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Harrington Harbour vs Værøy : Un duel nordique entre planches glissantes et symphonie salée

Par Charlotte Vuillemin 10:30 AM - 3 août 2025
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Harrington Harbour, Côte-Nord, Québec - Photo Sébastien St-Jean

Par Charlotte, votre humble et intrépide chroniqueuse exploratrice.

Mes très chers lecteurs,

Ah la Basse-Côte-Nord ! Ô royaume des secrets bien gardés. Et parmi tes joyaux, Harrington Harbour scintille comme une perle posée sur le flanc rocailleux du Saint-Laurent. Un village où les trottoirs ne sont pas un détail municipal mais une institution, en bois, s’il vous plaît. Le genre d’endroit où les talons hauts sont remplacés par des bottes de pêche et où les potins filent plus vite qu’un quad (enfin, un quat’roues, mes excuses) sur les passerelles.

Imaginez maintenant, à des milliers de kilomètres, une autre île battue par les vents : Værøy, en Norvège. C’est que le hasard géographique a de l’humour : deux villages, deux continents, même obsession pour les produits marins et les embruns salés.

Si vous commencez à penser que je suis commanditée par le ministère du Tourisme norvégien, et si vous êtes, comme moi, un brin lassés de toujours comparer notre somptueuse Côte-Nord avec la Norvège, sachez que ce n’est pas ma faute : ce sont nos deux bouts de terre qui, telles deux sœurs séparées à la naissance, voguent effrontément aux confins de leurs continents, en se lançant des clins d’œil à travers l’Atlantique.

Entrée en scène : Harrington Harbour.

250 âmes (et au moins autant de crustacés), un accès si sélectif qu’il ferait rougir le plus chic des clubs privés : on y arrive en avion ou à bord du Bella Desgagnés, ce navire quasi-légendaire qui serpente entre les villages de la Basse-Côte-Nord comme une veine maritime. Ici, les voitures sont persona non grata. On se déplace à pied, en VTT ou en vélo, sur un réseau de trottoirs de bois qui ferait l’envie d’un décorateur de film (et qui, soit dit en passant, a été le décor d’un film : La grande séduction). Rien qu’ça!

Et séduction, il y a. Des maisons colorées accrochées aux rochers, une communauté tissée plus serrée qu’un pull de laine islandaise, et un accent anglais venu tout droit des îles anglo-normandes, avec un soupçon de marée haute dans la prononciation. Ici, on pêche le crâââbe des neiges et le homard avec passion, et ce n’est pas pour Instagram, c’est pour vivre, nourrir et se raconter les marées.

Côté Norvège, Værøy joue la carte dramatique. Montagnes abruptes, falaises à vous faire avaler votre dentier, mer turquoise (oui oui, en Norvège), et une lumière polaire qui rend tout plus mystique. On y parle norvégien, bien sûr, mais la langue principale, c’est celle du cabillaud : stockfish séché au vent, comme le veut la tradition viking. Un parfum… intense, qui n’est pas sans rappeler un vestiaire de hockey oublié au soleil, mais on vous assure : le goût y est exquis (paraît-il).

Sur Værøy, pas de grande circulation automobile non plus. Le cœur du village préfère la discrétion motorisée. On y accède en traversier, hélicoptère ou petit avion, un peu comme à Harrington, sauf que les moustiques sont norvégiens (et donc probablement plus polis).

Alors, qui l’emporte dans ce duel des extrêmes?

Côté isolement, égalité parfaite. Ces deux perles nordiques sont des retraites idéales pour ceux qui fuient les klaxons, les files d’attente et la vie trop connectée. Ici, le réseau cellulaire est timide, mais les nouvelles vont vite. Très vite.

En matière de mobilité, Harrington a ce je-ne-sais-quoi en plus avec ses trottoirs en bois. Un village piéton de bout en bout, c’est rare, c’est chic, et c’est carrément romantique. Værøy n’est pas en reste, mais avouez qu’un trottoir scandinave a un peu moins d’panache.

Sur le plan gustatif, c’est affaire de goûts : crabe et homard versus cabillaud séché. Disons simplement que chez les uns, ça craque sous la dent; chez les autres, ça résiste jusqu’à l’âme.

En termes de paysage, Værøy est plus spectaculaire, les falaises ont ce petit effet “Instagram à 4000 likes minimum”. Mais Harrington, c’est le charme discret de la roche nue et de la lumière qui hésite entre le gris perle et l’argent usé. Une beauté plus douce, moins tapageuse, qui s’apprivoise lentement.

Et côté culture, si les Vikings ont la barbe, les Nord-Côtiers ont le cœur. À Harrington Harbour, l’accueil est une affaire sérieuse. On vous parle, on vous sourit, on vous offre une part de vie. Ce n’est pas du folklore, c’est du quotidien. Alors, vous aimez? C’est nord-côtier.

Alors pourquoi ne pas oser Harrington?

Pas besoin de passeport ni de cornes sur votre casque. L’aventure boréale vous attend, avec du homard dans l’assiette, un accent chantant dans les oreilles, et un trottoir en bois pour rêver les yeux ouverts.

Et puis, entre vous et moi, Værøy, c’est peut-être plus photogénique, mais Harrington, c’est plus touchant.
Et ça, aucune falaise ne pourra rivaliser avec.

À vos bottes, prêt? Partez.
Votre dévouée Charlotte, chroniqueuse en cap de pluie et en sarcasme mélodieusement léger.

Værøy, Lofoten islands, Norway – Photo iStock

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pierre richer
pierre richer
6 mois il y a

J’ai cherché d’instinct cinématographique dans la photo ci haut le terrain de cricket! Ou est-il? Il y a un docteur en service?