Les Autochtones mis à profit pour construire «l’équivalent de 10 Baie-James»

Par Gabrielle Cantin 2:57 PM - 25 novembre 2025 Initiative de journalisme local
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D’ici 2034, la Commission de la construction du Québec veut plus que doubler la présence des travailleurs autochtones sur les chantiers. Archives Le Soleil

Alors que des chantiers majeurs se profilent aux quatre coins de la province, la Commission de la construction du Québec (CCQ) souhaite piger dans la manne de travailleurs autochtones, encore sous-représentés, pour répondre aux besoins de l’industrie. 

D’ici 2034, l’organisation veut plus que doubler la présence des travailleurs autochtones sur les chantiers. La cible, fixée par la CCQ et l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador (APNQL) dans le cadre du Plan d’action de l’industrie de la construction pour l’inclusion des Premières Nations et des Inuit (PACPNI), se situe à 1 % de main-d’œuvre active issue des Premières Nations et des Inuit.

«En ce moment, on est à l’orée de chantiers majeurs», observe la présidente-directrice générale de la Commission de la construction du Québec, Audrey Murray.

«Quand on additionne le plan d’action d’Hydro-Québec […], le Plan québécois des infrastructures, le TGV et les différents investissements, on est dans l’équivalent de 10 Baie-James qui sera construit d’ici 2035. C’est 140 stades olympiques.»

Et les annonces continuent de s’accumuler. Plus tôt cette semaine, François Legault annonçait la signature de l’entente Wetsok, entre l’Alliance de l’énergie de l’Est, la Première Nation Wolastoqiyik Wahsipekuk et Hydro-Québec. Le projet, qui prévoit la construction de 200 nouvelles éoliennes dans le Bas-Saint-Laurent, s’inscrit dans la stratégie du gouvernement de doubler la production d’électricité verte au Québec d’ici 2050.

Pour la dirigeante de la CCQ, de telles annonces renforcent l’urgence de faire une place aux travailleurs autochtones sur les chantiers.

Alors qu’ils représentent 1,4 % de la population du Québec, les membres des Premières Nations et des Inuit comptent pour à peine 0,4% des 200 000 travailleurs de l’industrie, chiffre la PDG, qui voit dans ce déséquilibre une opportunité à saisir. 

«On a la responsabilité de s’assurer de bien estimer les besoins de main-d’œuvre, les besoins de compétences et d’ouvrir les chemins nécessaires pour répondre à ces besoins-là», résume-t-elle, en entrevue avec Le Soleil. 

Travailler sans être diplômé

Plusieurs mesures de la Loi modernisant l’industrie de la construction ont été mises en branle depuis son adoption, au printemps 2024. D’ici la fin 2025, plus de 85 % d’entre elles devraient être implantées, prévoit Audrey Murray.

Mardi, la mise en œuvre d’une nouvelle mesure, annoncée par la Commission de la construction du Québec, s’est ajoutée au lot. 

Dès maintenant, les travailleurs autochtones peuvent obtenir leur certification dès qu’un employeur leur garantit 150 heures de travail sur trois mois consécutifs, «à condition que le bassin de main-d’œuvre visé soit à 30 % ou moins de disponibilité.»

En temps normal, les travailleurs non autochtones de l’industrie n’ont accès à cette mesure que lorsque le bassin de main-d’œuvre visé est en deçà de 10 % de disponibilité. Autrement, ils sont contraints de passer sur les bancs d’école. 

La mesure s’accompagne d’une obligation de formation imposée aux travailleurs qui souhaitent conserver leur certification. 

Non seulement ce mécanisme, déjà appliqué aux femmes, permettra de répondre aux besoins de main-d’œuvre, mais elle contribuera à faciliter l’intégration des membres des Premières Nations et des Inuit, juge la PDG. 

«C’est fondamental. C’est un grand défi pour notre industrie, pour nos entreprises de s’ouvrir davantage à la diversité.»

«Quand on additionne le niveau d’activité économique gigantesque, la démographie du Québec et qu’on regarde la composition de notre main-d’œuvre actuelle dans l’industrie de la construction, on sait que [le statu quo] n’est pas une option, tranche-t-elle. On va devoir se diversifier. Les bassins de recrutement traditionnels sont en train de changer.»

«Même si la diplomation demeure la voie privilégiée», assure Mme Murray, ce changement règlementaire permet d’inclure davantage les Autochtones, qui ont parfois «des parcours de formation différents».

La mesure annoncée est amenée à «évoluer dans le temps», continue la PDG. «On n’a pas associé l’évolution de cette mesure à l’atteinte de la cible du 1 %», explique-t-elle, laissant la porte ouverte à une adoption durable du mécanisme.

À terme, l’organisation souhaite que plus d’un millier de travailleurs des Premiers Peuples investissent les différents chantiers de la province au cours de la prochaine décennie. «On espère plus que ça», convient Audrey Murray, qui qualifie l’objectif de «conservateur».

«C’est un peu une révolution tranquille que vivent nos Premières Nations en ce moment […] C’est une réconciliation économique […] et on doit être au rendez-vous.»

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