Si un jeune défavorisé vit dans une région éloignée comme la Côte-Nord, ses chances d’aller au cégep ou à l’université sont beaucoup plus minces que s’il restait dans une grande ville.
Les jeunes de la Côte-Nord et d’autres régions rurales du Québec accèdent nettement moins aux études postsecondaires que ceux des milieux urbains, particulièrement lorsqu’ils proviennent de familles défavorisées.
C’est l’un des constats majeurs du Bulletin de l’égalité des chances en éducation, publié à la fin août par l’Observatoire québécois des inégalités.
Selon l’étude de plus de 200 pages, seulement 14 % des jeunes hommes et 31 % des jeunes femmes issus de familles défavorisées de la Côte-Nord poursuivent des études collégiales. À titre comparatif, dans les régions urbaines comme Montréal ou Laval, ces proportions atteignent 46 % pour les garçons et 67 % pour les filles.
« Donc, pour les jeunes hommes défavorisés, si on est en milieu urbain, on a deux fois plus de chances que les jeunes hommes défavorisés d’accéder au collégial quand ils sont en milieu rural. C’est vraiment une grosse différence », souligne le professeur et coauteur du bulletin, Xavier St-Denis.
Des inégalités marquées
Le bulletin met en lumière trois facteurs qui contribuent à ces écarts. D’abord, la dimension financière : déménager pour étudier dans une grande ville entraîne des coûts importants, souvent laborieux à assumer pour des familles déjà en difficulté.
Ensuite, l’offre limitée de programmes collégiaux et universitaires en région pousse les jeunes à privilégier des formations techniques ou professionnelles liées au marché local.
De plus, l’absence de parents ayant fait des études postsecondaires réduit le soutien et l’accompagnement nécessaires pour franchir cette étape.
« Un parent qui a un diplôme universitaire est probablement déjà passé par cette étape où il a dû déménager pour étudier à l’extérieur, explique le chercheur. Il est plus familier avec cette étape du parcours de vie du jeune et il peut plus le guider dans le processus, ce qui va beaucoup aider. »

La Côte-Nord parmi les plus touchées
En regroupant les données de la Côte-Nord et du Nord-du-Québec, les chercheurs constatent que ces régions se situent parmi les six plus faibles du Québec pour l’accès aux études collégiales, avec un taux global sous la barre des 40 %. À titre comparatif, la moyenne provinciale se situe entre 83 et 85 % pour les jeunes de familles favorisées.
La situation s’explique aussi en amont : le taux de diplomation secondaire dans la région est de 74 %, alors qu’il atteint 82 % pour l’ensemble du Québec et 83 % à Montréal.
« Ce qui se passe très tôt dans les parcours des jeunes a un impact plus tard dans leur vie. C’est un bon exemple », rappelle M. St-Denis.
L’étude soutient que les écarts d’accès aux études supérieures trouvent souvent leur origine bien avant le cégep.
La fréquentation de la maternelle est pourtant répandue dans la région, mais l’accès aux services de garde éducatifs reste inégal. La Côte-Nord affiche un déficit de places en CPE par rapport à la moyenne québécoise.
Un autre facteur relevé par le bulletin concerne l’offre scolaire au secondaire. Contrairement à la grande région de Montréal, où on retrouve une large offre, la Côte-Nord dispose d’une seule école privée, soit l’Institut d’enseignement de Sept-Îles (IESI).
Cette situation entraîne une expérience plus uniforme dans les écoles publiques régionales, où les élèves issus de milieux favorisés et défavorisés se côtoient davantage.
Selon les auteurs, cela pourrait limiter certains types d’inégalités scolaires, mais elle réduit aussi le choix pour les familles qui souhaitent orienter leurs enfants vers des parcours différents.
Des pistes de solutions
Le bulletin propose certaines avenues pour réduire les inégalités : améliorer le soutien financier aux étudiants, diversifier l’offre de programmes dans les antennes régionales des universités et cégeps, ou encore élargir la formation à distance.
Toutefois, le chercheur souligne que l’enjeu dépasse l’éducation puisque le marché du travail influence aussi le choix des étudiants.
« Un jeune qui veut rester dans sa région, peut-être que son projet d’études, ça va être plus un projet de DEP ou de DEC pour aller acquérir une formation pour laquelle il y a de la demande locale. On voit que sur la Côte-Nord, la formation professionnelle est assez populaire. Il y a quand même un lien avec les choix que prennent les jeunes. »
Le Bulletin de l’égalité des chances en éducation est conçu pour servir d’outil aux décideurs, aux établissements scolaires et aux organismes régionaux. Pour la première fois, il présente des données détaillées par région, ce qui permet de mieux cibler les besoins locaux.
Les résultats seront présentés lors d’un webinaire le 25 septembre, réunissant des intervenants de différentes régions du Québec.
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