Derrière chaque nom de rue de Sept-Îles, une histoire
Vue aérienne du village de Sept-Iles à l'été 1950, à l’aube d’un développement extraordinaire. Photo MRCN © George Hunter S#233FC1
D’anciens maires honorés, des travailleurs de la santé, des personnages historiques et même des planètes : Sept-Îles compte quelque 330 rues, pour la plupart, avec une histoire captivante derrière leur nom.
Comment arrive-t-on à désigner le nom d’une artère ? Quelles sont les particularités de ses odonymes* ?
Généralement, c’est la Société historique du Golfe qui propose des noms à la Ville de Sept-Îles (comité de toponymie**) et son conseil municipal. Les citoyens ont également la possibilité de soumettre une demande de désignation.
À la Société, ils sont quatre bénévoles à se partager la tâche. Ils se rencontrent deux heures par semaine. Ils mettent à jour le document L’histoire de Sept-Îles… par sa toponymie. Le document renferme l’information de chaque nom d’artère depuis le début de la fondation de Sept-Îles.
La Ville de Sept-Îles est dotée d’une politique de toponymie. Son objectif est de mettre en valeur son histoire et son patrimoine par la dénomination des noms. Elle veut aussi éliminer toute ambiguïté, afin d’assurer la sécurité et la rapidité d’intervention reliées à la recherche d’une adresse civique pour divers services d’urgence.
Quelques règles et critères doivent être tenus en compte, notamment le profil biographique de la personne dont la mémoire est honorée et éviter le choix d’un nom dont l’attribution pourrait provoquer une controverse. On exclut les personnes vivantes ou décédées depuis moins d’un an. Ce dernier critère est une norme provinciale, fait savoir la Commission de toponymie du Québec (CTQ).
La CTQ joue un rôle de conseiller et de soutien auprès des municipalités. Le choix du nom des rues relève de la compétence des villes.
« Elles ne sont pas tenues de faire approuver », précise Nicolas Trudel, porte-parole de la Commission.
Une démarche à la Commission doit toutefois être faite pour une officialisation et afin que la rue soit inscrite dans les systèmes géomatiques des services d’urgence.
A, B, C….
Arnaud, Brochu, Cartier,… un ordre alphabétique et parallèle jusqu’à Laure, et qui se poursuit avec Marquette, Noël, Otis, Perreault, Québec et Radisson. Pourquoi cette façon de faire ? La Société historique du Golfe n’a pas la réponse.
Dans les premières années de Sept-Îles, pour les premières rues, c’était d’ailleurs 1re rue, 2e rue… Les gens continuaient d’appeler ça ainsi, même après les Arnaud et Brochu, de dire Laurent Arsenault, un des membres de la Société.
Plusieurs rues ont été développées dans les années 1950, avec IOC.
Du temps, l’avenue De Quen menait vers l’aéroport par un chemin en diagonale. Certains citoyens se rendaient vers Moisie par les plages.
À cette même époque, la famille de M. Arsenault a dû être expropriée pour permettre la continuité nord de la rue du Père-Divet à partir de Brochu.
En l’honneur d’anciens maires
Quatre artères portent le nom d’anciens hommes politiques qui ont été à la tête de la Ville de Sept-Îles, dont son premier maire, Paul-Édouard Vigneault [1904-1911]. Il est honoré par le boulevard menant vers le parc industriel.

Les autres sont Jean-Marc Dion [1973-1997] et Mike Monaghan [1962 à 1964], dans Sainte-Famille. Puis, il y a Philip John Romeril [maire de 1917 à 1937 et de 1941 à 1943] dans le bas de la ville.

Pour la plupart, seul leurs noms de famille sont utilisés pour nommer les artères.
Des oiseaux, des arbres, des planètes
Sur le lot des quelque 330 rues pour Sept-Îles et ses périphéries, le parc Ferland en compte trente. Le parc de maisons mobiles a été inauguré au début des années 1970.
Chacun des noms de rue fait référence à des oiseaux/canards [des Becs-Scie, Eiders, Perdrix, Sarcelles..], des arbres/végétaux [des Bouleaux, Cyprès, Fougères, Saules…], des plantes/fruits [des Bruyères, Genêts, Plaquebières] et même d’un champignon [des Chanterelles] ou des animaux [des Élans, de l’Hermine].
