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Aquaboréal à Baie-Trinité : quand David et Goliath s’unissent 

Par Emy-Jane Déry 5:00 AM - 24 novembre 2025
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Étienne Baillargeon, ex-maire de Baie-Trinité devant l'affiche de la municipalité qui se réjouit du potentiel projet d'Aquaboréal. Photo Charlotte Vuillemin

Étienne Baillargeon se souvient encore de la première fois qu’il a entendu parler d’Aquaboréal et de son projet de plus de 2 milliards de dollars pour Baie-Trinité : il n’en a pas cru un mot. C’était en novembre 2021. Tenu au secret, il y a pensé la nuit pendant longtemps, incapable de dormir tellement l’idée le faisait rêver. 

Si le projet du Groupe Altamar à Baie-Trinité déploie ses ailes au maximum, il pourrait inclure quatre phases et représenter des investissements de plus de 2,6 milliards de dollars. Déjà, seulement pour la phase un, on parle de plus de 1 milliard. Pour le petit village côtier aux abords de la route 138, c’est énorme. 

« Elle est où la caméra ? », raconte l’ex-maire du village (2019-2025), Étienne Baillargeon, à propos de son introduction au projet. « J’étais certain qu’on me niaisait, mais en voyant les documents, j’ai compris que ça n’avait pas été fait sur le coin d’une table ! » 

Il venait tout juste d’obtenir un deuxième mandat à la mairie de Baie-Trinité. C’est le premier dossier qui est atterri sur son bureau. 

L’homme originaire de Québec a toujours trouvé que la Côte-Nord avait un potentiel « hallucinant ». « Mais on aurait dit que le monde ne le voyait plus. Je ne sais pas pourquoi, peut-être parce que ça fait trop longtemps qu’ils y vivent », dit-il. 

Les promoteurs d’Aquaboréal, eux, avaient parcouru la Côte-Nord de Tadoussac à Blanc-Sablon et c’est à Baie-Trinité, où on retrouve à peine plus de 400 habitants, un phare historique rappelant l’histoire maritime de la région, une école avec une douzaine d’élèves et une usine de transformation de crustacé qui peine à trouver de la main-d’œuvre, qu’ils ont arrêté leur choix. 

« Ils m’ont dit : on veut s’installer à Baie-Trinité, ce dont nous avons besoin, c’est vous qui l’avez », rapporte avec entrain M. Baillargeon.  

Ce dernier peine à mettre des mots sur l’émotion qui l’a envahi ce jour-là. Comme par magie, un gros promoteur de calibre international venait de voir ce même potentiel auquel il avait lui-même cru, depuis le premier jour de son arrivée. 

« Pour moi, 40 emplois ça aurait été le Klondike, mais là, on parle de bien plus gros que ça. Je ne m’attendais pas à ça. Je suis heureux de ça, je suis heureux et c’est tout ce qui peut se greffer à ça en plus… », rêvasse-t-il. 

De l’eau

La relation entre la Municipalité et le Groupe Altamar est bonne, si on en croit le discours du maire sortant. « Ce ne sont pas des péteux de broue du tout », lance M. Baillargeon. 

Les promoteurs ne sont pas débarqués « en conquérants » illustre-t-il, mais plutôt, en demandant ce dont le village avait besoin.

Étienne Baillargeon a réclamé une chose à Aquaboréal : de l’eau. Baie-Trinité possède un système d’aqueduc qui ne dessert pas tout le village. Le secteur est fonctionnel avec des puits. 

« Ils ont accepté », se réjouit-il. « C’est 5 à 6 millions de sauvés. Pour une municipalité comme la nôtre, c’est énorme ! (…) Même avec les subventions, nous n’avions pas les reins assez solides », dit-il.   

Et ça pourrait n’être qu’un début. Éventuellement, le support d’Aquaboréal pourrait être appelé à grandir à travers les phases du projet.

Les voisins

Certes, il y aura des défis pour le petit village d’accueil de ce géant de la production de saumon qui apporterait 80 emplois permanents, en plus de 200 durant la phase construction. Des abris temporaires pour les travailleurs sont dans les cartons.  

Pour la suite, Étienne Baillargeon révèle que déjà deux promoteurs de projets résidentiels ont manifesté leur intérêt. La municipalité a identifié environ 80 terrains qui pourraient potentiellement servir pour de la construction. 

Et si les retombées d’un tel projet s’annoncent immenses pour Baie-Trinité, le maire sortant du village croit énormément aux impacts d’Aquaboréal chez les municipalités voisines. 

« Je suis fier pour Baie-Trinité, mais je suis content pour tous mes voisins qui, eux aussi, vont embarquer là-dedans », souligne-t-il. 

« Godbout, Franquelin, Pointe-aux-Anglais, Pentecôte… ce n’est pas tout le monde qui va vouloir s’installer à Baie-Trinité », admet Étienne Baillargeon. « Ça aura des répercussions dans toutes les municipalités d’un grand pôle. Ce sera majeur, même pour eux. Je le vois comme si tout le monde allait avoir sa pointe de tarte. » 

Il cite en exemple la période de construction du projet éolien Apuiat à Pentecôte, soit à 45 km de Baie-Trinité. 

« Lorsqu’il y avait les éoliennes à Pentecôte, tout était loué à Baie-Trinité pour les travailleurs. Ça va faire le même impact », illustre-t-il. 

Et celui qui rêve d’avoir une boucherie à Baie-Trinité croit aussi que le projet entraînera le développement d’autres entreprises et services sur le territoire. 

« Le déclin de la population peut revirer de bord avec des emplois ! », dit-il, convaincu que ce n’est qu’un début. « Je sais qu’il y aura autre chose qui va se greffer avec ça, qui sera encore plus gros pour la Côte-Nord. »

Quoi qu’il en soi, le maire sortant se dit prêt à relever les défis qui accompagneront un tel développement. 

« Ma personnalité c’est que si c’est tranquille, si c’est plate, je me morfonds. S’il y a un boom, un événement et qu’il faut que ça grouille, tu vas me voir, je vais être le premier en avant ! » 

Un projet de plus d’un milliard de dollars pour l’eau pure de Baie-Trinité