OPINION | Je suis inquiète de la dérive de la loi 2

Par Dre Mirika Gagné 7:00 AM - 26 novembre 2025
Temps de lecture :

Mirika Gagné est médecin de famille à Baie-Comeau. Photo courtoisie

Je suis médecin de famille depuis 2013, formée à l’unité de médecine familiale Manicouagan (GMF-U). J’ai débuté ma pratique ici, en combinant suivi en clinique et tâches hospitalières, comme la majorité de mes collègues.

Je suis fière d’être revenue, fière de prendre soin d’une partie de ma communauté et de contribuer aux soins en clinique, à domicile, en soins palliatifs, en obstétrique et à l’hospitalisation. Je suis choyée d’avoir des collègues engagés, bienveillants et compétents.

Je suis toutefois inquiète des dérives et des changements majeurs que la loi 2 impose. Cette loi, adoptée sous bâillon dans la nuit du 25 octobre, vise à instaurer une responsabilité collective pour améliorer l’accès aux services médicaux et assurer la continuité des soins. À mes yeux, elle mélange deux enjeux pourtant distincts : la rémunération des médecins et une tentative de réformer le système de santé. 

Je comprends que la rémunération médicale est complexe, difficile à expliquer et parfois mal perçue. Je ne peux pas exiger des patients qu’ils soient critiques sur cet aspect. Tout le monde veut un meilleur rendement des fonds publics, et c’est légitime.

Je propose donc que, comme communauté, nous explorions ensemble des solutions locales pour améliorer l’accès aux soins. J’y vois quatre volets concrets, influents et modifiables : la prévention, l’enseignement, l’usage responsable des soins, la bienveillance et l’entraide.

La prévention

C’est agir avant que la maladie ne se manifeste, ou même l’éviter. Les habitudes de vie — alimentation, activité physique, sommeil, réduction des excès — en font partie. Quels outils pourraient rendre ces choix plus faciles ? Quels petits pas pouvons-nous poser individuellement ?

Nous possédons déjà plusieurs atouts : piscine, ligues sportives amateurs, patinoires, parcs, sentiers. Notre ville est riche d’espaces publics. En collaboration avec les conseillers municipaux et les organismes locaux, nous pourrions continuer de les animer et encourager les citoyens à s’y retrouver, s’y activer, s’y mobiliser.

L’enseignement

Comprendre aide à faire des choix éclairés. Le niveau socio-économique demeure un déterminant majeur de la santé. Les choix alimentaires, sportifs ou liés au repos sont différents lorsque les familles sont en mode survie. Il est donc essentiel de rendre l’information accessible tôt et à faible coût : dès la garderie, à l’école et dans la communauté.

La Maison des familles joue déjà un rôle précieux, dès la grossesse. Pourrions-nous aller plus loin ? Des capsules locales sur les problèmes de santé courants ou les maladies chroniques pourraient mieux rejoindre les citoyens.

L’usage responsable des soins

« Le bon professionnel au bon moment »

La demande en santé peut devenir infinie, alors que les ressources, elles, ne le sont pas. On peut comparer cela à l’eau courante : on sait qu’il faut fermer le robinet, car c’est une ressource partagée. Peut-on appliquer le même principe aux soins ?

Se demander : est-ce que mon problème nécessite une consultation médicale ? Quelle est l’urgence réelle ? Quel service est le plus approprié ?

Quelques pistes :

Appeler au 811. Appeler la secrétaire médicale ou le GAP avant de se rendre à l’urgence si la situation ne l’est pas. Aller voir un autre professionnel (physio, dentiste, optométriste, etc.).

Les médecins souhaitent être plus accessibles, mais leurs tâches hospitalières et cliniques se partagent sur des journées qui, malheureusement, ne dépassent pas 24 heures. Nous sommes souvent déçus de ne pas pouvoir offrir un rendez-vous rapide aux patients qui en auraient besoin. Nous cherchons activement à améliorer l’accès, mais nous ne pouvons pas être à deux endroits à la fois.

Annuler les rendez-vous : problème résolu déjà, absence ; des centaines de rendez-vous sont manqués chaque mois à l’hôpital et en clinique, ce qui prive d’autres patients de soins.

Prendre en charge sa santé : connaître ses maladies, médicaments et allergies, prendre des notes, suivre les recommandations. Ce sont de petits gestes, mais ensemble ils améliorent l’attente, la fluidité et l’accessibilité des rendez-vous.

La bienveillance et l’entraide

Nous faisons tous partie de la même équipe. Je pense souvent à l’acronyme que mon entraîneur de basket écrivait partout : TEAM

T ogether E veryone A chieves M ore

Cela mettait l’accent sur la collaboration : le succès collectif dépasse l’effort individuel. Dans notre système de santé, le travail d’équipe peut être amélioré à tous les niveaux. Chaque geste compte. Comment puis-je faciliter la vie de mon patient, du pharmacien, de l’infirmière, de la secrétaire ? Et comment puis-je aider mon médecin, mon voisin, un proche ?

Partons du principe que nos concitoyens sont bons, travaillent fort et cherchent eux aussi à améliorer les conditions dans lesquelles nous évoluons.

Les patients continueront d’avoir besoin de soins, d’évaluations, de suivi. Ils continueront de naître, de grandir et de mourir.

Nous sommes les mieux placés pour travailler ensemble, malgré les paramètres et les ressources limitées, afin de prendre en main la santé de notre communauté.

Pour nous et par nous.

Dre Mirika Gagné, médecin de famille à Baie-Comeau

S’abonner
Notification pour
guest
0 Commentaires
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires