La météo de Québec ramène un couple à Baie-Comeau
Ginette Lapointe et Jacques Bérubé, tous deux âgés de 76 ans, ont vécu à Québec pendant 40 ans avant de revenir dans leur ville natale. Photo Charlotte Paquet
Quand la retraite sonne, bien des gens quittent la Côte-Nord. Même s’ils sont plutôt rarissimes, d’autres font le chemin inverse. C’est le cas de Jacques Bérubé et Ginette Lapointe qui, à 74 ans, ont quitté Québec, son humidité étouffante, son trafic et ses cônes orange pour retrouver leur ville natale en 2023 et, du coup, leur famille et une qualité de vie améliorée.
Les jeunes comme les aînés sont nombreux à déménager. Les aînés font le saut pour différentes raisons, souvent pour se rapprocher de leurs enfants installés ailleurs, des soins de santé spécialisés ou encore d’un logement plus adapté.
Or, le couple Bérubé-Lapointe apporte la preuve qu’il est aussi possible de retrouver ses racines baie-comoises à un âge avancé. « On a toujours pensé revenir », mentionne Mme Lapointe. Son époux reconnaît avoir toujours eu la Côte-Nord dans le sang. C’est pourquoi les bonnes comme les mauvaises nouvelles touchant la région les atteignaient droit au cœur.
« L’élément déclencheur, c’est la température », avoue avec fermeté M. Bérubé pour expliquer son retour à Baie-Comeau. Natif de l’ex-ville de Hauterive, lui et sa conjointe ont vécu à Québec pendant 40 ans.
Tandis que des Nord-Côtiers jalousent les gens de Québec pour leur météo jugée enviable, le couple a commencé à pester contre Dame Nature quelques années avant de déménager, et ce, d’autant plus avec les changements climatiques.
« À Québec, il ne peut pas faire beau si ce n’est pas humide. Le ressenti, il est difficile », déplore le « nouveau-ancien » Baie-Comois. Sa femme, qui dit avoir toujours chaud, souffre aussi par temps humide en raison de sa condition asthmatique.
Événement marquant
M. Bérubé se souvient d’un événement marquant dans leur décision de revenir sur la Côte-Nord.
Une certaine journée, raconte-t-il, lui et sa femme avaient décidé d’aller visiter un nouveau pavillon aménagé sur la promenade Samuel-de-Champlain. Or, avec une température de 27-28 degrés Celsius, un ressenti de 34 degrés et un taux d’humidité à 93 %, Mme Lapointe a tout simplement refusé de sortir, préférant la climatisation de sa demeure.
Or, peu de temps après, M. Bérubé lisait dans un journal que Québec venait de vivre le mois de juin le plus chaud de son histoire. « J’ai dit à Ginette : “On décolle”. Elle savait ce que ça voulait dire. On est venus à Baie-Comeau deux, trois fois. On a visité des maisons et on en a acheté une. »
Même en hiver, la météo les agaçait. « C’est une ville de neige, de bouette, d’eau. La température est vraiment quelque chose là-bas. À un moment donné, on en a notre tas », fait remarquer la dame, se souvenant aussi des grosses tempêtes de neige subies pendant leurs dernières années à Québec.
Le couple considère aussi que la luminosité est tellement plus belle à Baie-Comeau et le ciel tellement plus bleu.
Pas si extraordinaire
Selon Mme Lapointe, vivre à Québec et y aller en vacances, c’est deux mondes. « Québec, ce n’est pas si extraordinaire. C’est le fun quand tu t’en vas là en vacances, mais quand on vit là, on n’a pas un budget de vacances. On fait pas tout ce qui se passe à Québec. »
Le couple admet cependant que géographiquement parlant, la Vieille Capitale est très bien située. « Ce qui a de plus aussi, c’est les magasins », ajoute la dame en riant, soulignant que « Québec, c’est à la porte, car c’est cinq heures de route ».
Il n’en demeure pas moins que lorsqu’elle arrive dans la Vieille Capitale en voiture en provenance de la Côte-Nord, son anxiété monte d’un cran. Le trafic et les cônes orange ne lui manquent pas, dit-elle.
Famille et santé
Les deux conjoints ont un fils à Québec, une fille à Baie-Comeau et des petits-enfants dans chaque ville. « Mon garçon qui est à Québec, on ne le voyait pas beaucoup. On se voit plus, en fait, depuis qu’on est ici puisque quand on va à Québec, on ne manque pas d’aller le voir. »
À Baie-Comeau, la dame a retrouvé ses deux sœurs et l’homme, sa mère de 98 ans, sa sœur et ses cinq frères.
Quant aux soins de santé en région, raison invoquée parfois par certains pour quitter la Côte-Nord, le couple n’a que de bons mots pour les services reçus jusqu’à présent.
« Les gens qui pensent qu’à Québec, ça va vite, c’est pas vrai. Et on arrive ici et Jacques a vu un rhumatologue dans le temps de le dire, il a vu un dermatologue dans le temps de le dire », fait remarquer Ginette Lapointe.
Les deux époux ont cependant gardé leur médecin de famille à Québec en apprenant qu’une attente de cinq ans pourrait être nécessaire avant d’en trouver un à Baie-Comeau. Ils continuent aussi d’être suivis par leur dentiste et leur chiropraticien à Québec.
Difficiles à dénombrer
Bien qu’il soit difficile de les dénombrer, les anciens Nord-Côtiers qui reviennent dans leur ville natale demeurent tout de même une réalité. À la FADOQ Côte-Nord, la présidente France Caron affirme connaître beaucoup de personnes qui ont fait le choix de se réinstaller là où ils ont grandi, mais elle n’a aucune donnée pour soutenir son propos.
De façon plus personnelle, elle raconte cependant que jusqu’à présent, tous les gens qui ont visité sa maison mise en vente provenaient de l’extérieur. Ce sont, dit-elle, des gens de Montréal et des alentours “ qui veulent s’en venir prendre leur retraite sur la Côte-Nord ”.
Aucun visiteur n’avait ses origines en région. Même que deux couples n’avaient jamais mis les pieds sur la Côte-Nord.
De plus en plus
Pour en revenir aux anciens Nord-Côtiers qui reviennent dans leur terre natale, Ginette Lapointe, qui est déménagée à Baie-Comeau depuis deux ans avec son mari, Jacques Bérubé, affirme en avoir croisé et avoir entendu des histoires de retour par personnes interposées. “ Du monde qui revient, je pense qu’il va y en avoir de plus en plus. Y’en a beaucoup qui partent, c’est ça qui est plate. ”
Mme Lapointe et M. Bérubé ne nient pas que leur décision surprend des gens, mais en même temps attise leur curiosité. “ Y’en a même qui disent : “On pensait retourner à Québec, mais on hésite”. Dans ce temps-là, nous, on ne se gêne pas. On leur dit : “Vous êtes bien mieux ici. Pensez-y deux fois” ”, conclut la volubile dame en s’esclaffant.
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Je suis native de Québec et j’ai habité Baie-Comeau 4 ans. Les hivers sont généralement plus doux à Baie-Comeau même s’ils sont plus long et plus neigeux. Et en effet, la climatisation est rarement nécessaire.
Ce que je les comprends. Cela fait 13ans que nous avons déménagé dans la région de Québec et je retournerais volontiers dans ma ville natale, Sept-Iles