La cour d’école
Le maire Denis Miousse, lors de la séance publique du conseil municipal de Sept-Îles, lundi soir. Photo Emy-Jane Déry
Le soleil plombe dans la cour de récré, annonciateur de l’été chaud qui s’amène. Les classes sont presque terminées. Tout le monde rentrera bientôt à la maison pour cette longue pause. Les enfants jouent. Les professeurs surveillent aléatoirement la scène en échangeant entre eux sur leur prochaine destination vacances. PISSSOUUUUUUUUUUUU s’époumone un enfant en pointant le petit Denis qui est déjà parterre.
Les autres jeunes attroupés autour de Denis rient fort. Leur rire gras et sincère résonne.
Bien qu’au sol, Denis garde la tête haute. Il tient son point face à son adversaire, qui est en fait un enfant, comme lui.
« Non. Je l’aime mon chandail. Il est beau », lance-t-il, en regardant droit dans les yeux celui qui vient de le plaquer au sol, sous prétexte que son linge n’était pas à son goût.
Et c’est reparti. Sa ténacité lui vaut encore plus de moqueries.
« Ah tu l’aimes ton chandail hein », lui réplique le même enfant, avec un ton sarcastique qui lui vaut des applaudissements des autres. « Il ne faut vraiment pas être fier », ajoute-t-il en lançant un petit sourire en coin à son public.
Repérant la faiblesse, d’autres enfants en profitent pour en rajouter, dans l’espoir d’obtenir eux aussi la gloire de déclencher un rire fort et l’appréciation de leurs confrères.
« Tu me donnes le goût de changer d’école tellement t’es pas bon », laisse aller à son tour une petite fille sortie de nulle part.
Denis regarde autour de lui. Il recherche le support de ses quelques amis qui se tiennent un peu à l’écart en assistant horrifiés à la scène. Ils sont figés. Ils n’osent pas dire un mot, de peur de se retrouver au sol à leur tour.
« Bien… peut-être que c’est vrai Denis, qu’il n’est pas beau ton chandail au fond… », dit l’une de ses amis.
Les acclamations encore plus fortes des autres, satisfaits d’avoir même recruté une alliée dans le camp adverse, retentissent en moins de deux.
Les joues de l’amie de Denis rougissent devant tant d’attention.
Cette trahison à l’effet d’un coup de poignard sur le cœur du petit Denis, qui ne l’a pas vu venir. Il est comme engourdi. Il assiste à la scène et n’entend plus trop ce qui se passe. Il attend que ça passe.
C’est tout.
Lundi soir c’est là que j’avais l’impression d’être. Pas dans une salle de conseil municipal, mais dans une cour d’école primaire. On dit parfois que les enfants peuvent être cruels, mais je vous confirme que les adultes aussi.
Je ne vais pas ici débattre de l’enjeu, soit l’emplacement du potentiel nouvel hôtel de ville. Cet enjeu est absolument légitime et pertinent. Bravo à la colonie sportive, particulièrement aux amateurs de tennis qui se sont mobilisés pour faire valoir leur désaccord et tenter de conserver leurs acquis.
Or, hier soir, le cœur m’a serré à plusieurs reprises. Si j’avais été dans cette cour d’école, je me serais jeté devant Denis pour le protéger de ces rires gras et de ces insultes gratuites dont il a été la cible lundi soir.
« Pissou ».
Je l’ai entendu de la bouche d’un adulte dans cette salle du conseil lundi soir, elle ne provient pas seulement de mon imagination pour raconter cette histoire. J’en ai entendu d’autres aussi, qui ne valent pas la peine d’être réécrites ici, croyez-moi.
Jeudi, Denis Miousse tiendra sa dernière séance publique du conseil municipal. On entamera ensuite une longue pause pour faire place à l’élection municipale. Qu’on soit d’accord ou non avec ses décisions et celles de son conseil, cet homme est sans malice et oui, il « a un cœur », pour répondre à l’une de ses détractrices de la soirée, qui lui a sérieusement posé la question au micro, avec une intensité tout droit sortie du soap Les Feux de l’Amour.
Il pourrait être en train de profiter d’une retraite tranquille, mais il a choisi de s’impliquer pour le bien collectif. C’est sûr qu’avec le salaire de maire de Sept-Îles qui dépasse les 100 000 $, je ne ferai pas pleurer personne avec cet argument.
