Développement minier: Premières Nations, plus qu’une « case à cocher »
Armand MacKenzie et Jennifer Obomsawin au Congrès Québec Mines+Énergie. Photo Emelie Bernier
Alors que le développement minier s’accélère au Québec, le sous-sol de milliers de kilomètres carrés de territoires non cédés par les Premières Nations et Inuit fait l’objet de convoitise, voire d’exploration et d’exploitation. Comment conjuguer les intérêts des développeurs avec ceux et celles qui habitent le territoire depuis des millénaires ? « Les Premières Nations, c’est pas juste une case à cocher ou une pastille sur la “timeline” d’un projet minier », insiste Jennifer Obomsawin, du Cabinet de relations publiques NATIONAL.
Mme Obomsawin était l’une des conférencières à l’Espace autochtone du Congrès Québec Mines+Énergie (18 au 20 novembre), animé par Armand MacKenzie et auquel Kateri Champagne Jourdain a donné le coup d’envoi. Karl Masson, de l’Institut de développement durable des Premières Nations, était également du nombre.
Avec son franc-parler, Jennifer Obomsawin a évoqué la notion de « réconciliation économique », bien qu’elle apprécie peu le terme réconciliation.
« Il a plus de sens pour moi quand on lui attache le mot économique. Quand on a une dimension qui permet concrètement aux communautés de prendre le contrôle de leurs ressources, de leur exploitation, qu’on est capable de renforcer nos capacités et de développer des compétences dans les communautés, pour ultimement atteindre une autodétermination réelle, un réel contrôle intérieur sur nos structures », a lancé, d’entrée de jeu, la directrice et leader – Relations Premières Nations et Inuit chez NATIONAL.
Le mot « autochtone », convient-elle, est « super à la mode ».
« On s’entend, tout le monde veut faire des affaires autochtones, c’est tendance ! On veut inviter des Autochtones partout, on en met sur nos boards, mais est-ce qu’on comprend réellement c’est quoi ce processus-là ? »
Les Premières Nations sont un joueur important sur l’échiquier, constate-t-elle dans sa pratique.
« L’économie autochtone, ce n’est pas une blague, elle va représenter pratiquement 100 milliards de dollars du PIB dans les prochaines années. Actuellement, c’est 2,2 % du PIB. C’est appelé à doubler. Donc c’est réellement un apport concret. On a maintenant des compagnies autochtones, des organisations autochtones, des communautés qui ont acheté des projets, qui sont promoteurs de projets, ce qu’on n’avait pas auparavant. Donc là maintenant, ce n’est plus juste de dire “on veut faire des partenariats avec les communautés”, mais c’est comment, de façon significative, les Autochtones peuvent participer à l’économie aujourd’hui ? »

Trop souvent encore, estime Mme Obomsawin, les industriels qui souhaitent s’implanter sur le territoire voient la relation avec les Premières Nations concernées comme un crochet à faire dans une case.
« Je ne veux pas généraliser, il y a des organisations qui ont emboîté le pas et se sont impliquées dans les communautés, mais majoritairement, c’est souvent un checkbox à faire sur la liste. Est-ce que j’ai parlé à la communauté ? OK, job done ! », déplore-t-elle.
Les communautés ne doivent plus être perçues comme des « parties externes », mais comme partenaires de ce projet. « Et même éventuellement, pourquoi ils ne pourraient pas être actionnaires de ce projet-là qui a lieu sur leur territoire ? Je rêve en grand, mais c’est possible », estime Jennifer Obomsawin.
Et leur entrée dans le jeu doit se faire dès les premiers balbutiements. « On est souvent inclus trop tard dans le processus. Moi, je l’appelle amicalement le syndrome du “oops”. “Oops, on a oublié qu’il y avait une nation parmi nous.” “Oups, on a oublié de parler à la communauté.” On leur envoie un petit courriel pour dire qu’on les a consultés, pour que ce soit réglé. Si les Autochtones sont autour de la table dès le début, s’ils ont les deux mains sur le volant, et si, pourquoi pas, ils deviennent les promoteurs de ces projets-là eux-mêmes (…) ces projets-là seraient définitivement mieux définis. »
Donner le temps au temps
Vouloir précipiter les choses est une « énorme erreur » également.
« Il faut bâtir des relations, ça prend de la confiance, ça prend du temps, ça prend du respect, ça prend de la transparence également de la part des organisations », estime Jennifer Obomsawin.
Les clients qui la contactent avec un sentiment d’urgence ? Très peu pour elle.
« Si vous me demandez d’emblée “combien de temps ça va prendre ?”, je ne suis pas la bonne consultante pour vous. Ce n’est pas moi qui détermine la timeline, c’est la communauté. C’est pas une signature qu’on va aller chercher, on va aller chercher un partenaire pour co-construire. Pour qu’au final ce soit une entente qu’on est capable d’incarner mutuellement. »
Les communautés, rappelle-t-elle, ont de petites équipes.
« Dans les communautés, on est sursollicités. Il n’y a pas énormément d’employés dans les différents conseils de bande qui sont souvent la porte d’entrée pour faire justement des ententes (…) Il y a parfois une seule personne qui a 4 ou 5 ou 6 chapeaux différents et qui doit traiter je ne sais même pas combien de projets, en plus des demandes de consultation et différentes interpellations. Il y a des problèmes courants, il y a des enjeux courants aussi de la gestion dans les différentes communautés. »
Citant Ken Rock, directeur de cabinet chez ITUM, elle a rappelé « qu’aujourd’hui, l’enjeu n’est pas de signer les ententes, mais comment on les met en œuvre, comment on s’assure d’incarner ce partenariat-là ? Et dans la durée. »
Les retombées non seulement économiques, mais également sociales, sont une part essentielle de cette co-construction. Et à chaque communauté sa réalité, ses besoins.
« De penser que c’est un groupe monolithique, les Autochtones, et de dire qu’on fait la même chose partout, c’est la plus grande erreur qu’on peut faire. »
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