Prison de Sept-Îles | Le personnel « au bout du rouleau »
Le portrait n'est pas rose à la prison de Sept-Îles avec un manque important d'agents correctionnels. Photo courtoisie
Une récente agression à la prison de Sept-Îles n’a fait que rajouter de l’huile sur le feu démontrant qu’il y a un manque d’effectifs d’agents correctionnels, fait savoir le président national du Syndicat des agents de la paix en services correctionnels du Québec, Mathieu Lavoie.
Il y a une dizaine de jours, un détenu de la prison de Sept-Îles a agressé un agent correctionnel. L’individu a également brisé une vitre. Dix-huit détenus ont alors dû être transférés dans d’autres centres correctionnels ailleurs au Québec.
Une situation qui survient alors que les agents correctionnels tentent de se faire entendre auprès de la direction.
« Le topo, c’est le manque d’effectifs, c’est le côté où l’employeur a recours au temps supplémentaire obligatoire à profusion pour offrir des services aux personnes incarcérées », déplore Mathieu Lavoie.
Il fait un parallèle avec la récente agression « où justement il manquait d’effectifs, où une personne incarcérée s’est désorganisée, a brisé les vitres d’une guérite, a agressé un agent correctionnel. Ça démontre toute la problématique de sécurité en lien avec ce manque d’effectifs là », dit-il.
L’aile dans laquelle est survenue l’agression aurait déjà dû être fermée, selon lui.
Le président national du Syndicat parle d’agents épuisés, au bout du rouleau à l’établissement de détention de Sept-Îles.
Ce portrait se voit dans d’autres établissements au Québec.
Pour le centre de détention de Sept-Îles, Mathieu Lavoie avance qu’il manque près de 30 agents correctionnels pour suffire à la demande.
« Ça a un impact sur l’ensemble du personnel, et actuellement, le gouvernement annonce des coupures. Sept-Îles, dans le fond, réussissait à fonctionner partiellement à l’aide des prêts de services, des agents d’autres établissements, d’autres régions qui venaient chaque semaine aider. Là on apprend que, dans les prochains jours, Service correctionnel va mettre fin à cette pratique-là pour ce qui est des prêts de services à court terme et d’exiger que les agents des autres régions s’engagent pour 30 jours à Sept-Îles, ce qui est un non-sens », soulève-t-il, jugeant que ça mettra la sécurité du personnel en péril.
Aux dires de M. Lavoie, le gouvernement et le ministère de la Sécurité publique doivent faire en sorte d’avoir plus d’effectifs, et « on doit améliorer les conditions de travail ».
Dans le contexte, il déplore que les détenus bénéficient de nouveaux services, « mais le nombre d’agents n’a pas suivi, il a plutôt été en décroissance ».
« Il faut que le gouvernement se remette en question sur les services qui sont offerts aux personnes incarcérées dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre, dans un contexte où on exige du temps supplémentaire obligatoire pour livrer du service. On épuise le personnel et ce que ça fait en sorte c’est qu’il y a des départs volontaires, des gens qui quittent, des gens qui partent en maladie, des gens qui ont des accidents de travail également. Ça a un impact majeur sur le personnel », indique-t-il.
Le président national du Syndicat des agents de la paix en services correctionnels du Québec souligne que le portrait du crime organisé dans la région n’aide en rien la situation à l’intérieur des murs quand des individus de ce milieu sont incarcérés.
« On a une population carcérale plus menaçante, plus intimidante. Les conflits qui se passent à l’extérieur dans les rues de nos villes se passent également à l’intérieur des établissements quand ces personnes là sont arrêtées ».
Il dénote une augmentation de l’intimidation envers le personnel, une augmentation des altercations également, « soit entre les personnes incarcérées qui amènent les agents à intervenir ou encore envers les agents correctionnels par des membres ou des proches de ces groupes criminalisés ».
À propos des moyens de pression mis de l’avant par les agents correctionnels, qui exigent de meilleures conditions. M. Lavoie mentionne que « c’est une réaction spontanée justement de ce que les gens vivent au quotidien dans l’établissement de Sept-Îles », alors qu’il y a une négociation de convention en cours « depuis longtemps ».
« C’est là où l’employeur doit devenir un employeur de choix. On l’entend dire qu’il doit être un employeur de choix, ce qui n’est pas le cas au correctionnel actuellement. Il n’est pas compétitif face aux autres corps d’emploi qui recrutent parmi les nôtres ».
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