Sauf que, avant de prendre le relai d’un maire démissionnaire il y a deux ans, Denis Miousse avait à son actif 17 années d’implication comme conseiller municipal. Ça, c’est pas mal moins payant. Je vous jure que les soupers spaghettis, ce n’est pas rémunéré à l’heure. Il me semble que ça vaut au minimum le respect tout ça, respect qui était le grand absent de la soirée d’hier.
Et non, pas la peine d’écrire à mon boss pour lui dire que je suis une vendue. Je ne le connais pas personnellement Denis Miousse, ni d’ailleurs aucun autre membre du conseil. Mais de toute manière, ça ne changerait pas grand-chose à ce que j’essaie de dire.
Certes, à travers toutes ces années il n’a pas fait que des choses qui lui valent des applaudissements, mais à ce que je sache, il a fait pas mal plus que bien du monde à Sept-Îles pour sa communauté.
Les organismes n’ont plus personne pour bénévoler. Des entreprises ferment parce qu’elles n’ont pas d’employés. Mais quand quelqu’un essaye de faire quelque chose, notre réflexe c’est de le démolir sur la place publique, dès qu’on est pas d’accord avec lui ?
Vraiment ?
Je vous dirais qu’en matière de recrutement de personnel, d’après moi, Sept-Îles n’a pas convaincu grand monde de s’impliquer hier soir. Pour être bien clair, je le redis, bravo pour la mobilisation. Mais franchement, à tout ceux qui en on profité pour agir comme des enfants dans une cour d’école sans surveillance, honte à vous. J’espère que vous prendrez, vous aussi, un pas de recul.
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Il est préoccupant de constater la multiplication d’attaques dirigées contre le maire Denis Miousse mais aucunement surprenant pour la Sept-Ilienne native que je suis et qui a quitté pour cette même raison. Derrière les critiques parfois légitimes, on observe aussi un dérapage inquiétant vers l’attaque personnelle et le manque de respect. Un maire, qu’on l’apprécie ou non, demeure avant tout un être humain et un citoyen investi d’une lourde responsabilité : représenter sa communauté et prendre des décisions souvent complexes, qui ne peuvent jamais satisfaire tout le monde.
Exprimer son désaccord est le fondement de toute démocratie. Mais transformer ce désaccord en attaques personnelles, en insultes ou en dénigrement systématique ne contribue en rien à l’amélioration de la vie collective. Cela mine le climat social et détourne l’énergie qui devrait être consacrée à trouver des solutions.
Denis Miousse mérite, comme tout élu, que les éternels insatisfaits dépourvus de toute régulation émotionnelle l’adressent avec respect, intelligence et sens des responsabilités. C’est probablement trop leur demander, vu le niveau de classe et de retenue dont ils ont fait preuve. On est loin de l’objectif au lendemain de cette séance du Conseil de ville chaotique, digne d’être diffusée sur Infoman.
Très beau texte et touchant. Je vous avoue que lundi soir , j’ai été émotif par moment. Pourquoi dénigrer cette homme sans aucun malice qui a donné une grande partie de sa vie aux citoyens. Comme vous madame Emy-Jane Déry , j’avais l’impression d’entendre des enfants dans une cour d’école, où étaient les adultes. A chaque applaudissements et rires , je me disais cessez votre méchanceté. Le débat était sain pour l’emplacement de l’hôtel de ville, chacun a droit à son opinion. Plus le temps passait plus les gens devenaient irrespectueux par les rires, les applaudissements ou encore par des ouï-dire ou des mots. Maudit que cela m’enlève le goût de m’impliquer davantage dans ma municipalité. J’ai toujours été convaincu qui est plus facile d’être négatif car cela ne demande aucun effort. Lundi soir, on m’a prouvé que mon raisonnement était bien fondé. Câline, un peu d’effort pour demeurer respectueux et surtout positif. Notre ville s’améliore de mois en mois au niveau sportif, culturel et infrastructures. Faites le tour de votre ville vous verrez que bien des choses on changé positivement. S.V.P jeudi soir soyez respectueux même si la décision du conseil de ville diffère de votre choix. Il me… Lire la suite »