Le système n’a pas su protéger la fillette de Granby, conclut la coroner

Par Pierre Saint-Arnaud, La Presse Canadienne 10:24 AM - 3 septembre 2025
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Dans son rapport de 26 pages présenté mercredi matin, la coroner souligne que des «signes avant-coureurs laissaient présager cette tragédie». Photo prise à Granby le jeudi 9 mai 2019. LA PRESSE CANADIENNE/Ryan Remiorz

La coroner Géhane Kamel conclut son rapport sur le décès de la fillette de Granby, morte asphyxiée après avoir été enveloppée de ruban adhésif par sa belle-mère, par une touchante lettre à l’enfant. Elle écrit notamment que «ton nom (…) résonne comme un appel à ne plus jamais détourner le regard, à ouvrir nos bras et nos cœurs aux enfants qui crient en silence. Tu es devenue le visage de tant d’autres. Et, chaque fois que nous parlerons de justice, de protection, d’amour pour les plus petits, ce sera aussi pour toi.» 

Me Kamel avertit d’emblée que «bien que des passages de l’analyse de mon rapport puissent être difficiles à lire, il est de mon devoir de donner une voix à cette enfant. Je tiens tout de même à prévenir que des extraits de ce rapport sont insoutenables.»

Parmi ses conclusions, elle estime que les mécanismes de protection en place au Québec «n’ont pas permis d’assurer une réponse suffisamment concertée» pour éviter le décès tragique de la fillette de Granby, conclut la coroner Géhane Kamel.

Dans son rapport de 26 pages présenté mercredi matin, la coroner souligne que des «signes avant-coureurs laissaient présager cette tragédie» et affirme que la fillette de Granby «aurait dû être entendue».

Elle se dit que «convaincue que personne n’a agi de mauvaise foi» dans le système, mais constate que «chacun œuvrait dans son propre silo, oubliant malheureusement l’essentiel».

La coroner formule 12 recommandations, en plus d’appuyer celles de la Commission d’enquête sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse, présidée par Régine Laurent.

Elle estime notamment que la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) devrait disposer de leviers pour maintenir une communication avec tous acteurs clés entourant les enfants avec qui elle travaille.

La coroner ne blâme pas le travail de la DPJ dans le dossier de la fillette de Granby, jugeant qu’elle ne peut «être seule à porter la responsabilité du bien-être des enfants ni à être blâmée lorsque survient un échec».

Cependant, elle précise que «le plus alarmant, c’est qu’en 2024, 650 dossiers étaient en attente d’évaluation à la DPJ de l’Estrie, des chiffres comparables à ceux de 2019, qui avoisinaient les 785 dossiers, au moment des évènements tragiques.»

«Le nombre croissant de signalements, combiné au roulement important de personnel, nuit à la stabilité des enfants pris en charge. Dans le cas de (la fillette de Granby) rappelons qu’elle souffrait d’un trouble de l’attachement et qu’une succession d’intervenants s’est relayée au fil de sa vie. Pour remédier à cette situation, la commission Laurent avait recommandé d’ajuster la charge de travail en fonction des besoins réels des enfants et des familles, d’augmenter le nombre d’intervenants et de les décharger de certaines tâches administratives. Ce besoin demeure tout aussi criant en 2025.»

«Il est urgent d’ajuster les pratiques si l’on souhaite que la DPJ soit un réel filet de sécurité.»

Le père de l’enfant a été condamné à quatre ans de pénitencier en janvier 2022 après avoir plaidé coupable à une accusation réduite de séquestration.

Sa conjointe a été reconnue coupable du meurtre non prémédité de l’enfant et de séquestration et condamnée à la prison à perpétuité sans possibilité de libération conditionnelle avant 13 ans.

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