. « Si on ne renforce pas significativement le soutien à domicile, il va y avoir une pression énorme sur l’hébergement, les urgences, l’ensemble du réseau. Ça va être difficilement soutenable. »
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