Dans son premier roman intitulé Épinette, Isabelle Lapointe, native de Baie-Comeau, décrit la réalité d’une enfance passée sur la Côte-Nord, dans une langue davantage parlée que poétique.
« Pour moi, c’est une posture artistique. J’ai envie encore de travailler la langue populaire, celle qu’on entend, celle qui nous habite. Je trouve que ça rend le roman encore plus humain. J’aime ça qu’on entende vraiment les gens », affirme l’autrice dont le premier roman sera publié le 17 septembre.
En plus du langage vif et coloré des personnages, tout est inspiré de la Côte-Nord. Isabelle Lapointe précise toutefois qu’elle ne raconte pas sa vie, elle qui est née à Baie-Comeau, mais qui a aussi un lien d’attachement avec d’autres villages de la Manicouagan.
« L’affaire c’est que moi, il y avait beaucoup de gens qui passaient à la maison. Ma mère avait beaucoup d’amis qui venaient la visiter, donc ça me faisait entendre une panoplie de choses. Mais évidemment, la mémoire me joue des tours, la mémoire transforme les événements. Ce qui en reste, ce sont des souvenirs rebrassés, puis j’ai tissé une nouvelle trame avec tout ça », fait-elle savoir, en entrevue avec Le Manic.
Le roman n’a pas été écrit avec l’idée d’aborder de grands thèmes spécifiques. L’écrivaine voulait surtout apporter une forme de réflexion « sur la croissance des enfants et sur le fait de garder nos yeux d’enfant pour regarder des événements qui sont moins heureux ».
« Des fois, il y a des personnages qui peuvent nous sembler un peu plus chaotiques, mais les yeux d’enfant, l’attachement qu’on peut avoir, permet de dépasser les étiquettes », affirme celle qui n’a pas d’ailleurs pas indiqué de vrais noms de villes de la Côte-Nord pour cette raison.
La question de la dignité humaine prend une grande place dans le roman et dans le cœur de l’autrice. « Dans toute existence, il y a de la beauté et on mérite tous d’être reconnus. J’avais envie de porter mon regard sur des personnages qu’on ne regarde peut-être pas toujours en profondeur », dit-elle.
Elle cite en exemple son personnage de Luc, qui vit avec des difficultés cognitives. « Il a une utilité dans le village. Il est reconnu par les gens de Saut-aux-Oiseaux et il noue des relations avec des gens dans ce milieu. »
Des éléments nord-côtiers
La photo de la page couverture rappelle également la région. Elle a été captée par Isabelle Lapointe lors d’un de ses passages dans son patelin. C’est une maison qu’elle connaît depuis son enfance puisque sa mère habitait tout près quand elle était jeune.
« C’est une maison qui était symbolique pour moi parce que je la trouvais belle. Elle avait un décor incroyable avec le fleuve en arrière. Elle est bleue sur fond bleu avec les fleurs sauvages, le petit sable en avant. Elle est fragile, mais en même temps elle est là et elle persiste malgré l’érosion des berges qui la menace », témoigne l’artiste.
Cette image reflète bien le message du roman, selon elle. « Même s’il y a le chaos et des difficultés, reste qu’il y a un territoire magnifique, une grande beauté et on grandit dans cette beauté-là, mais tout n’est pas parfait, tout n’est pas durable à l’éternité. »
Le titre de l’ouvrage, lui, réfère à un arbre auquel s’identifie l’autrice. Rugueux, il grandit lui aussi tout en étant chambranlant. « Il est enraciné, mais en surface, alors ça le rend fragile. Il y a quelque chose de cette épinette-là qui ressemble à la narratrice aussi, sur le plan de sa croissance, de sa fragilité », explique-t-elle.
Un premier roman
Autrice-compositrice-interprète, Isabelle Lapointe a œuvré dans le domaine de la musique sous le nom d’Odile Dupont. Elle a aussi baigné dans l’écriture théâtrale, mais c’est la première fois qu’elle publie un roman.
Lauréate du Prix du récit Radio-Canada en 2020, elle a pu réaliser une résidence d’écriture où elle a exploré les différents personnages qu’on retrouve dans son livre. L’envoi de son manuscrit à l’éditeur La Mèche s’est concrétisé quelques années plus tard par la tenue dans ses mains d’un premier ouvrage.
Ce roman, elle viendra le présenter dans sa région natale le 20 septembre à la Librairie A à Z de Baie-Comeau à 16 h.
« Pour moi, c’était important de ne pas rester dans ma bulle loin de chez nous et d’en parler à l’extérieur du lieu qui m’a inspiré. Ça aurait été impensable. J’ai envie de partager ça et j’espère que les gens seront au rendez-vous pour venir en parler avec moi, réagir et discuter », lance celle qui a hâte de recevoir les commentaires des Nord-Côtiers.

Synopsis
À l’aube de ses 8 ans, la famille d’Isabelle déménage pour s’installer dans le village d’origine de son père, qu’on surnomme le p’tit Montréal. En effet, pour les habitants de Baie-des-Cormiers, une ville nord-côtière située à quelques kilomètres à peine, Sault-aux-Oiseaux a la mauvaise réputation
d’un village de « pardus, d’attardés, de pogneux d’cuisses ». C’est dans cet environnement que la narratrice tente de se faire entendre.
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