L’accès à des soins dentaires : un problème dans les régions éloignées
Dre Marie-Claude Desjardins est la présidente de l’Association des chirurgiens dentistes du Québec. Photo courtoisie
La difficulté d’accès aux soins buccodentaires est un phénomène qui ne touche pas seulement la Côte-Nord, mais bien plusieurs régions éloignées au Québec.
C’est le constat qui est fait par la présidente de l’Association des chirurgiens dentistes du Québec (ACDQ), la Dre Marie-Claude Desjardins.
« C’est plus difficile en région et la principale raison est le manque de dentistes et d’hygiénistes », dit-elle. « Ça ne touche pas juste votre région [la Côte-Nord], mais aussi la Gaspésie, l’Abitibi et le Saguenay–Lac-Saint-Jean. »
Pour ce qui est des hygiénistes dentaires, la problématique repose sur le nombre de personnes formées qui est insuffisant pour la demande, selon la Dre Desjardins. Elle avance qu’il manque 1 400 hygiénistes dentaires actuellement au Québec, selon des chiffres provenant de l’Ordre des hygiénistes dentaires.
Cette pénurie serait causée non pas par un manque d’intérêt envers la profession, mais bien un manque de places dans les cégeps qui offrent cette formation.
« Dans la dernière année, les 10 cégeps qui offrent la technique d’hygiène dentaire ont reçu plus de 1 500 candidatures pour environ 400 à 500 places », dit-elle.
Elle indique que ce type de formation n’est pas facile à offrir, parce qu’il faut plusieurs équipements et locaux spécialisés.
« Ça prend des investissements du gouvernement pour agrandir [les locaux] dans les cégeps ou que de nouveaux cégeps offrent la technique », poursuit la présidente de l’ACDQ.
Pour ce qui est des dentistes, la problématique réside dans le fait qu’il n’y en a pas assez qui décident d’aller pratiquer en région. Pour pallier à ce problème, l’ACDQ a mis en place un programme de subventions, pour les étudiants en médecine dentaire qui voudraient aller y faire leur stage de dernière année.
« Ils peuvent voir c’est quoi les régions et la pratique en région. Ils peuvent vivre le quotidien des cliniques en région », explique la Dre Desjardins.
En 2025, 25 étudiants ont bénéficié de ce programme et cinq sont venues sur la Côte-Nord. Depuis 2017, année de la mise en place de cette initiative, sept étudiants qui ont participé au programme pour la Côte-Nord sont toujours dans la région.
« Ce qu’on souhaite c’est que ces étudiants aiment ça et veulent s’installer là par la suite », dit-elle.
Effets négatifs
Les difficultés d’avoir accès à des soins buccodentaires peuvent avoir des conséquences sur la santé, rappelle la Dre Marie-Claude Desjardins.
« S’il n’y a pas de prévention qui est faite au niveau de la bouche, il peut arriver des problèmes graves aux patients. Une carie qui n’est pas traitée peut devenir une infection ou un abcès [ce qui peut entraîner] un traitement de canal ou un retrait de la dent », dit-elle.
Les manques au niveau de la santé buccodentaire ont des contrecoups sur le système hospitalier québécois. Dans les hôpitaux du Québec, il y a environ 12 000 visites annuellement qui sont reliées aux problèmes dentaires.
« Des fois, les gens, par manque d’accès à une clinique dentaire, se retrouvent dans les hôpitaux », affirme la présidente de l’ACDQ.
Le manque de dentistes et d’hygiénistes dentaires dans les régions éloignées a aussi des conséquences sur les cliniques elles-mêmes. Les équipes de ces dernières ont beaucoup de pression et elles sont débordées.
« Les dentistes sont des gens qui aiment s’occuper de la population et de leur monde. Ils détestent refuser des gens et quand ils le font c’est qu’ils sont à pleine capacité », dit Dre Marie-Claude Desjardins.
Des causes multifactorielles
Le fait que la demande pour des soins buccodentaires soit plus élevée que l’offre sur la Côte-Nord est causé par plusieurs facteurs, selon le Dr Francis Côté, dentiste à Sept-Îles depuis 2008.
Tout d’abord, il identifie le fait qu’il y a moins de cliniques dentaires dans la région, ce qui peut avoir accentué la pression sur celles qui restent. Il donne en exemple la municipalité de Havre-Saint-Pierre qui a perdu sa seule clinique dentaire. Cette clientèle s’est alors tournée vers Sept-Îles pour des soins buccodentaires.
Le Dr Côté indique que la population est peut-être plus sensibilisée sur l’importance d’avoir un suivi auprès d’un dentiste, pour s’assurer de santé au niveau de la bouche.
Le Régime canadien de soins dentaires qui a été mis en place en 2024 pourrait aussi avoir contribué à augmenter la demande.
« Je crois aussi qu’avec le nouveau programme gouvernemental, il y a des gens qui n’avaient pas les moyens financiers avant, qui peuvent maintenant avoir accès à des soins. Cela s’ajoute à la demande », dit le Dr Côté.
Du côté du Centre dentaire et d’implantologie Francis Côté, bien qu’au niveau du personnel, la plupart des postes soient pourvus, il ne prend pas de nouveaux clients. Comme l’explique le Dr Côté, il faut qu’il soit en mesure d’offrir des services de qualité à la clientèle qu’il a déjà et en en acceptant de nouveaux clients, il risque de compromettre cela.
« C’est sur que c’est triste, mais si on décide d’en accepter, cela va au détriment du suivi de la clientèle que j’ai déjà », indique le dentiste.
Toutefois, la clinique a récemment commencé à offrir un service de dépannage.
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