Difficile de trouver une place en garderie pour les enfants à besoins particuliers à Sept-Îles

Emilie Caron-Wart 5:00 AM - 9 septembre 2025
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Une maman et son enfant toujours à la recherche d'une place en garderie Photo Emilie Caron-Wart

Plusieurs mamans de Sept-Îles déplorent l’accessibilité aux CPE pour les enfants avec un besoin particulier.

Cette situation a été dénoncée par Jessica Bourgeois dans sa publication sur les réseaux sociaux qui a fait grand bruit.

Elle décrit son parcours pour avoir une place en CPE. Quand c’est enfin à son tour, elle se serait fait dire par l’éducatrice : « Ça ne fonctionnera pas parce qu’il ne fit pas dans sa gang ». Et ce, après seulement une heure. L’éducatrice était informée d’une suspicion de trouble du spectre de l’autisme (TSA) dès leur premier échange, assure la maman.

Mme Bourgeois n’est pas la seule à avoir vécu pareille situation. Le Journal a discuté avec Mireille Plouffe et Mylène Beaudoin, deux mamans qui auraient vécu des événements similaires.

Mireille Plouffe explique que son fils, Raphaël, ne l’a pas eu facile en raison de problèmes de santé et d’une opération au cerveau. Après avoir été dans des garderies en milieu familial, Raphaël obtient une place en CPE. Il pourra bénéficier des services d’une éducatrice spécialisée pour lui et surtout un horaire de cinq jours par semaine.

Pour Mme Plouffe, il est plus intéressant que son fils fréquente un CPE parce qu’il pourra avoir un meilleur encadrement, plus de stimulation et de l’accompagnement.

Tout va bien durant quelques mois, jusqu’à ce que l’éducatrice spécialisée accepte un emploi ailleurs et que son poste ne soit pas remplacé, selon les dires de Mme Plouffe. Plus le temps passe et plus les parents de Raphaël recevraient des appels comme quoi il ne s’endort pas au bon moment ou qu’il pleure et dérange le groupe.

« Dans un délai de huit mois, cinq éducatrices se sont succédé comme responsable de son groupe, en plus de changement de direction dans la même période », avance Mireille Plouffe.

Par la suite, les heures de garde auraient été réduites, puis il aurait finalement été retiré du CPE par la direction.

« Cette histoire-là, je l’ai pleurée, j’ai eu la rage, mais là, c’est en arrière », conclut-elle.

Mylène Beaudoin a vécu elle aussi des difficultés lorsqu’un de ses trois enfants, diagnostiqué avec un TSA, a obtenu une place en garderie.

 « C’est le problème que je constate ici, mais à la minute qu’on dit que notre enfant est différent que ce soit un trouble de langage ou TSA, on se fait répondre qu’ils recherchent ce qui cadre dans la normalité », souligne Mylène Beaudoin.

Elle dit avoir fait des démarches pour tenter d’aider l’éducatrice, comme offrir une éducatrice spécialisée ou une ergothérapeute à travers un programme du Centre l’Émergent et ainsi garder cette place, mais au final, ça n’a pas fonctionné.

« Elle [l’éducatrice] refusait toute aide pour ne pas déstabiliser la routine de son groupe pour, au final, écrire sur son rapport de ma fille qu’elle était impulsive, agressive et qu’on était des parents qui ne coopéraient pas », prétend Mme Beaudoin.

Finalement, elle aurait perdu la place et elle s’est retrouvée à devoir tout recommencer les recherches.

Quand elle a finalement été appelée par la liste 0-5 ans, elle aurait reçu plus de dix refus lorsqu’elle expliquait la situation particulière de sa fille.

Le parcours s’est terminé plus en douceur grâce au projet de la Halte-garderie au Cégep de Sept-Îles, qui a pu prendre soin de la fille de Mme Beaudoin jusqu’à ce qu’elle puisse rentrer dans le système scolaire.

Pénuries

Plusieurs problématiques déjà connues sont soulevées par ces témoignages, comme le manque de places en garderie ainsi que la pénurie de main-d’œuvre spécialisée ou non dans la région, qui rendent difficile l’accès à une place en garderie aux enfants avec des besoins particuliers.

Cette difficulté pour le placement des enfants ayant besoin d’un soutien particulier est documentée. Selon un rapport du Vérificateur général du Québec datant de 2019, le taux de placement en services de garde éducatifs à l’enfance était de 73 % si les parents avaient indiqué que leur enfant avait besoin de soutien particulier, comparativement à 83 % chez les enfants sans besoin de soutien particulier.

En plus de ces problématiques, le manque de subventions adéquates accordées aux établissements par le gouvernement comme AIEH (l’allocation pour l’intégration d’un enfant handicapé) s’ajoute.

« Selon l’enquête provinciale sur les pratiques inclusives en milieu de garde en 2022, 43 % des gestionnaires considéraient que les montants reçus par le gouvernement étaient insuffisants pour soutenir les besoins des tout-petits, quasiment la moitié. 20 % des gestionnaires avaient réduit le temps de fréquentation des enfants concernés par manque de ressources humaines », indique Marjorie Peyric, coordonnatrice aux communications et aux projets spéciaux au mouvement Ma place au travail.

« Ce qu’on entend souvent, c’est vraiment dans le cas des milieux familiaux, c’est que l’éducatrice va refuser un enfant qui a des besoins particuliers, parce que la raison officielle va être qu’elle n’a pas les ressources, les connaissances, les aptitudes et n’est pas apte à accueillir cet enfant-là. Évidemment, il y en a qui sont pleines de bonne volonté. Il y en a qui peuvent refuser simplement parce que c’est beaucoup de travail », conclut Mme Peyric.

Le ministère de la Famille précise qu’il existe différents programmes, afin d’appuyer les services de garde dans l’accueil des enfants ayant des besoins de soutien particuliers. 

« Ces mesures portent fruit et ont permis d’intégrer beaucoup plus d’enfants au cours des dernières années : 15 938 en 2023-2024 vs 10 867 en 2018-2019, soit une augmentation de près de 50 %. Au total, 253,1 millions de $ ont été consacrés en 2023-2024 à l’intégration des enfants ayant des besoins de soutien particuliers », rapporte Pascal Doyon, conseiller aux communications et affaires publiques du ministère de la Famille, par courriel.

Contacté par le Journal dans le cadre de ce dossier, les CPE de Sept-Îles ont refusé d’accorder une entrevue, ou n’ont pas donné suite à nos demandes. Le Regroupement des CPE de la Côte-Nord n’a pas non plus souhaité commenter.

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