Par Charlotte, votre humble et intrépide chroniqueuse exploratrice.
Mes très chers lecteurs,
Il faut croire que le chiffre sept a de la gueule. Sept merveilles du monde. Sept péchés capitaux. Sept jours dans une semaine et, chez nous, sept îles juste devant la ville de Sept-Îles. Pas huit. Pas six. Sept. Et ça, ça claque!
Et si certains d’entre vous lèvent les yeux au ciel en se disant « encore une chronique d’une Française qui compare tout à l’Europe », je vous réponds : exaaactement. Mais attendez avant de râler, car cette fois, la comparaison est plutôt flatteuse pour notre chère Côte-Nord. Et puis je vous rassure, c’est, à mon plus grand désespoir, bientôt la fin !
Eh oui. Il existe aussi un archipel des Sept-Îles en France, niché dans les Côtes-d’Armor, là où la pluie tombe à l’horizontale et les mouettes ont l’accent breton. Et croyez-le ou non, nos deux Sept-Îles se ressemblent plus que vous ne l’imaginez, sauf que la nôtre, disons-le franchement, sent moins le beurre salé et plus l’épinette noire.
Des îles qui volent la vedette aux oiseaux
En Bretagne comme ici, ce sont les oiseaux qui tiennent le haut du pavé (ou plutôt du rocher). Macareux moines, fous de Bassan, cormorans, mouettes tridactyles… Une cacophonie céleste qui ravirait même les oreilles d’un ornithologue en plein délire. Chez nous, c’est surtout sur l’île Corossol qu’ils font leur grande parade nuptiale, mais d’autres îles comme Grosse Boule ou Petite Boule servent aussi de nids douillets pour volatiles exigeants.
Là-bas, en France, l’île Rouzic abrite la seule colonie de fous de Bassan du pays. Chez nous, c’est toute la baie qui leur dit bienvenue. Et puis entre nous, fou de Bassan, c’est quand même un titre qui a plus de panache qu’un vulgaire pigeon parisien.
Un sanctuaire… mais version Côte-Nord
Ce qui distingue notre archipel nord-côtier, c’est qu’on peut y mettre les pieds, littéralement. L’île Grande Basque accueille randonneurs, campeurs rustiques, pique-niqueurs et amoureux de l’histoire basque. Oui, oui, les pêcheurs basques du XVIe siècle sont venus frayer ici. Pas dans les bistros du Vieux-Québec, mais bien ici, dans notre baie bordée de montagnes et de mystère.
C’est que l’histoire ici se murmure à travers les vagues et les fougères. Les Innus, présents bien avant les Européens, connaissaient ces îles comme leur poche. D’ailleurs, l’île Manowin, dont le nom serait une déformation d’un mot innu, nous rappelle qu’avant les macareux et les croisiéristes, il y avait des savoirs bien plus anciens à l’œuvre.
Une ville face à ses îles
Sept-Îles, ce n’est pas juste une ville avec un nom compte triple au Scrabble. C’est une baie unique, protégée par ces sept sentinelles maritimes. Et si vous aimez pagayer, naviguer, respirer l’air salin ou simplement jouer à l’explorateur, sachez qu’ici, on ne fait pas que regarder les îles : on les vit. Excursions en mer, kayak de mer, observation de baleines, contes de naufrages et soupçons de corsaires sont au menu.
Pendant que la Bretagne interdit (presque) tout : pas de débarquement libre, pas de camping, pas de kayak non encadré. Ici, on vous ouvre la baie. Bon, avec respect pour la nature, bien sûr. Pas question de transformer Grande Basque en Ibiza-sur-Saint-Laurent.
Sept… ou plus ? Ironie nordique : il y a plus de sept îles dans la baie. Mais on a gardé le chiffre mythique, parce que franchement, “Douze-Îles” aurait fait un nom de céréale. Et comme les Bretons exagèrent eux aussi (leurs Sept-Îles n’en comptent que cinq, les coquins), disons qu’on est quittes.
Alors, Bretagne ou Côte-Nord ?
Certains diront que la Bretagne a l’ancienneté, la renommée, le cidre brut et les crêpes au sarrasin. D’accord. Mais nous, on a les aurores boréales, les baleines, le feu de camp sur la plage et ce petit frisson que seuls les territoires semi-sauvages procurent. Et puis, sérieusement, entre une mer d’huile à Sept-Îles et les vagues furibondes de la Manche, on choisit vite.
Et si vous êtes tannés de la Norvège comme moi (oui, je l’ai trop citée, je sais), eh bien… vous comprendrez que je n’y peux rien si nos petits bouts de pays nordiques se ressemblent autant, telles deux jumelles téméraires voguant égoïstement entre fjords et falaises.
En conclusion : sept raisons (au moins) d’y aller
Pour l’histoire, pour les paysages, pour les oiseaux, pour la culture innue, pour le camping en pleine nature, pour les excursions en mer, et, ne nous mentons pas, pour vous vanter sur Instagram que vous avez vraiment vu Sept-Îles.
Alors, chère lectrice, cher lecteur : la prochaine fois qu’un guide touristique vous vante la Bretagne, glissez-lui un petit « oui mais… as-tu vu la version nord-côtière ? ». Et regardez son visage se décomposer comme un vieux macareux surpris par la marée.
Votre dévouée Charlotte, émissaire bretonne infiltrée au royaume de la Côte-Nord, poétesse des falaises et sculptrice des failles géologiques.

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Très beau!!! Ce sont des souvenirs pour moi,je suis né à Sept-Îles.Sur les îles j’y ai campé sur la grosse boule,j’y ai pêché,plongé entre la manowin et la corossol.J’ai quitté il y a plus de cinquante ans.De très beaux souvenirs.