Une des hypothèses de la Société historique du Golfe pour expliquer ces choix de noms sous le thème de la nature est “ le développement rapide du secteur ”, indique un de ses membres, Laurent Arsenault.
Des rues à Moisie [secteur Place la Boule] sont liées à des noms de planète [Mars, Mercure, Saturne et Vénus]. Pour cet élément, la Société ne dispose d’aucune explication.
Aux Plages et à Clarke City [Val-Marguerite], certains noms de rues sont en lien avec les étendues d’eau aux abords [des Barrachois, des Battures, des Dunes, de l’Étang, de la Rive].
Au fur et à mesure
Le travail de la Société historique du Golfe est en continu pour ce qui est de noms de rues, même s’ils sont déjà nommés. L’organisme revoit régulièrement son document L’histoire de Sept-Îles… par sa toponymie pour mettre à jour des informations, notamment pour les histoires manquantes ou inconnues, ou pour corriger des coquilles.
Elle a d’ailleurs informé la municipalité au sujet de la rue André-Mathieu [derrière le bureau de poste] qui doit être Mathieu-André.
La côte de l’aéroport doit être aussi être retiré de la liste puisqu’elle n’existe plus, mentionne M. Arsenault de la Société.
Elle est aussi en démarche pour faire officialiser par la Commission de toponymie du Québec la rue Denis-Perron, située dans le nouveau développement de Sainte-Famille. La Société historique s’est butée à quelques refus. C’est que le politicien qui a déjà représenté la circonscription de Duplessis à l’Assemblée nationale a déjà son nom associé à une route dans le secteur de Sainte-Marguerite, en plus d’un parc.
Des doublons
Avec la fusion, en 2003, de Moisie et Gallix avec Sept-Îles, il s’est retrouvé quelques rues avec la même dénomination. La Société historique du Golfe a fait l’ajout de prénom pour éviter la confusion et les doublons.
C’est entre autres le cas pour la rue Lapierre, devenue Daniel-Lapierre pour Sept-Îles, Amédée-Lapierre pour Moisie et simplement Lapierre pour Gallix. Parmi les autres rues en pareille situation, on retrouve entre autres Beaudin, Bernatchez et Montigny.
Les dernières en liste
Les dernières rues nommées à Sept-Îles remontent à 2015, avec le développement domiciliaire Rochette 3 et 4, dans le district de Sainte-Famille, soit George-Keays, Evelyne-Bignelle et Dorothy-Nagle.
Mme Bignelle a été la première infirmière de Sept-Îles. Mme Nagle a exercé la même profession, peu de temps après.
Quant à M. Keays, vétéran de la Seconde Guerre mondiale, il a été un membre fondateur de la filiale de la Légion royale canadienne de Sept-Îles, du Corps de cadets de la Marine royale canadienne Jacques-Cartier et du Camp des jeunes du lac des Rapides.
Si d’autres rues s’ajoutent dans les années à venir, ce qui pourrait être le cas avec le projet Holliday, la Société a déjà une banque de noms en attente et le parcours des dites personnes.
Saviez-vous que…
Depuis la fusion de 2003 avec Gallix et Moisie, le territoire de la Ville de Sept-Îles s’étend sur 2 000 km2. Fondée en 1951, la ville ” est relativement jeune, mais son histoire est riche de plus de 370 ans de fréquentation du territoire par les Européens, et de 6 000 ans de présence autochtone “, est-il souligné dans la Politique de toponymie de la Ville de Sept-Îles.
Lexique
*Odonyme : nom qui désigne une voie de communication routière, cycliste, pédestre ou autre. Exemples : chemin, autoroute, rue, sentier, etc.
**Toponymie : 1. Ensemble des noms de lieux d’une ville, d’une région, d’un pays, d’une langue. 2. Étude et gestion des noms de lieux.
Sources : Société historique du Golfe – L’histoire de Sept-Îles… par sa toponymie / Répertoire historique et géographique des rues de Sept-Îles et Politique de toponymie de la Ville de Sept-Îles
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